«Nous sommes en danger », alerte le colonel Tiégboro (entretien suite )

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Le colonel Moussa Tiégboro Camara vient de fermer deux unités industrielles chinoises établies à Koba, dans la préfecture de Boffa. Une goûte d’eau qui risque de faire déborder le vase, puisque le Secrétaire général à la Présidence chargé des Services spéciaux, de la lutte anti-drogue et du crime organisé entend adresser un courrier à la Douane nationale pour l’interpeller sur ses attributions.

Dans cette deuxième partie d’une interview exclusive qu’il a accordée à votre quotidien électronique Guineenews, le colonel Moussa Tiégboro Camara se penche sur la situation du marché guinéen dominé par des produits qui échappent au contrôle qualité. Aussi, l’officier supérieur revient sur l’arbitraire qui se passe à Koba sous le regard des autorités locales. Lisez !

Guineenews.org : Quelle situation pouvez-vous dresser du marché guinéen en termes de produits destinés à la consommation ?

Col. Moussa Tiégboro Camara : Ceci est un sujet d’une extrême importance. Car, notre santé en dépend. Alors, je m’en vais vous dire que le marché guinéen compte 93 variétés de cube Maggi. Vous ne pouvez pas imaginer. Or, le Sénégal n’en compte que 3. Et à l’heure qu’il fait, ils sont en train de se battre pour les retirer du marché. Il y a un procès actuellement contre la troisième société qui fabrique une marque qui ne leur plaît pas. Ils disent qu’il y a trop de sel. C’est contrôlé pour sauver la population. Or, en Guinée, on n’achète que ce qui est moins cher. Et même les supermarchés aujourd’hui ont des problèmes. Personne ne les contrôle. Ils mettent le prix de cheval sur les articles, alors que ce sont des articles ramassés parfois même à Avaria. Qui contrôle qui pour sauver la population ? C’est compliqué. Même la douane-là, je me demande ce qu’elle fait réellement. Nous rentrons d’une mission à Koba où nos compatriotes travaillent dans une extrême vulnérabilité avec les Chinois qui envoient des cargaisons de cartons sans que la douane ne s’assure pour quelles fins. Je vais écrire à la Douane pour lui demander des explications. Parce que quand des gens envoient des marchandises comme cela, destinées à la production industrielle, on doit leur demander au moins le minimum, qu’est l’agrément.  S’il y avait une telle démarche, dès au début, les premiers produits seraient saisis. Mais c’est parce qu’ils n’ont été demandés nulle part. C’est clair !

Guineenews.org : Et comment ça se passe sur ce site de Koba ?

Col. Moussa Tiégboro Camara : Ce sont deux filles seulement qui sont là-bas et qui sont payées entre 300.000 et 350.000 francs guinéens. Quand une d’entre elles m’a parlé, je n’en revenais pas. Et ces filles ne font que maigrir, sans aucune raison apparente. Je vais tout d’abord parler d’anti-moustique. Elles me disent qu’avant, elles n’avaient pas de problèmes. Mais aujourd’hui, elles ont des plaies un peu partout sur la main et entre les doigts. Et tout de suite, vous sentez en elles qu’elles ont un véritable problème physiologique. Un homme en bon état, si tu le vois, tu le sens. Alors, je leur ai dit qu’elles ont des problèmes de santé. Elles rentrent dans cette fumée. C’est du n’importe quoi qu’on y fabrique et qu’on déverse sur le marché, sans aucun contrôle sanitaire au préalable. On fait vendre cela aux pauvres gens. Malheureusement, en Guinée, on n’achète que ce qui est moins cher. Même dans les rues, en voiture, vous voyez à longueur de journée le Guinéen descendre la vitre et acheter. Nous sommes en danger. C’est un danger public sanitaire. Les gens achètent partout pour donner aux enfants et du reste, on s’en fout. On est en train de détruire l’avenir de ce pays, à travers les enfants. Parce que la santé se préserve tout d’abord à partir de l’alimentation. Les Américains disent que ce qu’on mange aujourd’hui, c’est ce qui nous rattrape demain.

 Guineenews.org : Qu’en est-il du jus ?

Col. Moussa Tiégboro Camara : Le jus, on n’en parle pas. Parce que si vous voyez l’insalubrité dans laquelle ils travaillent, si vous voyez le mauvais traitement et les composés chimiques qu’ils utilisent, vous ne pouvez pas imaginer. Tout ça pour détruire l’avenir du pays. Aujourd’hui, l’espérance de vie chez le Guinéen, c’est 50 ans. Au-delà, une maladie va vous prendre pour vous trimballer loin. Parce que ce que vous avez emmagasiné serait en train de se réveiller en vous. Conséquence : hypertension, tension artérielle, maux de reins, et j’en passe. C’est pourquoi tout le monde est malade dans ce pays. Faites un tour à la diabétologie de Donka, c’est plein d’enfants, de mineurs de rien du tout. Alors que tout-petits, quand nous, on était au village, on disait que le diabète était une maladie des patrons, qui mangent tout ce qui est gras. Mais au village aujourd’hui, tout le monde a ces problèmes : la tension, la crise cardiaque, etc. Ce n’est lié à rien d’autre que l’alimentation. Il y a plus de crises cardiaques en Guinée que dans n’importe quel pays sur la planète. Sur 100 décès, au moins 30 sont dus aux crises cardiaques.

