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Dossier – Résilience face aux épidémies (Covid-19, Ebola et Lassa) : les recettes de l’Etat guinéen

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La Guinée a officiellement enregistré son premier cas de covid-19 le 12 mars 2020. C’était une patiente en provenance de l’étranger. Depuis cette date, en dépit des efforts du gouvernement et ses partenaires, la maladie s’est répandue avec notamment des contaminations communautaires.

Aujourd’hui, avec la conjugaison des initiatives et stratégies dans la riposte, notre pays est devenu l’un des plus résilients du continent. En témoignent les deniers chiffres du pays relayés par le site covidvisualizer qui font état d’un total de 24 020 contaminés dont 23 328 guéris, 517 malades et 175 décès.

Pour en arriver là, on ne le dira jamais assez, il a fallu beaucoup d’actions dans le cadre d’un état d’urgence sanitaire sans cesse renouvelé depuis Avril 2020. Avec ces mesures barrières, l’Etat a réussi à limiter la propagation à travers le confinement à grandes échelles et le cerclage pour faire face à la contamination devenue rapidement communautaire.

A ces méthodes, s’ajoute aujourd’hui la vaccination de plus en plus considérée comme incontournable pour éradiquer la maladie qui ne semble pas avoir dit son dernier mot, avec ses variants qui se diversifient dans le monde.

A ce titre, quelques semaines après les hauts responsables, notamment des membres du gouvernement suivis du président Alpha Condé en février dernier, une campagne de vaccination a été lancée le 5 mars par les autorités. Depuis, les données disponibles sur le site dédiée covodvisualizer affichent toujours 734 918 doses de vaccins au compte de la Guinée.

Parmi les vaccins contre la COVID-19, dans une note circulaire publiée le 30 juin dernier, l’Agence nationale de la sécurité sanitaire (ANSS) indique que le Spoutnik V ; Sinopharm ; Sinovac ; Astra Zeneca ; Moderna, Pfizer et Johnson & Jonhson sont ceux qui sont autorisés en Guinée. Même s’il faut le préciser, selon Dr Sory Condé du département surveillance de l’ANSS, les vaccins Moderna et Pfizer bien qu’enregistrés (donc éligibles) par les services compétents, n’ont pour l’instant pas été importés en Guinée. Et c’est avec le vaccin Johnson & Jonhson que la Guinée a commandé une quantité de trois millions de doses contre deux millions. Ces vaccins sont attendus à Conakry au mois d’août prochain. Une commande qui permet tout de même au directeur général de l’ANSS, Dr Sakoba Keïta, de projeter la fin du coronavirus en Guinée au premier trimestre 2022.

Toujours à propos du vaccin Johnson & Johnson, il faut dire que la grosse quantité attendue est une commande du gouvernement guinéen. En tout cas, c’est ce qu’annonce  le directeur général de l’ANSS qui a informé en conférence de presse le 5 mai dernier que le pays avait déjà payé trois millions de dollars USD dans ce cadre.

Une option d’achat qui va renforcer le dispositif d’approvisionnent de la Guinée en vaccins jusque-là axé sur le plan de l’alliance Covax et quelques approvisionnements dans le cadre de la coopération bilatérale avec des pays comme la Russie et la Chine.

Vaccins, réactions, niveau national de la couverture vaccinale

Pour l’instant, la vaccination semble avoir été efficace. La bonne nouvelle, du moins jusqu’au moment de la préparation de ce dossier, les informations recueillies attestent que les personnes vaccinées réagissent bien aux différents vaccins qui, en principe peuvent se compléter à condition que le pourcentage des réactifs qu’ils contiennent soit le même. Mais précise notre source, il n’a pas été le cas en Guinée pour l’instant.

A en croire à Docteur Sory Condé du département surveillance à l’ANSS, “il y a des cas de MAPI (manifestations adverses post-injectionnelles). Moi-même j’en ai eu après la première dose. J’ai eu des difficultés pour faire les mouvements avec mon bras où j’ai reçu le vaccin. Donc ça, c’est généralement le signe que la majorité manifeste. Il y en a qui peuvent faire la fièvre, des maux de tête ou avoir envie de vomir. Mais, heureusement, il n’y a pas eu de cas de décès suites à un vaccin”, rassure-t-il.

Avant de confirmer, à propos de l’impact de la vaccination sur la chaine de contagion que « les résultats se sont vus parce qu’on est passé de plus de 1000 cas confirmés en une semaine au début de la campagne à moins de moins de 250 la semaine il y a une semaine ». Bien que pour l’instant, il n’y a que 4% de personnes vaccinées sur le plan national en rapport à la population générale âgée de 18 ans et plus.

