Rails Conakry-Niger : le chef de gare de Dabola se lâche (Exclusif)

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Lors de notre récent séjour à Dabola, votre quotidien en ligne, Guinéenews, a approché le chef de la gare de Dabola, qui assure la maintenance du reste des rails Conakry- Niger. Marié à deux femmes et père de dix enfants, Djibril Diallo explique ses difficultés quotidiennes, le non-paiement de ses arriérés de salaire et sa nostalgie.
Guinéenews : qui êtes-vous ? Quand êtes-vous venus à Dabola ?
Djibril Diallo : Je m’appelle Djibril Diallo, je suis le chef de gare de Dabola le chef de maintenance. Je suis arrivé à Dabola le 10 mars 1982 au moment où le trafic était très dense. Mais au fur et à mesure, les choses ont changé, le trafic a été réduit en fin de compte. Finalement, c’est la dégradation des bâtiments de l’édifice public. Ils sont délabrés. C’est ce qui a causé notre déguerpissement. Nous avons changé de milieu. Aujourd’hui, ma famille est divisée. L’une est à Babilia, l’autre à Sincery.

Guinéenews : qui est à la base du démantèlement des rails ?
Djibril Diallo : nous avons assez de problèmes depuis le démantèlement du réseau ferroviaire. Mais le gouvernement de la deuxième république est à la base de tout puisque les rails qui ont été démantelés ici ont été transportés vers le port de Conakry au vu et au su de tous. Si au moins, les rails avaient été transportés vers Kankan, on aurait trouvé d’autres excuses. A Conakry, la gare centrale de Conakry a servi de dépotoir. Ce qui a permis d’élever le mur. Bien avant, le ministre d’alors, Alpha Ibrahima Keira avait donné ordre au directeur général de sauver les rails existants pour ne pas que les ordures les abîment. Finalement, les rails ont été enlevés.
Guinéenews : quelles sont vos difficultés aujourd’hui ?
Djibril Diallo : nous avons d’énormes difficultés. Aujourd’hui, je me suis tourné vers l’agriculture. Mon premier poste a été à Kouroussa. A l’époque, je n’étais pas marié. Mais je me suis lancé dans l’agriculture. Je cultivais beaucoup. Ce qui m’a permis de me maintenir. Kouroussa, Bissikrima, Kouriyah et Dabola. Ça me fait 35 ans.
Guinéenews : la gare de Dabola, si mouvementée hier, est abandonnée aujourd’hui.
Djibril Diallo : L’ancienne gare de Dabola est abandonnée à elle-même. Aujourd’hui, certains y habitent. On l’a fait occuper, pas pour percevoir quelque chose d’eux, mais pour ne pas que le bâtiment reste tel et qu’il soit le nid des bandits.

Guinéenews : Décrivez-vous l’ambiance d’hier, quand le train arrivait à Dabola
Djibril Diallo : quand le trafic était dense, les trains se suivaient. Là, mon vieux, Dabola vivait très bien. Il suffisait d’annoncer l’arrivée du train, tout le marché de Dabola se transportait ici. Ce n’est pas Dabola seulement. C’était sur toute la ligne. De Conakry jusqu’à Kankan. Dès que le train arrivait, les gens venaient s’approvisionner en poisson, en riz, en sel, un peu de tout. Et le marché n’était pas aussi cher.
Guinéenews : avez-vous la nostalgie du passé ?
Djibril Diallo : j’ai la nostalgie du passé. Aujourd’hui, on a d’énormes difficultés. Un père de famille, qui a suffisamment du monde à nourrir. Personnellement, j’ai dix enfants vivants et marié à deux femmes. Dieu seul sait comment je me bats pour faire nourrir ma famille. Evidemment, mes épouses font le petit commerce, c’est ce qui me sauve.
Guinéenews : êtes en contact avec le ministère des transports, votre ministère de tutelle ?
Djibril Diallo : à Conakry, une fois, ils nous ont demandés d’aller expliquer nos difficultés. Quand j’ai pris la parole, j’ai carrément dit de fermer le local et de nous payer nos arriérés. Cela n’a pas été fait. Or, Nous avons des problèmes. Ils ont préféré réduire le personnel et laisser une équipe de maintenance. Cette équipe, dont je fais membre, nous sommes là. Pour la gare de Dabola, nous sommes deux à présent.

Guinéenews : Dabola hier, Dabola aujourd’hui, qu’elle est la différence ?
Djibril Diallo : Dabola hier, Dabola aujourd’hui, c’est paradoxalement très différent. Avant, on avait des facilités qui pouvaient nous soulager. Aujourd’hui, nous n’avons aucune source de revenus. On est abandonné à nous-mêmes. Même le salaire, nous le trouvons difficilement. Nos arriérés restent impayés. Une fois, ils nous ont parlé des arriérés de salaire. Au lieu de nous payer l’intégralité, on nous donne des miettes. On est en train de mener des démarches au niveau du syndicat des cheminots.
Abdoulaye Bah, de retour de Dabola pour Guinéenews