Partenariat Afrique-UE : Contributions et attentes de la jeunesse de la Moyenne Guinée

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Dans les différentes préfectures qui composent les régions administratives de Labé et de Mamou (en Moyenne Guinée), nous avons tenté de relancer le débat sur les contributions et les attentes de la jeunesse de la république de Guinée qui a visiblement une attention pointue sur le partenariat Afrique-Union européenne (UE), précisément sur cette nouvelle stratégie proposée et adoptée par les deux institutions que sont l’UE (Union européenne) et l’UA (Union africaine). Chacun des jeunes leaders rencontrés dans ces villes de l’intérieur du pays a partagé ses impressions et perspectives sur une éventuelle partition et les retombées d’un tel partenariat à l’endroit de la jeunesse guinéenne.

Pour ce faire, nous avons classé les différentes interventions réalisées dans différentes localités de la Moyenne Guinée en deux groupes. C’est d’abord un premier groupe qui parle des contributions, c’est-à-dire ce que cette jeunesse guinéenne peut et doit faire pour donner un cachet particulier à ce nouvel élan. Ensuite un second groupe de jeunes qui a voulu énuméré ses attentes et espoirs vis-à-vis du partenariat Afrique-UE.

Contributions de la jeunesse Guinéenne!

Pour une frange importante des jeunes interpellés en Moyenne Guinée sur ce sujet capital, la jeunesse guinéenne peut-être un architecte de la réussite de cette stratégie si toutefois elle n’est pas mise à l’écart dans l’exécution du projet qui, selon elle, doit être gérée avec plus de rigueur et d’objectivité afin qu’il hisse les relations entre l’Afrique et l’Europe au sommet de la pyramide.

 

Hasmiou Barry, diplômé sans emploi et membre fondateur d’une association de jeunes très influente dans la commune urbaine de Labé, soutient que la jeunesse doit être au cœur du partenariat. « Quand je dis la jeunesse, je parle bien évidemment de ceux qui n’ont pas plus de trente-cinq ans et qui représentent plus de 50% de la population de ce pays, mais qui sont toujours marginalisés. Nos dirigeants soutiennent que la jeunesse est l’avenir du pays, mais ils oublient que l’avenir c’est aujourd’hui et maintenant. Il va falloir qu’on donne une chance à ces jeunes fraîchement sortis des institutions d’enseignement supérieur de vendre leurs talents dans ce genre de projets. Nous serons à la hauteur, car on est au diapason de ce qui se passe à travers le monde. On sait que ce partenariat a été approuvé par l’Union Africaine et les institutions de l’UE en 2007, si je ne m’abuse. Et en 2014, pour faciliter son applicabilité, les États membres de l’UE et les pays d’Afrique sont convenus d’une feuille de route. Il faut qu’on nous mette à contribution », affirme-t-il, avec assurance.

Évoluant au sein du mouvement de jeunesse dénommé Fewndaré (littéralement, actualité en bon Pular), Alpha Mamadou Sow, détenteur d’une licence en lettres modernes depuis 2010 estime qu’il faut mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. « Je pense qu’il faut de plus impliquer la jeunesse à travers des concours, des compétitions réalisées dans une totale transparence et éviter à chaque fois de retenir les mêmes têtes comme c’est souvent le cas en Guinée. Au lieu d’aller à la rencontre de toute la jeunesse, on privilégie un petit groupe qui s’arrose régulièrement des retombées des partenariats et autres. Voilà pourquoi les bailleurs ne sont pas tout le temps satisfaits des résultats. C’est tout simplement parce que ce sont  des amateurs qui bénéficient d’un certain soutien de la part des autorités et qui occupent tous les postes qui se présentent. Sinon, la jeunesse guinéenne a un talent pouvant lui permettre de relever le défi de ce partenariat », rassure-t-il.

« La mise à contribution de la jeunesse guinéenne dans ce partenariat serait un frein à l’immigration clandestine », dixit Mouctar Kaba, jeune diplômé en Sociologie, rencontré autour du thé dans la ville-carrefour de Mamou. « Quand tu fais tout de suite une petite enquête, tu trouveras que 97 % des jeunes guinéens cherchent à fuir cette misère, tu trouveras que tous veulent immigrer par n’importe quels moyens. C’est parce que ça ne va pas ici. Et la région de Mamou est championne dans ça, car ce sont les parents même qui encouragent les enfants à prendre cette voie suicidaire. Et tenez-vous bien, un jeune de mon âge, qui ne travaille pas et qui n’a aucun espoir, est prêt à tout pour parvenir à ses fins. Mais si on trouve ici  de quoi subvenir à nos besoins, si toutefois on nous mettait à contribution dans ce nouvel élan du partenariat Afrique-UE, c’est vrai que nous irons en Europe mais ça ne sera que pour des vacances », argumente-t-il.

