Protection des ressources halieutiques et lutte contre la pauvreté : l’expérience de la Guinée-Bissau

19 juin 2017 18:18:03
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Contribuer à la réduction de la pauvreté et au renforcement de la sécurité alimentaire des communautés côtières de l’écorégion WAMER en améliorant la gouvernance et promouvoir l’adoption de bonnes pratiques en matière d’utilisation durable des ressources marines et côtières, c’est le motif de la mise en œuvre du programme Go-WAMER.

Depuis 2013, début d’exécution du programme, la structure, financée par l’Union Européenne et le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), a fait plusieurs réalisations dans les six pays membres de l’écorégion WAMER (West African Marine Ecoregion). C’est notamment l’octroi à la Mauritanie de deux unités de stockage et de distribution de produits halieutiques, la construction d’une chambre froide en Guinée, l’acquisition de six vedettes pour la surveillance.

Pour toucher du doigt les réalisations faites en Guinée-Bissau, une équipe de journalistes et de députés venus des six pays (Guinée, Guinée-Bissau, Cap-Vert, Mauritanie, Sénégal et Gambie) a effectué une visite de terrain à Bissau du 12 au 16 juin 2017. Cette visite a débuté par le parc naturel de Cafadu à Buba. Le programme Go-WAMER ne couvre pas cette localité, mais il a offert aux femmes transformatrices du poisson 2 millions de F CFA ne vue de bien mener leurs activités. Là, comme les femmes, les pêcheurs sont organisés en association.

 «Pour la surveillance du fleuve, chaque association de pêcheurs a mis à disposition deux personnes. Cette surveillance a permis le démantèlement des campements de pêche illégaux se trouvant le long du fleuve Buba. Ensuite nous avons instauré deux mois de repos biologique. Cela ne veut pas dire que la pêche est complètement interdite pendant toute la période, mais c’est seulement la pêche aux filets qui est interdite. Les gens peuvent utiliser l’hameçon », a expliqué Mamadou Jacques Camara, président de la confédération des pêcheurs du fleuve Buba. L’utilisation des mono filaments pour la pêche est aussi interdite. Les pirogues des contrevenants sont saisies pour la cellule de surveillance et ils doivent payer des amendes.

Quant à la vice-présidente de l’association des femmes transformatrices du poisson à Buba, Hawa Djalo, elle a expliqué la rentabilité de leurs activités : « Nous avons suivi des formations sur la transformation du poisson, parce que nous sommes conscientes que la façon dont les gens pêchaient n’allait pas permettre que nos enfants puissent bénéficier de ces ressources dans l’avenir. Nous avons notre propre centre de transformation de poisson. A partir de ce travail, nous sommes arrivées à être un peu indépendantes économiquement de nos maris,. Nous arrivons à résoudre nos problèmes personnels, à payer les frais de scolarité de nos enfants. Il y a même des femmes qui ont construit leurs propres maisons à partir de ce travail. Donc ce travail a permis de réduire la pauvreté dans nos communautés. »

Au village de Cubompor Fulup et à Sao Vincente, les femmes font la culture des huitres grâce à l’appui du programme Go-WAMER. A Cubompor, vingt femmes ont été formées dans l’ostréiculture. D’habitude, les femmes coupaient les racines des mangroves pour récupérer les huitres qui s’y accrochent. Cette méthode contribue à la destruction de la mangrove, donc la disparation des ressources halieutiques. Mais grâce à la formation qu’elles ont eue, elles utilisent désormais le petit couteau pour récupérer les huitres.

A Sao Vincente, 56 femmes formées par le Go WAMER se retrouvent dans une coopérative pour la transformation du poisson, des crevettes  et la culture des huitres. Au niveau du fleuve, des guirlandes sont faites sur lesquelles s’accrochent les huitres que les femmes viennent arracher. Cela évite la coupe des racines des mangroves. Selon les femmes, elles gagnent jusqu’à 100 mille F CFA le mois.

Le gouvernement de la Guinée-Bissau trouve aussi sa part dans cette activité génératrice de revenus, puisque chaque kilo vendu, les femmes versent une taxe de 30 F CFA à l’Etat.

Alhassane Bah, de retour de Guinée-Bissau