Pénurie d’électricité: le ministre de l’Energie renvoie tout sur les clients

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«Si les clients ne payent pas leurs factures, les centrales thermiques ne peuvent pas fonctionner. Conakry n’a que 250 mille abonnés sur une population de trois millions d’habitants. La perte est immense…»

A la faveur du point de presse qu’il a animé lundi 8 janvier 2018, le ministre de l’Energie et de l’Hydraulique, Dr. Cheick Taliby Sylla a tenu à répondre certaines allégations selon lesquelles le barrage Kaléta serait construit pour des fins politiques.

 A en croire Dr. Sylla, le barrage Kaléta a été construit dans les règles de l’art. «C’est un barrage au fil de l’eau. La preuve, pendant la saison pluvieuse, il y a le courant 24 heure sur 24 (…). Au moment où le Président de la République prenait fonctions, les centrales thermiques de Tombo ne fonctionnaient pas à cause du mauvais mazout qui a été utilisé. Aujourd’hui, ces centrales thermiques sont rénovées et mises sur le réseau. La centrale Tombo 5 renommée Kaloum 5, donne 30 mégawatts. En fin janvier, Tombo 3 aussi va être sur le réseau pour 44 mégawatts…», a-t-il rappelé.

 Parlant de la desserte du courant dans la capitale, le ministre Sylla a dénoncé que tout le monde le veut et personne ne veut payer. «Un kilowattheure en Guinée coûte 90 francs guinéens. Si c’est réellement une consommation domestique, quel est le Guinéen qui sera incapable de payer sa facture? Mais très malheureusement, le domestique consomme comme l’industriel, les réfrigérateurs, les climatiseurs et les ventilateurs ronronnent à longueur de journée. On oublie d’éteindre même les lampes pendant la journée. Et, quand les factures tombent, on dit que l’EDG a surfacturé», a-t-il expliqué

Poursuivant, Dr. Cheick Taliby Sylla a affirmé que sur 100 clients d’EDG, 50 sont des clandestins. Sur ces 50 clients facturés, 45 seulement payent leurs factures. «Comment vous voulez que l’EDG soit une société équilibrée financièrement? Ce n’est pas possible! On a habitué la population à avoir l’électricité 24h/24. Les moustiques ont disparu dans les chambres. Alors, pour permettre à l’EDG d’avoir une trésorerie afin d’y faire face, nous avons mis des compteurs à prépaiement. L’opération a été sabotée», a-t-il dit.

 Dans le même sillage, Cheick Taliby Sylla a fait remarquer que Conakry n’a que 250 mille abonnés sur une population de trois millions d’habitants, avant d’ajouter que la perte est immense. «Si les clients ne payent pas leurs factures, les centrales thermiques ne peuvent pas fonctionner», a-t-il précisé.

 Plus loin, le ministre Sylla a rappelé qu’en 57 ans, la Guinée a eu 242,89 mégawatts contre 467,2 de 2010 à 2017 sans compter les autos productrices minières, une différence selon lui, de 50 ans. «A cause du tarif pratiqué en Guinée, on achète l’énergie aux producteurs indépendants en moyenne à 2 000 fg et vendre en moyenne à 800 fg. Quel est ce commençant qui va accepter cela. Habituellement, l’étiage commence chaque année le 15 novembre pour finir 15 juillet. Cette année, il a commencé le 2 novembre à cause de la dégradation poussée du couvert végétal», a-t-il fait comprendre.

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  • CONDÉ ABOU

    Quand on vous dit que ce n’est pas demain la veille pour espérer une quelconque sortie de crise en matière de fourniture du courant électrique dans ce pays, en voici une des preuves.
    Ce discours de notre Ministre de l’Energie ne tient pas debout.

    Comment peut-on tenir pareil discours sur les problèmes de l’électricité en Guinée, particulièrement à Conakry en invoquant tour à tour les défauts de paiements des clients, la construction du barrage de Kaléta sur le fil d’eau, et les promesses de l’amélioration de la desserte grâce à l’ajout des centrales thermiques de Tombo 5 et Tombo 3, pour combler le déficit énergétique de Conakry durant la saison sèche. ?