Sur la base d’une stratégie de départ qui prévoyait, « un choix raisonné, qui n’était pas pour tout le monde », rappelle notre source. Et d’expliquer qu’il s’agissait « des personnes âgées à 70% de 50 ans et plus, des personnes qui occupent les fonctions stratégiques, les grandes directions, les ministères, la présidence, la primature, les miniers pour soutenir l’économie, et les quartiers où il y avait beaucoup de cas confirmés ».

Un plan initial qui a connu une forte modification, confie Dr Condé, due à « l’adhésion populaire, avec à la clé, la pression subie par nos services ». « Quand il y a eu de pression venant de l’intérieur, on a envoyé du vaccin », explique-t-il. Citant guise d’exemple, « le cas de Labé, ville qui n’était pas ciblée au départ, ainsi qu’autres parties de l’intérieur qui réclamaient aussi leur part de vaccins », note-t-il.

Ce qui est à l’origine de ce qui est perçu dans l’opinion comme « une rupture » dans la vaccination devenue de plus en plus populaire à Conakry et à l’intérieur du pays. Dans ses explication, l’agent de l’ANSS indique « qu’il y en a peu (de vaccins) dans certains sites de Conakry alors qu’il y a des préfectures qui ont beaucoup de doses ». Et de confier « qu’il y en a qui ont eu beaucoup de vaccins qu’ils n’ont pas pu utiliser ». Avant d’informer « qu’on est en train de négocier avec eux pour ramener (à Conakry) les quantités qu’ils n’arrivent pas à utiliser ».

Toujours sur la prétendue ou rupture réelle de vaccins, en conférence de presse le 6 juillet dernier, Dr Sakoba avoue « qu’il y a bel et bien menace de rupture ». Avant de tenter d’expliquer sur fond d’accusation contre des journalistes, que « ce qui s’est passé, c’est quelqu’un qui a été à un point de vaccination qui a un retard dans l’approvisionnement. Ils ont balancé… comme vous savez, beaucoup de vos collègues là, ils cherchent des poux même dans la calvitie… donc il a balancé qu’on est en rupture. On n’est pas en rupture ».

Poursuivant sa narration, l’épidémiologiste concède que « Conakry   évolue plus rapidement que certaines préfectures ». Puis, de corroborer la version de son agent en ces termes : « On a eu à distribuer des vaccins au tour de Conakry (…) où ils n’arrivent pas à écouler toutes les doses. Donc nos services de la logistique ont fait le nivèlement des lieux en faisant un redéploiement des lots distribués. Au moment où je vous parle, il n’y a pas de rupture ici. Il reste encore plus de 140 000 et quelques doses qu’on n’a pas encore écoulées ».

Néanmoins, admet-il, il y a « l’autre aspect de la rupture que vous risquez de constater, parce que je vous ai dit que chaque vaccin, il faut deux doses. Mais on ne pourra pas consommer les deuxièmes doses des gens dans la première dose des nouveaux candidats ». Ce qui ne rassure pas dans l’opinion. Surtout que ces explications sont données bien après que plusieurs nouveaux candidats au vaccin aient été informés de l’impossibilité pour les points de vaccination de satisfaire à leurs demandes, faites de vaccins.

D’ailleurs, alerte Dr Sakoba, « ce qui est sûr, d’ici le 20 juillet, s’il n’y a pas une nouvelle dotation, on peut dire qu’on sera en rupture ». Mais heureusement, annonce le numéro Un de l’ANSS, « j’aurai 50 000 doses de vaccins Sputnik d’ici le samedi. Je me prépare pour les recevoir bientôt. On est en train de travailler avec les partenaires pour éviter cette rupture-là ».

Toutefois, avertit le conférencier, « face à la disponibilité mondiale des vaccins, je ne connais aucun pays qui n’est pas menacé par la rupture. Surtout les pays qui ne produisent pas. Et ceux qui produisent le font pour eux d’abord. Ils ont raison non ? La Russie a le variant Delta à St. Petersburg où il y a plus de 600 morts par jour. Elle va abandonner de vacciner là-bas pour venir donner à un autre pays qui n’a même pas un mort par jour ? Donc comprenez les gens. La Chine est en train de faire la même chose, les Etas Unis aussi. Nous, c’est le côté-là qui nous sert ».

