Obsèques de Papa Camara : Cent millions pour un mort qui n’en a plus besoin

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Dans les années avant que Pathé Diallo ne soit malade d’un cancer de la gorge, il m’apostropha avec tout son sérieux : «moi, le jour où je vais mourir, celui qui viendra prononcer mes louanges, je me lèverai, je le giflerai avant de me recoucher.»

-Mais Doyen, tu n’es pas dans le besoin, tu bois toujours dans ton verre et tu n’a pas faim.

–«Oui, j’ai même gardé 5000 dollars, la poire pour la soif, je n’ai même pas une reconnaissance nationale, pour tout ce que j’ai fait, c’est ce qui me fait mal.

Papa Camara, la dernière fois que je l’ai écouté sur une radio, il a dit qu’il « est satisfait de sa vie, qu’il n’en veut à personne, ça va… » Modestie et humilité toutes faites et réunies en l’homme.

Alors qu’il était venu faire un retrait pour s’acheter des médicaments, je lui avais proposé de venir prendre quelque chose dans un restaurant ou dans un endroit de son choix, il nous avait dit que sa femme était malade et qu’il doit envoyer les médicaments et promit de me rappeler plus tard.

Quand il fut parti, je dis à Tino que Papa est lui-même malade, il est mal en point. Je demandai : entre lui et moi, qui est plus mal en point, Tino me répondit : C’est lui. On m’informe que la dernière fois qu’il est revenu à la banque en taxi, il pouvait à peine marcher. Et dire que dans tout ça, il n’a alerté personne sur sa maladie ou l’a-t-il fait ? On aurait condamné l’Association HAfia-77, la FEGUIFOOT, le ministère des Sports et le gouvernement.

Actuellement, Abdoulaye Banks Kéita et Blinky sont dans une situation semblable. N’attendez pas. Si Papa avait eu cette somme pour se soigner, mais aussi si Papa, par hauteur d’âme n’en avait pas fait état…

Quand le président ATT du Mali était venu en Guinée, il nous a semblé entendre qu’il tenait à rencontrer Papa Camara et les autres du HAFIA. Des Burkinabè que nous avons rencontrés disaient que Thomas Sankara et Blaise Compaoré aussi avaient beaucoup d’admiration pour ce même joueur.

Les Guinéens sont témoins que Alpha Condé s’est rendu pur la première fois au Palais des sports et y était restés pendant 45 minutes, le temps d’une mi-temps, chose rare qui mérite d’être soulignée et remerciée à sa juste valeur. Papa le méritait.

Il n’y a plus de gestes à inventer dans le football. Tino me dit que le Directeur de la BICIGUI lui a raconté que Papa avait des dribles carrés, je saurai avec sa description qu’il faisait référence aux râteaux en pivot de Zidane, que je n’ai revu qu’une seule fois lors d’un match du Portugal contre, je ne sais plus quelle équipe, en championnat d’Europe passé, en France. Mais ce genre de drible, Condé Mory qu’il a remplacé, le faisait aussi à merveille au stade de Coléah, quand Condé Mory s’entrainait avec le 5ème arrondissement.

De mon point de vue, Papa Camara a produit deux actions d’anthologie que je n’ai plus revues sur un terrain : Contre les Rangers d’Enugu en match aller à Conakry, en 1975, a rebondi à toute vitesse devant la cage nigériane et elle était convoitée par Papa suivi par deux défenseurs. Ceux-ci avaient anticipé que Papa allait l’arrêter de la poitrine et la balle allait retomber devant. Dans le feu de l’action, le Guinéen avait jeté sa poitrine contre le ballon et l’avait déviée au-dessus de lui, laissant ses anges gardiens esseulés devant, à plus de quatre mètres. Cette action avait soulevé un tonnerre de bruit que je n’ai entendu qu’une autre fois, quand le HAFIA avait rencontré l’ASFAG l’Association des Forces Armées de Guinée.

Un amorti dompteur de la poitrine avait retardé la retombée du ballon. Le défenseur de l’ASFAG voulait manifestement mettre fin à la carrière de Papa ce jour avait voulu le faucher méchamment, comme s’il avait des yeux partout, il arriva à sauter et éviter adroitement le coup de sabre assassin. Le tonnerre d’ovations qui s’était élevé du stade du 28 septembre reste dans ma mémoire, que dire enfin du troisième but lors du triplé, l’image de ce but n’a jamais été restituée par les caméras de la RTG. C’est une balle héritée de Bangaly Sylla de la gauche vers l’axe à demi-volée que Papa a accompagnée directement du gauche dans une position quasi-impossible.

Ceux qui ont vu le but venu d’ailleurs de Zinédine Zidane en 2002, contre Kaiserslautern( ?), qui donna la coupe au Real Madrid, c’est dans la même posture. S’il avait tenté une aile de pigeon (la spécialité de Alpha Condé, paraît-il) pour mieux contrôler le ballon, les défenseurs ghanéens lui eussent tombé dessus. Cette délivrance avait fait pousser une ovation sans doute inégalée. Papa avouera lui-même en être paniqué pour un laps de temps.

Que Alpha Condé soit venu jusqu’au Palais des Sports pour rendre un dernier hommage à une idole qu’il n’a peut-être pas vu à l’œuvre est un témoignage que ceux qui ont fait la gloire de la Guinée, il sait les remercier, nous lui retournons les remerciements au nom de fans de Papa, que sa famille biologique partagera sans doute.

Ainsi, la légende vivante est entrée dans la légende définitive et dans l’histoire.