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Rumeurs sur l’augmentation du prix du carburant : anxiété, colère, déception, et résignation des Guinéens

CP : IM

Les automobilistes vont devoir désormais débourser 10.000 ou 11.000 francs guinéens pour un litre d’essence. Cette rumeur qui court les rues  de Conakry depuis ce mois de mai, vient augmenter le poids du stresse qui pèse sur les populations. Les usagers se plaignent déjà de cette nième revue à la hausse du prix du carburant à la pompe.  Les Guinéens ne sont pas du tout enchantés  par ces mesures si l’on tient compte des  témoignages recueillis auprès des populations.

Le 18 mai dernier, nous étions dans une station service du quartier « Sans-fil », non loin du camp Samory Touré, dans la commune de Kaloum. Ici, tous ceux que nous avions eu à interroger soutiennent que si l’information s’avère, ce sera insupportable dans les ménages … « On veut augmenter le prix du carburant pourquoi ? Déjà on n’arrive pas à s’en sortir avec les prix pratiqués, on nous parle d’augmentation. Où allons-nous avec ça ? On veut nous asphyxier?… Avec ces temps durs, je ne sais pas si les populations pourront tenir face à cette réalité », lâche un automobiliste très irrité.

A quelques pas de là, nous retrouvons Djibril Touré, un revendeur de voitures d’occasion qui lui s’interroge sur les raison de la revue en hausse du prix du carburant à la pompe. « On apprend que d’ici là le prix du carburant va augmenter à la pompe. Mais jusqu’ici personne ne nous a expliqués les raisons de ce changement de prix. Les consommateurs s’interrogent sur cette mesure que les autorités veulent prendre. Il faut expliquer aux populations ce qui se passe au lieu de nous faire subir les décisions à chaque fois ! Ce n’est pas respectueux tout ça. Tu te lèves le matin, tu apprends que tel a augmenté, la flambée des prix sur les marchés. Ce n’est pas bon dans un pays. Il faut expliquer, sensibiliser avant d’ajouter quoi que ce soit sur le carburant », a fait remarquer au cours de notre passage, le gérant de parc-autos.

Pour lui, plusieurs personnes ne sont pas informées des raisons de l’augmentation des prix du carburant. « Les clients dans leur grande majorité se plaignent de cette éventuelle augmentation  qui se profile à l’horizon», confie notre interlocuteur

Quant à ce pompiste, sa préoccupation est ailleurs. Il pense qu’avec cette revue à la hausse du prix du carburant à la pompe, leur situation salariale s’améliorera : « nous osons croire que cette fois-ci les choses iront mieux pour nous les travailleurs des stations services. Les salaires connaitront une évolution. Les patrons vont penser à augmenter nos salaires et améliorer notre condition de vie. On ne peut pas augmenter le prix du carburant et nous abandonner avec les maigres salaires que nous touchons. Maintenant à savoir comment les populations vont accueillir les nouveaux prix, nous pensons que ça ne sera pas facile avec les clients qui viendront se ravitailler à la station. Pour qui connait le niveau de vie des Guinéens, il y a de quoi s’inquiéter », alerte Aliou Baldé, pompiste dans une station service de la place.

« Que faire ? On nous a tellement habitués à ce scénario ces dernières années ! C’est la flambée des prix sur le marché ! Le panier de la ménagère qui prendra un coup surtout avec la situation qui prévaut actuellement. Une aubaine pour ces commerçants véreux qui profiteront pour fixer des prix des marchandises de la façon fantaisiste. C’est le peuple qui subira », regrette dame Souadou, rencontrée à la sortie du marché de Matoto.

A écouter nos interlocuteurs, cette nouvelle ayant trait à l’augmentation n’est pas la bienvenue en ce moment vu que la vie est déjà assez chère. Comme le disent cet enseignant :« On va sûrement assister à une augmentation sans précédent des produits de première nécessité. En cette période où le consommateur se débat. Il n’est pas opportun d’augmenter le prix », soutient  Mamadouba Soumah, un enseignant du secondaire rencontré à Yimbaya dans la commune de Matoto où nous avons continué notre enquête.

Ici, les citoyens ne sont pas contents de la nouvelle.« Je ne suis pas content. Le pays va mal. Les affaires ne marchent plus comme avant. 10.000 francs guinéens pour un litre d’essence ! C’est trop ! », s’exclame Al Gassimou Barry, un vendeur de matériels de construction. Il continuera pour nous apprendre que les commerçants auront des problèmes avec  les clients.   « Les clients penseront que c’est nous qui avons augmenté les prix et pourtant ce n’est pas le cas », dira-t-il.

Dans les marchés, les commerçants commencent déjà à spéculer en attendant de revoir à leur niveau le prix des produits. « On n’aura pas de choix si le gouvernement revoit à la hausse le prix du carburant. Vous savez que tout dépend du prix d’essence. Les frais de transports vont  s’élever d’où il y va de soi que les prix flambent sur les marchés. C’est lié. Les marchandises sont drainées sur les marchés par les camions, le pêcheur va en mer par la pirogue à moteur, les produits vivriers atterrissent dans les marchés par voie terrestre par bien sûr, un moyen de transport.  Le commerçant va rattraper cette perte en augmentant le prix de ses produits », explique dame Boutouraby Sylla, vendeuse de poisson au  marché de Yenguema à Kaloum.

 Au niveau du gouvernement, c’est silence radio à part quelques déclarations en brèche du porte-parole  du gouvernement, le ministre Tibou Kamara qui prévoit une éventuelle augmentation du prix du carburant à la pompe les jours à venir. Ainsi que celles du Premier ministre qui ne cesse de rabattre à nos oreilles que les jours à venir seront durs.

Certains cadres du ministère d’Hydrocarbures eux justifient cette probable  augmentation par la donne internationale.« Il s’agit d’une situation de marché international qui nous impose des réajustements. Ce qui est important c’est de voir comment ce réajustement qui s’impose pour des raisons économiques peut être amorti pour la population. C’est de cela qu’il s’agit », déclare un cadre du département sous le couvert de l’anonymat.

Retenons que pour l’heure, les Guinéens attendent avec anxiété  l’annonce de la décision.  Partout, c’est la peur  et la résignation. Personne ne sait d’abord à combien sera fixé le prix du carburant.

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