Dans la même logique, il explique que « sur Deux milliards et quelques vaccins, nous on a reçu (…) Un million et quelques. Sur deux milliards et quelques que l’OMS  a dit, la Guinée n’a reçu que 1 034 000 doses. Donc vous allez comprendre que cela ne suffit pas. Nous voulons vacciner 60% de notre population. Calculez, vous allez voir qu’on n’a même pas 10 millions de doses pour le moment. On est en train de négocier pour les mettre en place. Donc préparez-vous à cette [rupture]…»

Quantités de vaccins en dons et/ou achats reçus par la Guinée

Interrogé en conférence presse sur le nombre de vaccins, Dr Sakoba, répond que « 1 034 455 doses ont étés reçues en Guinée et parmi lesquelles, (…) je commence par les dons ; la Chine nous a donné 500 000 doses. A la Chine seulement, on a payé encore 300 000 doses. Il y a des dons et des achats », insiste-t-il. Avant de poursuivre que « les Russes nous ont donné 55 doses et 400 000 doses ont été achetées sur BND ».

Dans le même registre, comme pour dire que la Guinée met les bouchées doubles pour être au rendez-vous, et que toutes les occasions sont bonnes pour y arriver, le conférencier ajoute « qu’avec les trois banques, ce sont des prêts. Seulement, à Afrexim Bank, c’est un prêt de 20 000 000 dollars mais échelonnés sur 5 ans, avec des avantages de paiement. Mais il n’y a pas de dons dedans.

Quant à la Banque Mondiale et la BID, ils nous donnent 50%, on paie 50% pour la Banque mondiale. C’est échelonné sur  30 ans, «donc c’est presqu’un don».

Selon Dr Sakoba, cette campagne a engagé « en gros, au maximum, on a utilisé près de 1000 personnes ». Expliquant un peu plus tôt que, « nous travaillons en accordéon. S’il y a beaucoup de vaccins, on augmente le nombre. S’il y a peu de vaccins, on compresse parce que si quelqu’un ne vaccine pas ; alors que tu dois le payer tous les jours, je veux parler de tout le pays. Toutes les préfectures, si tu calcules, c’est 5 personnes par équipe de vaccination ».

Et d’annoncer « qu’on est en train de recruter même pour  Ebola dans la zone forestière ». Avant d’informer que « c’est un mouvement. Quand le vaccin finit, on les met en congé technique. Quand on aura les 3 millions de vaccins, il nous faudra au moins mille équipes pour 10 jours pour qu’on puisse administrer ça rapidement. C’est un domaine où on est très flexible ».

Lutte contre les fièvres Lassa et le Virus Ebola, l’état des lieux

En plus du coronavirus, ces derniers mois, la Guinée a enregistré d’autres épidémies dont les fièvres Lassa et à virus ébola entre autres.  Pour gérer cette situation qui n’est pas de nature à faciliter la tâche à l’Etat guinéen et à ses partenaires, l’expérience de la gestion de l’épidémie d’Ebola (2014 et 2016) a été très utile selon plusieurs sources concordantes.

Résultats, la fin de la fièvre Ebola réapparue dans la sous-préfecture de Gouecké (N’Zérékoré) a été déclarée par le ministre de la Santé, en tournée à l’intérieur du pays, accompagné des partenaires au développement dont l’OMS et l’Unicef. Soit quatre (4) mois après sa résurgence, avec seulement 23 cas dont 7 probables, 11 survivants et 12 décès selon des données de l’OMS.

Alors que la première fois, la maladie avait fait des ravages en Guinée et dans des pays voisins comme la Sierra Léone et le Libéria. Avec 11 300 décès (officiellement), plus de 2 500 victimes en Guinée, parmi lesquelles, pas moins de 150 sont issues du personnel médical, contre un cas cette fois-ci, selon des statistiques publiés par l’UNICEF.

A propos de la fièvre Lassa dont un premier cas a été officiellement enregistré dans la préfecture de Yomou en mai dernier, à l’allure où vont les choses, la Guinée ne semble pas loin du compte. « Après le cas de Yomou, il y a eu trois autres confirmés dont un à Beyla (décédé) et deux (2) à N’zérékoré (pris en charge) », nous confirme Dr Condé.

Comme pour dire que la principale préoccupation reste et demeure le coronavirus avec ses mutations. D’où la dernière « note circulaire modifiant les directives de contrôle sanitaire pour les voyageurs entrant et sortant de la Guinée», dans le cadre de la lutte contre la pandémie.