 Guineenews.org : Quelle a été votre approche vis-à-vis des autorités locales ?

Col. Moussa Tiégboro Camara : J’ai demandé au sous-préfet et au préfet ce qu’ils font là-bas. Ils sont là, on détruit l’environnement en leur présence. Et ça ne leur dit rien. Ils disent qu’on leur a dit que les Chinois sont en rapport avec l’Etat. Mais quel Etat ? Ils ont présenté quel document attestant cela ? Eux qui sont l’incarnation d’une partie du président de la République dans cette partie de la Guinée, je leur ai demandé s’ils ne suivent pas l’actualité, s’ils ne savent pas que le monde se lève contre le réchauffement climatique, et que le président de la République lui-même est le président de la sous-région pour les énergies renouvelables. Alors, je leur ai dit qu’ils sont là pour rien.

 Guineenews.org : Parlant justement de l’anti-moustique, à base de quoi est-il fabriqué ?

Col. Moussa Tiégboro Camara : L’anti-moustique, à la base, c’est le charbon de bois. Si vous vous rendez à Koba aujourd’hui, tous les arbustes sont coupés. Les gens en font du charbon pour le vendre à vil prix aux Chinois. Ce sont des montagnes de charbon qui vous accueillent sur le site. La matière première ne sort nulle part que chez nous. C’est l’environnement qui est touché. C’est la nature qui est agressée. Koba, qui était à peu près une forêt, ne reflète plus que l’aspect d’une savane arborée. Les quelques rares arbres qui existent encore, les gens continuent de les abattre. Et le phénomène se transpose dans les sous-préfectures environnantes. On coupe comme on veut.  Quand vous regardez la terre, vous allez comprendre qu’on est en danger. Ceci se passe en Guinée au moment où le monde se lève contre la pollution de l’environnement, contre l’attaque de l’écosystème. Et donc, ce charbon est mélangé avec la poudre de manioc que les gens mangent. On se prive de cette denrée. On mélange cette poudre de manioc récolté sur place et on met une sorte de liquide collant dont on ne connaît pas encore la composition. On met dans la machine et ça sort des baguettes qui sont transformées en spirales. Puis, on emballe.

 Guineenews.org : Autre constat ?

Col. Moussa Tiégboro Camara : Il y a une fille qui m’a dit : « Tonton, la chambre qui est là-bas là, allons vous allez voir ». Elle me dit que quand je vais là-bas, je ne peux pas passer 3 minutes sans tomber dans une asphyxie et perdre l’oxygène complètement. J’ai dit non que j’ai 4 enfants que j’aimerais bien voir grandir. Alors, c’est dans ce contexte que j’ai fermé l’usine.

Interview réalisée par Mady Bangoura pour Guineenews

  • CONDÉ ABOU

    Quel récit pathétique, que dis-je, quel voyage dans l’enfer de la délinquance à moins de 200 kilomètres de Conakry, et sous les yeux de tout le monde.

    Soyons clairs et nets, c’est toute la chaine de contrôle qualité, le Ministère du Commerce, le Ministère de l’Industrie, le Ministère de la Santé Publique, le Ministère du Budget a travers l’Administration des Douanes Nationales, toute cette chaine dis-je, qui a la lourde responsabilité engagée dans cette catastrophe que vient d’expliquer le Colonel Tiégboro.

    Je trouve que la narration du Colonel Tiégboro dans cette interview de Guinéenews, mérite toute la considération de la Nation dans l’épreuve actuelle qu’elle affronte et de façon injuste avec quelques gros aventuriers Chinois en quête d’argent facile en Guinée. C’est du crime selon toute vraisemblance.

    Je pourrais résumer mes observations comme suit:

    (1)Il n’y a pas si longtemps le Président de la République en personne, dénonçait la mal bouffe en Guinée et ses conséquences désastreuses sur le bien être et la santé de la population.

    La narration du Colonel Tiégboro vient d’en donner une preuve des plus éloquentes en ce qui concerne la source du problème, à savoir la complicité et l’impunité notoire dont bénéficient les réseaux du banditisme international en Guinée. La responsabilité et le laxisme incroyable des services du Gouvernement sont engagés sur cette question de bout en bout.

