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Pollution des rivières par les activités de Chalco à Boffa : plusieurs villages privés d’eau potable

La préfecture de Boffa est devenue l’un des pôles d’attraction pour les compagnies minières et pour les jeunes en quête d’emploi. L’implantation de ces entreprises minières est considérée, a priori, comme une aubaine de développement infrastructurel pour les localités qui les abritent. Toutefois, il arrive parfois que ce développement local et l’exploitation de ces mines s’accompagnent par une intense activité de ces compagnies minières qui porte des atteintes graves à l’écosystème. Tel est le cas par exemple de Chalco dont les activités sont jugées ‘’polluantes’’ par certains à cause du déversement des boues rouges dans des cours d’eau utilisés par plusieurs districts riverains pour leur approvisionnement quotidien.

 

Face à cette pollution à la boue qui pose un véritable problème de santé publique aujourd’hui, Abdoul Karim Camara, président de Foukhou, l’un des districts touchés, tire la sonnette d’alarme : « actuellement, nous sommes confrontés à un problème criard d’eau potable surtout à la source. Cette situation touche non seulement notre district mais aussi les villages de Bindan, Foukhoun, Yogon, Nimmaya et Yembéréng. Toute ces localités sont alimentées par une seule rivière dont la tête de source est détruite à cause des activités de Chalco en amont. Cette année comme l’année dernière, il y a une boue de couleur rougeâtre qui quitte le corridor de la société Chalco pour descendre dans ce cour d’eau. Avant, on s’y baignait, on venait y puiser l’eau de consommation. Mais actuellement, on ne peut même pas utiliser son eau pour faire les lessives. C’est l’eau de pluie que nous utilisons pour nos consommations avec tout les risques des maladies hydriques. Nous avons plusieurs fois informé sans succès les responsables de la société Chalco. Nous n’avons rien contre la présence des compagnies minières dans nos localités. Toutefois, leur exploitation ne doit pas être un facteur de destruction de nos cours d’eau sachant que nous ne disposons de forages partout pour nos consommations domestiques. Il faut que l’Etat veille à cette situation. »

 

Quel rôle pour les autorités locales minières en pareille circonstance ?

 


Devant une telle catastrophe, les services locaux du ministère des Mines ont recours à certaines techniques pour remédier à la situation.
« Techniquement, nous ne pouvons qu’apporter des solutions lorsqu’une situation se présente sur le terrain. Dans la zone de Bindan par exemple, il existe des villages qui sont proches des plateaux miniers ou des corridors des sociétés minières. Ils sont parfois victimes. Quand il pleut, il y a le drainage des boues vers les cours d’eau et les cultures maraîchères. Voilà au niveau des sociétés comment on a solutionné. On a créé cette année des barrières…Les sociétés sont venues d’abord creuser en contrebas des montagnes des grandes fosses et des digues qui retiennent ces boues. L’année dernière, il y a eu des plaintes au niveau de Youmalengna. Mais cette année, il n’y en a pas eu. C’est la même technique que nous avons recommandée à la société SPIC et il n’y a pas eu de problème. Nous avons aussi conseillé à Chalco de faire des fosses ou des digues de ceinture. Mais il faut l‘avouer la réalisation de ces barrières nécessite de gros investissements. Donc, pour les communautés, ils doivent comprendre que souvent des situations de ce genre peuvent survenir surtout pour les villages qui sont riverains aux sociétés minières », a expliqué le directeur préfectoral des mines de Boffa, Ismaël Ouattara.

 

Que proposent les services locaux de l’environnement à Chalco et au gouvernement ?

 

Au niveau de la direction préfectorale de l’environnement, l’on propose deux techniques exécutables en deux phases pour soulager les zones impactées. « Pour remédier à ce problème, nous avons envisagé deux techniques à deux phases. La première, c’est comment trouver des forages dans les villages impactés. Déjà Chalco a fait des propositions de faire des forages. Mais ce projet ne couvre pas pour le moment toutes les localités impactées. C’est le cas par exemple de la sous-préfecture de Lisso. Il faut préciser que ce sont les villages proches du fleuve Fatala qui sont pollués. Dans une deuxième phase, on a fait une proposition à Chalco et au gouvernement de nous venir en aide pour qu’on lutte contre l’érosion. On peut faire la digue pour orienter l’eau pour ne pas que le fleuve Fatala soit pollué. Ce sont donc les deux propositions concrètes qui sont sur table. Actuellement, l’eau des villages environnants ne sont pas buvables et c’est dangereux pour la santé », alerte Toupou Péma, le directeur préfectoral de l’environnement de Boffa.

 

Que dit Chalco ?

 

Tout en admettant l’existence de la triste réalité que vivent les villages impactés,

Le chargé des relations communautaires et de l’environnement de Chalco, rappelle qu’elle n’en demeure pas moins une des préoccupations de sa société. « Effectivement, la communauté a raison. Elle nous a remontés l’information. Mais vous savez pendant la saison pluvieuse, la société a eu à faire des canalisations pour récupérer les eaux de ruissellement. Malheureusement, celles-ci n’ont pas abouti. Cette année, nous sommes en train de mener une campagne de sensibilisation en même temps faire certainement des forages pour les communautés en lieu et place des marigots qui sont colorés par des eaux de ruissellement qui quittent le corridor. Ce n’est pas une pollution, c’est juste une boue de couleur rougeâtre en provenance de la mine. Voyez les plateaux, ils sont en hauteur et les villages sont en contrebas. Pas plus qu’hier, je suis moi-même allé faire le constat et j’avais fait la remontée. On est en train de prendre des dispositions idoines », a promis Mohamed Sacko, chargé des relations communautaires et de l’environnement à Chalco.


Tout en renchérissant son prédécesseur, le directeur adjoint des mines de Chalco Mohamed Lamine Kéita précise : « quand il pleut, il y aura forcément des eaux de ruissellements et cela est naturel. L’eau change de couleur, la présence de boue peut se faire sentir mais, en fait quand l’eau est drainée et qu’il ne pleuve plus elle est consommable. Parce qu’à Chalco, on n’utilise pas de produits chimiques dans la mine. On parle de pollution, c’est quand on utilise des produits chimiques qui sont dangereuses pour l’homme et pour l’environnement, chose que Chalco ne fait pas.  En ce qui concerne le cas des forages, avant même qu’on ne commence à produire, on avait réhabilité et réalisé certains forages de certains districts impactés par nos activités. Avec l’apport des directions préfectorales des mines et de l’environnement qui ont travaillé ensemble avec Chalco sur comment résoudre ces cas de drainage des boues vers les marigots et les rivières en créant des bassins de rétention et de bassins de sédimentation. Mais, ce sont des activités coûteuses dans lesquelles on s’est lancé et on le fait séquentiellement. C’est-à-dire au fur et à mesure et les solutions sont envisagées. Chalco demande aux communautés de patienter. C’est vrai, on a modifié leurs modes de vie, c’est difficile de s’y adapter, on le comprend. C’est pourquoi on ne veut pas rentrer en conflit avec elles. On comprend parfaitement leur situation mais, il faut de la patience. »

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