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Procès du meurtrier présumé de Mamoudou Barry à Rouen:  L’accusé décrit comme ayant un profil raciste et schizophrène

De ce mercredi 14 au vendredi 16 septembre 2022, la Cour criminelle de la Seine-Maritime va abriter le procès de Damien Aktas accusé d’avoir froidement tué l’universitaire Mamoudou Barry le soir de la finale de la CAN 2019 ayant opposé l’Algerie au Sénégal.
C’est au terme d’un combat de longue haleine pour la famille Barry, les associations (SOS Racisme, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme) depuis ce soir fatidique du 19 juillet 2019 qu’enfin se tient un procès pour rétablir la vérité sur ce crime qui avait secoué la Guinée et la France.
Damien Aktas est arrivé dans le box accompagné de policiers et de personnel médical car hospitalisé depuis les faits pour troubles psychiatriques. Il est accusé de « coups mortels ayant entraîné la mort sans intention de la donner en raison de la race, l’ethnie, la nationalité ou la religion ».
Le président de la cour a rappelé les faits du jour du drame avant d’évoquer le caractère raciste du crime tenant compte des propos de l’accusé ce jour là.  SOS Racisme et la LICRA qui estiment que le crime commis est extrêmement grave et à caractère raciste se sont constitués partie civile de l’affaire.
Le premier témoin est la mère de Damien. Elle parle d’un fils instable, violent, colérique, et malade. Toujours, selon la mère l’état de son fils s’est aggravé surtout quand il a arrêté son traitement. Et c’est dans cet état qu’il était lorsqu’il a mortellement agressé sa victime. Il avait arrêté son traitement 2 ans plutôt.
Après 5 minutes de pause, c’est autour du père de Damien de se prêter aux questions du jury.  D’entrée de jeu,  son père s’est dit « être triste et que ce n’était pas bien » ce qu’avait fait son fils.
L’audition du père a été assez compliqué du fait qu’il était peu audible et parlait difficilement le français (…) mais c’est un père peu présent dans la vie de son fils qui parlait. Selon lui, son fils n’acceptait pas sa maladie et ne veut pas comprendre. Il a ajouté aussi que son fils n’était pas raciste.
Le président a ensuite appelé l’accusé à la barre pour lui poser quelques questions. A la question de savoir comment se passe son hospitalisation? Il répond « bien, je fais du foot et la cuisine ».
Au début des assises il avait répondu par un « oui » avoir agressé Mamoudou Barry. Mais a nié être addictif au cannabis. « J’en ai pris une fois, ça ne m’a pas plus » et pour l’alcool, il dit en prendre occasionnellement pour les fêtes de Noël et du jour de l’an.
Devant le jury Damien a reconnu être malade (la schizophrénie) et a avoué comprendre maintenant cette maladie. Sur l’arrêt de son traitement 2 ans avant le meurtre de M.Barry, les réponses de Damien sont confuses.
Un autre témoin est entendu. Il s’agit de sa chargée de curatelle. Elle décrit un homme qui était opposé à la curatelle et qui devenait menaçant lorsqu’il était en rupture de traitement. Et quand elle constatait des manquements, elle prévenait l’hôpital.
Après tout ce beau monde, l’officier de police judiciaire en charge de l’enquête a été entendu sur les faits de ce 19 juillet 2019.
Un autre témoin qui, depuis son balcon, avait vu la scène et est descendu pour intervenir.  S’agissant de Damien, il dit avoir vu un homme agité, énervé, qui tournait en rond.  « Je l’ai écarté de la scène et je me suis occupé de M. Barry qui saignait de la nuque, il m’a dit qu’il avait froid, il m’a demandé où était sa femme », témoigne-t-il. En écoutant ce témoignage Mme Barry a fondu en sanglot.
Une autre femme est venue témoigner, selon elle, l’accusé proférait des injures contre les gens qui attendaient le bus dont l’épouse de M. Barry. C’est à ce moment que M. Barry a essayé de lui parler et c’est là que les coups ont commencé.
Pour ce témoin ce qui lui a le plus marqué c’est le deuxième coup où elle a entendu un grand bruit lorsque la tête de M. Barry a cogné le trottoir.
Pour elle, c’est peut-être par peur que les personnes présentes n’ont pas inter agi pour arrêter Damien. Elle dit avoir bel et bien entendu les injures racistes que proféraient Damien lorsque le couple Barry est passé devant lui. « Il insultait tout le monde », insiste-t-elle.
Avant d’écouter le dernier témoin du jour, le président a proposé la projection de la vidéosurveillance de l’arrêt du bus ce soir là.  Mais bien avant cela Damien est emmené hors de la salle sur demande de son avocate qui pense que cela peut affecter l’état de santé de son client.
Une projection remplie d’émotions, on voit clairement la violence dont a fait l’objet M. Barry avant de rendre l’âme. Mme Barry n’ayant pas supporté de revivre ce drame a fait un malaise et l’audience a été suspendue pour quelques minutes.
Place au dernier témoin de la journée.  Il s’agit de l’ex compagne de Damien. Elle dépeint le visage d’un homme bizarre, violent, qui consommait l’alcool et le cannabis tout le temps.  Le soir des faits « il est venu sonner à ma porte et m’a raconté ce qu’il c’était passé, il était agité et continuait à insulter sa victime ». Des injures à caractères racistes, se rappele-t-elle.
Le lendemain ils ont appris ensemble à la télé la mort de Mamoudou Barry. « Il m’a dit « c’est moi’ ». Puis il a demandé s’il doit se dénoncer. Je lui ai dit que oui puis après il m’a dit d’oublier tout ça. »
Il est rappelé que tout au long de ce procès l’état de santé de Damien Aktas risque de poser problème. C’est aussi le principal point fort de sa défense. Il a d’ailleurs reçu des traitements tout au long de la journée.
Au côté de Sos Racisme, on note la présence de M. Sorel Keita, conseiller au CNT qui était au front avec la famille depuis le début de cette affaire. Des compatriotes guinéens sont aussi présents à ce procès.
Nous y reviendrons
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