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Pour une vision idéologique du développement de la Guinée

Cette vision se distingue de la vision matérialiste focalisée jusqu’alors sur les enjeux de disponibilité des richesses matérielles et de croissance du PIB (produit intérieur brut). Elle se préoccupe pour sa part de la philosophie qui sous-tend la répartition de ces ressources, somme toute déjà largement disponibles pour tous entre les différentes couches de la population, de telle sorte que chaque individu puisse bénéficier directement ou indirectement de leurs fruits.

En fait, la vision idéologique du développement tire ses fondements d’une vérité simple mais difficilement réfutable, à savoir que la Guinée n’a pas véritablement un problème de ressources matérielles. Sa terre, ses eaux et son ciel sont dotés gracieusement et naturellement de ressources suffisantes pour créer de la richesse, de l’autosuffisance alimentaire et impulser un développement durable. Malgré cela l’immense majorité de sa population croupit toujours dans la misère la plus totale. Pourquoi ? Sans aucun doute parce que les revenus tirés de ses ressources naturelles sont mal gérés et mal répartis.

D’aucuns pourraient évoquer l’argument de l’incompétence ou de l’insuffisance de moyens financiers comme source des maux. Pourtant ce n’est pas l’incompétence qui fait se maintenir au pouvoir durant plusieurs décennies un chef d’État. De plus, les tensions politiques, la corruption, les détournements de deniers publics, l’absence de démocratie sont autant de fléaux lourds qui ne sont en rien des conséquences de quelque incompétence que ce soit.

Par ailleurs, force est de constater que pour sa part, l’aide publique au développement en Guinée comme ailleurs en Afrique a toujours pris deux formes : des moyens financiers ou des moyens humains. C’est-à-dire que l’on nous fournissait de l’argent ou bien les compétences. Concernant les compétences, dès la sortie des indépendances, la France a instauré un système d’éducation à son image. Les cadres d’Afrique francophone étaient tous formés selon le modèle de l’école française et poursuivaient d’ailleurs pour la plupart leurs études supérieures en France et beaucoup y restaient exilés. Mais en dépit de leurs compétences acquises dans le domaine scientifique ou littéraire, nombreux parmi ces cadres manquaient cependant de conscience patriotique et républicaine puisqu’ils étaient originaires d’États sans nations. Plus tard, ce sont certains de ces cadres qui vendront l’âme de leur patrie à l’ancien colonisateur.

De nos jours, le partage de compétences se fait sous l’appellation d’appui technique. La communauté internationale dépêche dans nos pays des experts censés pouvoir résoudre nos problématiques ou former nos cadres à cet effet. Là encore le constat d’échec est cuisant. Les missions diplomatiques s’éternisent et les cadres guinéens formés n’ont que difficilement le loisir d’user de leur science de manière convenable. C’est bien là une preuve supplémentaire de ce que les compétences ne sont pas l’essence de ce qui aujourd’hui fait défaut au développement de la Guinée.

Concernant l’argent, le constat n’est pas plus reluisant. Plusieurs milliards de dollars sont décaissés chaque année par différents organismes internationaux au profit du pays. Pourtant, cette aide n’a jamais réussi jusqu’ici à enrayer durablement les grands problèmes auxquels nous faisons face. En fait, l’aide publique à la Guinée peut être assimilée au fait d’apprendre à une personne riche et dépensière la bonne façon de gérer son argent en lui donnant encore plus d’argent. C’est un non-sens absolu, mais une représentation pourtant fidèle de l’effet de l’aide internationale en Guinée. Cela explique pourquoi elle n’a eu aucun effet probant ou durable au cours de ces six dernières décennies.

Ainsi, à l’inverse de la vision matérialiste, le développement de la Guinée n’est aucunement une question de moyens financiers ou de compétences. La Guinée n’est ni potentiellement pauvre, ni dépourvue d’esprits vifs et créateurs. C’est plutôt une question de conscience qui fait défaut chez la plupart de ses dirigeants et donc d’idéologie. Cela explique pourquoi les multiples politiques de relance du pays n’aient donné durant toutes ces années aucun résultat probant.

Pour pouvoir se développer, un consensus s’est construit autour de l’idée selon laquelle il fallait au pays littéralement assis sur des mines de fer, d’or et de diamant, plus de moyens et plus d’argent. Alors que le défi était de reconstruire le logiciel de pensée de nos dirigeants, nos partenaires au développement y ont répondu par des dons de céréales, d’argent, et de bourses d’études. Voilà donc plus de six décennies que le pays adresse une problématique éminemment qualitative avec une approche résolument quantitative.

Il ne fallait donc s’attendre à rien de mieux que le triste spectacle qu’offrent aujourd’hui le visage du pays, marqué par une misère extrême à tout point de vue. Pour se faire une idée de cette ampleur, il suffit d’imaginer la Guinée comme un ensemble de 100 personnes, dont 90 sont affamées en disposant pourtant d’une banque d’or. Que doit-on faire pour que tous mangent à leur faim ? Leur donner plus d’or encore ? Non !

Au regard de ceci, il est clair que l’urgence est de percevoir le développement de la Guinée sous un paradigme nouveau. Ceci passera obligatoirement par le changement de nos modes de pensée ou ne passera jamais. Il nous faut adopter une philosophie nouvelle dont la doctrine sera de transformer nos ressources abondantes en richesse partagée au service du plus grand nombre. Sans ce changement, la croissance guinéenne aussi longuement criée qu’on voudra demeurera faible, instable, et toujours au profit des mêmes individus.

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