Conséquences de l’épidémie du Covid-19 sur le suivi et la prise en charge des PVVIH-Sida

En dépit de la forte mobilisation du gouvernement et ses partenaires dans lutte contre le coronavirus, les autres secteurs de la santé ne sont pas en reste. Du moins pas le Programme nationale de la lutte contre le Sida et les hépatites (PNLSH), au compte de la direction nationale de la lutte contre les grandes pandémies et la lutte contre la maladie, sous la tutelle du ministère de la santé.  Un programme qui compte 7 unités dont celles chargées de la mobilisation sociale, de la prise en charge du VIH, de la prise en charge de l’Hépatite, de la biologie, celle chargée de l’approvisionnement des intrants. Sans oublier l’unité transversale qui s’occupe du volet suivi évaluation avec l’appui des commissions techniques qui travaillent sur des cas ponctuels pour la résolution d’un certain nombre de problèmes.

Comme le comité médical technique qui siège tous les trois mois pour tous les problèmes sur les aspects médicaux au niveau des structures sanitaires.

Dans un entretien accordé à Guineenews.org, Dr Youssouf Koïta précise que par principe, le fait que les épidémies focalisent les attentions n’est pas mauvais en soit. Il s’agirait même d’un principe en matière de santé publique, laisse-t-il entendre.

A l’écouter sur l’éventuel impact de la covid-19 sur la lutte contre le Sida, il semble que le risque est très peu, pour ne pas dire inexistant. Contrairement au cas de la fièvre Ebola (2014-2016) qui était une surprise. Et d’ailleurs, à quelque chose malheur est bon : « Ebola a permis au système de santé guinéen de se faire très résilient. On a travaillé sur un certain nombre de mécanismes pour que le système soit fort.  Et tous les mécanismes ont été remis en place à l’apparition de Covid-19. Ce qui nous a permis de faire face à la maladie », rassure le coordinateur du PNLSH.

Du coup, « il y a eu peut-être d’impact sur les autres maladies, mais à moindre mesure ». L’expérience aidant, « nous avons pris les dispositions dès au début, pour éviter qu’il y ait encore l’impact de la covid sur la continuité des services», confie-t-il.   Et de citer « une politique nationale du gouvernement avec des stratégies ». Avant d’expliquer que « le programme avec l’appui des partenaires dont le fonds mondial avec qui, nous avons élaboré un plan de contingence VIH. Ça a été aussi pour la tuberculose, pour le paludisme, et le plan d’atténuation des risques de la pandémie sur le système de santé, élaboré par le ministère ».

Des propos qui se recoupent avec ceux du ministre de tutelle, interrogé en conférence de presse sur le sujet. Le médécin Général Rémy Lamah a confirmé « la mobilisation prioritaire » de son ministère et ses partenaires pour la lutte contre la Covid-19, tout en rassurant sur le travail pour le renforcement du système de santé en général.

En témoigne la tournée d’une dizaine de jours, qu’il a effectuée le mois dernier à l’intérieur du pays, pour faire le point de la situation et prendre des mesures correctives contre l’absentéisme du personnel et les manquements sur la gratuité des services comme la césarienne.

Même le fait que les partenaires étrangers qui sont les gros pourvoyeurs des fonds soient fortement éprouvés par le coronavirus, n’a pas impacté le programme. « Heureusement cela n’a pas été le cas. Nous sommes financés en grande partie par le fonds mondial et le gouvernement guinéen. Dès que la maladie est apparue, le premier reflex a été de dire attention, cette maladie peut avoir des impacts sur la continuité des services parce que les restrictions sanitaires, les fortes contaminations qu’on pouvait observer dans les structures sanitaires, tout ceci pouvait amener à freiner la mise en œuvre des activités », relate notre interlocuteur.

En conséquence, indique-t-il, « ce qui a été fait, nos partenaires, au lieu de diminuer le montant du financement qu’il nous avait octroyé, l’ont plutôt augmenté. Ce qui nous a permis par exemple, pour le plan de contingence 2020, le fonds mondial, rien que pour le VIH Sida a mis en place à peu près 450 000 USD de surplus, rien que pour faire des activités d’atténuation de l’impact de la Covid-19 sur le VIH ».   D’ailleurs, argumente-t-il, « comparativement à la subvention (janvier 2021- décembre 2023), qui fait à peu près 136 millions de dollars US que le fonds mondial a octroyé à la Guinée, c’est 40 millions de plus  que ce que le fonds mondial donne pour atténuer l’impact de la COVID ».

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