Pour Amadou Fatako Baldé, la Guinée a une main-d’œuvre diversifiée. « La jeunesse guinéenne peut intervenir dans divers domaines du partenariat, car c’est des milliers de diplômés sans emploi dans différents domaines dont nous disposons. C’est vrai qu’il y a des mal formés, mais je vous garantis que la majorité de notre jeunesse sera représentative.»

Attentes de la jeunesse guinéenne !

Voulant impérativement être mis à contribution dans ce genre d’initiative afin de mettre son expérience et son savoir-faire à disposition, les jeunes rencontrés sur le sujet attendent beaucoup de ce nouvel élan de coopération qui, selon eux, pourrait réduire drastiquement le chômage et accélérer le processus de développement de l’Afrique qui a du mal à voir le bout du tunnel. Pour ce faire, une bonne partie des jeunes interrogés pense que les bailleurs doivent imposer plus de rigueur dans l’exécution des projets orientés vers la jeunesse.

Thierno Ousmane Diallo, stagiaire dans une institution de micro-finance de Labé, se jette à l’eau : «Je m’attends à plus de projets orientés vers la jeunesse, à plus de transparence, de rigueur et d’équité dans le choix des personnes appelées à exécuter la chose. Et qu’on donne cette fois-ci la chance à la jeunesse d’être dans le feu de l’action.»

Amadou Diakhaby, lui, s’attend à une redynamisation du secteur privé. « Vous savez, il fut un temps, le privé était un secteur très convoité en république de Guinée, parce que non seulement les travailleurs étaient bien rémunérés mais aussi le pays gagnait gros à travers les investissements monstres. Je m’attends personnellement à ce que cette nouvelle stratégie relance ce secteur qui a beaucoup fait pour la Guinée, car l’État, à lui seul, ne peut venir à bout du chômage.», affirme-t-il.

« Si je prends le cas de la lutte contre l’immigration clandestine, c’est une activité qui ne pourrait être menée à bien que par des jeunes, car c’est des jeunes qui sont les candidats à ce ‘’suicide’’. Donc voilà une partition que seuls les jeunes pourraient jouer bien. Mais, on connaît tous que des projets sont souvent orientés en Moyenne Guinée mais malheureusement ces projets se limitent juste au niveau des capitales régionales alors que nous, à Koubia ici, si ce n’est pas au niveau des radios locales, on n’entend jamais parler de cela. Les bailleurs et les autorités se contentent juste des centres-villes, comme la capitale et ses environs, alors que le besoin est beaucoup plus pressant à l’intérieur du pays. Donc, nous sollicitons que ce partenariat soit orienté vers la base parce que c’est dans les villages frappés d’exode rural et les villes de l’intérieur du pays où on enregistre plus de candidats à l’immigration clandestine, qu’on pourrait cerner ce genre de sujet», fait remarquer  Mariama Baldé, également diplômée sans emploi, gestionnaire d’une boutique de produits divers au marché central de Koubia, une ville située à environ 65 kilomètres à l’est de la capitale régionale.

À l’ouest et à environ 60 kilomètres de Labé-centre, nous nous sommes intéressés à l’avis de Diouldé Kanté, membre de l’Association pour le développement de la préfecture de Lélouma, qui est allé de son mot : « Nous aimerions avoir nous autres la chance de participer à ce partenariat ; qu’on nous laisse apporter notre grain de sel en mettant à nu les réalités de la Guinée profonde. Donc, on sollicite une nette implication de l’intérieur du pays, au lieu que ce partenariat ne profite, comme d’habitude, qu’à un tout petit groupe de personnes égoïstes. Donc, nos attentes sont claires et précises. Il faut décentraliser les choses vers l’intérieur du pays et rendre à César ce qui appartient à César, c’est-à-dire impliquons la jeunesse », souhaite-t-il.

Natif de Timbi Madina, dans la préfecture de Pita (région administrative de Mamou), Alpha Bah pense qu’il faut essayer de redonner de l’espoir à cette jeunesse frappée de plein fouet par le chômage. Une telle initiative serait une bouffée d’oxygène pour la couche juvénile guinéenne, estime-t-il.

Ces interventions dans la Guinée profonde montrent à suffisance qu’une meilleure contribution de la jeunesse de ce pays sous-développé pourrait certainement permettre à ce nouvel élan de coopération d’atteindre les objectifs escomptés au grand bonheur de toutes et de tous. Pensons-y.