    Ce discours est une fuite en avant lamentable et qui ne servira à rien du tout parce que non seulement il n’explique pas les vrais problèmes de EDG, mais en plus il semble se contenter de la perspective du lancement des centrales thermiques de Tombo pour combler le déficit de la production de l’électricité et sortir probablement la Ville de Conakry de la crise actuelle de l’électricité.

    Qu’est –ce qu’il faut répondre à notre Ministre qui a tout l’air de nous prendre pour des idiots ?
    (1)Le plan de restructuration négocié entre EDG, Veolia et l’Etat Guinéen selon les chiffres officiels n’était pas moins de 1,5 milliard de Dollars US, sans compter le coût du contrat de gestion de Veolia lui-même.

    Ce montant d’un milliard et demi de Dollars US, que le contribuable doit payer très cher, a-t-il disparu dans les comptes de cette entreprise, du fait de la responsabilité de la clientèle ou des gestionnaires qui ont dirigé cette boîte depuis des décennies en ruinant les finances de l’entreprise ?

    Notre Ministre ne le sait-il pas ? Si c’est le cas, ce n’est même pas la peine de continuer sur ce débat inutile, parce que l’origine du mal est connu de tous: la mauvaise gestion chronique et les déficits d’exploitation insurmontables générés par EDG.

    (2)La construction de Kaléta sur le fil de l’eau avec ses conséquences sur la baisse drastique de la retenue d’eau en periode d’étiage, est-elle un phénomène connu seulement maintenant ? Non, ce n’est pas du tout le cas. Tout le monde le savait, mais ce n’est pas ce qui pose en fait le plus grave problème de l’entreprise EDG. Kaléta a été un très bon projet pour le pays, même sur le fil d’eau, et ce n’est pas ce barrage qui pose problème.

    Ceux qui ont conçu le plan de ce barrage ne savaient-ils pas que les facteurs de dégradation de l’environnement ou du changement climatique impacteraient suffisamment sur le site du barrage ? Cet argument de la dégradation du couvert végétal ne peut pas du tout tenir la route dans la mesure où cette question ne peut pas se règler du jour au lendemain en reconstituant le couvert végétal qui semble être le péché originel de Kaléta alors qu’il n’en est pas tant.

    (3)Quand on dit que les clients ne paient pas leurs factures, il faudrait bien savoir quelle clientèle pose plus de problèmes pour EDG. La clientèle industrielle ou la clientèle domestique, ou toutes les deux à la fois ? Pourquoi, cette confusion dans ce discours ?

    En matière d’électricité, tout le monde sait que la consommation d’une seule industrie équivaut à celle de milliers de ménages.Les factures, beaucoup plus importantes, acquittées par ce type d’entreprises permettent aux sociétés nationales d’énergie de financer le développement de leurs réseaux.

    Les miniers notamment sont très « énergivores », si l’on peut les citer comme exemples. Pour l’Expert Abel Tella, raccorder ces grands comptes est essentiel : « Plus la part des industries augmente, plus celle des ménages devient marginale. »

    Selon Marion Douet qui connait très bien ce secteur, ceci est un élément d’autant plus déterminant que le recouvrement des factures des «usagers résidentiels » peut se révéler hasardeux (en moyenne, 30% de celles – ci ne sont pas honorées dans les pays n’ayant pas mis en place le prépaiement), sans parler des pertes techniques et des vols d’électricité (30% au Cameroun, par exemple), qu’il faut dans les deux cas répercuter sur les tarifs. Pourtant, souligne l’Expert, les exemples de mauvaises pratiques sont légion. Ce n’est donc pas le propre de la Guinée !

    (4)Le raccordement de Tombo 3 et 5 va règler spécifiquement quel problème pour la clientèle domestique, étant donné le coût du fuel importé, et le pouvoir d’achat des ménages ? Le thermique n’est pas pour le moment une bonne solution pour la Guinée, contrairement à la Côte D’Ivoire.