    (2)Sur le marché international, c’est quasiment toute la planète entière y compris de plus en plus de pays en Afrique, qui se méfie de toute la chaine alimentaire fabriquée et contrôlée par beaucoup d’investisseurs privés Chinois: cubes maggi, boîtes de conserve de tomate, de viande ou de poisson, mais aussi le lait, la farine et même le riz artificiel dit riz en plastique, et le poisson pêché dans les fermes d’élevage de l’acquaculture Chinoise.

    Ce n’est pas d’un acharnement qu’il s’agit contre l’industrie Chinoise, mais d’un constat sur ce que tout le monde découvre de plus en plus aux quatre coins du monde.

    Manger Chinois, devient une source de préoccupation dangereuse pour tout le monde, à cause de la capacité dévastatrice de la technologie Chinoise et du comportement dans la délinquance scientifique dont certains investisseurs privés Chinois ont le savoir-faire exceptionnel.

    Quand le Gouvernement Chinois a durci la Législation en Chine, en mettant en prison et pour longtemps, les auteurs de la fabrication du lait en poudre empoisonné et qui avait tué des bébés Chinois, tous les plus malins ont choisi d’exporter et délocaliser leur technologie désastreuse vers les pays pauvres comme la Guinée, connaissant les failles ouvertes par la corruption de l’administration publique presque partout.

    Face à ce fléau, comment la Guinée peut-elle fermer les yeux sur les produits de la chaîne alimentaire fabriqués sur place en Guinée par des groupes d’aventuriers Chinois et qui ont fait du mal à leur propre pays avant de fuir à l’international ? Ce problème concerne bien entendu maintenant, surtout les produits alimentaires importés de Chine.

    Dites aux Chinois de nous aider à construire des systèmes d’irrigation, des centres de recherche-développement et des barrages hydroagricoles, mais pas du tout à nous vendre les produits alimentaires Chinois. C’est tout.

    Question. Ce n’est pas seulement la Douane Nationale qui est fautive dans ce qui se passe à Koba, mais plutôt toute la chaine de l’administration publique y compris en première ligne le Département du Commerce, le Département de l’Industrie et le Service Contrôle Qualité des biens de consommation.

    La responsabilité du Ministère de l’Industrie est claire et nette et celle du Ministère de la Santé Publique se voit très bien sur le volet production de moustiquaires alors que l’OMS, l’UNICEF et les autres partenaires au développement sont sur ce programme national depuis plusieurs années déjà.

    Comment le Ministère de la Santé Publique et ses partenaires internationaux pourraient-ils faire des résultats en matière de lutte anti-malaria dans les conditions désastreuses décrites ci-dessus ?

    C’est pourquoi, ce Département devrait revoir complètement sa stratégie de prévention du paludisme et ses moyens de surveillance du marché des moustiquaires en Guinée.
    Et puis la Société Civile dans tout ça, elle se trouve où ? Comme toujours, égale à elle-même !

    (3)Comment fonctionnent les services du Colonel Tiégboro lui-même ? Quels sont ses ressources humaines et où sont les budgets qui devraient lui permettre de rendre suffisamment efficaces ses engagements opérationnels sur le terrain, sans faire du tort à personne ?

    Il faudrait bien que le Gouvernement soit interpellé sur ce chapitre, parce que je ne vois pas comment de tels services ultra sensibles pourraient fonctionner dans ce pays, sans lui créer de graves problèmes à tort ou à raison dans la mise en oeuvre des réponses nationales à apporter à la lutte contre le banditisme et la grande délinquance.

    Très franchement en ce qui concerne de ce désastre à Koba, à moins de 200 kilomètres de Conakry, il faudrait bien demander au Gouvernement qu’est-ce qu’il veut pour ce pays et à quoi servent ses propres services de contrôle qualité de la chaine alimentaire ?

    Et où sont tous ces gros affairistes qui sont plutôt préoccupés par le pinaillage dans les tribunes politiques sur les questions de troisième mandat présidentiel, alors que tout le monde voit le laxisme notoire et les effets du crime organisé dont les populations souffrent ?

    Doit-on attendre encore et encore la charité de la communauté internationale pour venir montrer aux Guinéens, comment il faut faire pour combattre la délinquance administrative et le fléau de la distribution des produits alimentaires impropres à la consommation ?

    Ils sont où, tous les gros spécialistes du mensonge et du clientélisme politique interminable dans ce pays ?

    Du courage Colonel Tiégboro, mais le mal de l’Administration publique est à couper tout le souffle pour toute conscience patriotique. Dieu vous inspire chaque jour pour le bien du pays. Amen.

    Grand merci pour la courtoisie de Guineenews et pour la solidité de cette belle interview, et puis bonne journée de Vendredi chez vous.