    Les subventions du prix de l’électricité destinées à la consommation domestique seront incontournables, parce que le pétrole coûtera de plus en plus cher pour tous les pays importateurs, ou ne disposant pas de raffineries de pétrole.

    L’on annonce déjà ce début Janvier 2018, le baril de pétrole à 68 Dollars US, suite à l’évolution dangereuse de la situation générale au Moyen Orient et aux incertitudes qui planent actuellement sur l’Iran.

    La Guinée n’est ni productrice de pétrole brut, ni productrice de pétrole raffiné, comment voulez-vous que le pays puisse espérer une maitrise des coûts des hydrocarbures importés sur le court et moyen terme ?

    Comment EDG paiera-t-elle les fournisseurs de l’énergie thermique, avec une situation financière des plus catastrophiques et moribondes ? Le pétrole et le thermique sont pour le moment un gros luxe pour la Guinée, et vous n’avez pas du tout l’air d’en faire votre souci pour anticiper sur l’avenir de EDG.

    Derrière la facture d’électricité se cache d’abord le prix du pétrole, et ensuite une grande partie des problèmes se trouve au niveau de la qualité de la gestion mise en place.

    En 2014, les autorités Sénégalaises ont versé une compensation de 77 milliards de F CFA (l’equivalent de 117 millions Euros) à la Compagnie nationale d’électricité la SENELEC, ce qui revenait à financer le tiers du coût de production de l’électricité. À la moindre tension de trésorerie, c’est donc l’ensemble du secteur énergétique qui risque le court-circuit. La Guinée peut-elle se payer un tel luxe ?

    Ayez le courage Excellence Monsieur le Ministre de l’Energie de regarder la réalité en face et la proactivité de dire au Gouvernement et au Président de la République de bien vouloir reévaluer suffisamment la politique énergétique du pays, en vue d’envisager les solutions les plus économiquement compétitives pour l’Économie Guinéenne.

    Faute de quoi, la crise qui couve à EDG pourrait mettre inutilement en péril, la paix sociale indispensable au développement économique et social du pays. C’est une question de logique économique tout court

    La solution idoine ne pourrait passer techniquement aujourd’hui que par le développement de l’énergie solaire dont la réalisation ne prendrait pas assez de temps, ou alors par la multiplication de la construction des barrages hydroélectriques avec de grandes retenues d’eau comme Souapiti, Akossombo au Ghana, ou Manantali au Mali ou Soubré en Côte D’Ivoire, entre autres.

    CONCLUSION:

    Le discours de notre Ministre de l’Energie est une fuite en avant et qui ne pose pas les vrais problèmes de gestion d’EDG et l’origine de la crise actuelle que cette entreprise traverse.
    Encore une fois, l’électricité consommée par une seule industrie est égale à celle de milliers de ménages. Pourquoi, voulez-vous compliquer ce sujet ?

    Les investissements en cours sur le thermique à Tombo 5 et Tombo 3, mèneront droit cette entreprise dans le mur. Pourquoi ?

    Parce qu’EDG ne pourra jamais honorer sur le moyen et long terme, ses engagements vis-à-vis des investisseurs privés qui se sont lancés dans le thermique, à cause des coûts du pétrole importé, combinés à la faiblesse du pouvoir d’achat des ménages et aux déficits colossaux d’exploitation de cette entreprise que l’Etat ne pourra pas continuer de supporter de façon pérenne après tant d’années de mauvaise gestion.

    Voilà pourquoi, ce discours de notre Ministre de l’Energie ne règle rien du tout pour les ménages et pour préserver la paix sociale.

    Si vous décidez de continuer les investissements sur le thermique, tant mieux. Il n’empèche que vous avez l’obligation de continuer les subventions du prix de l’électricité pour les ménages. C’est tout. Si la gestion de EDG est capable de faire des résultats, chacun l’appréciera. Pour le moment, l’on en est pas là.
    Merci pour al courtoisie de Guineenews.