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Dossier – Guinée : un ministre au cœur d’un scandale financier de plusieurs milliards ?

Au ministère de l’Education nationale et de l’Alphabétisation (MEN-A), plusieurs griefs sont portés contre le ministre Bano Barry et sa gestion du département. Entre autres, abandon des projets en cours d’exécution, des services dépouillés de leurs prérogatives, la centralisation de la gestion administrative et technique au niveau du ministre, de la DAF (division des affaires financières) et du responsable des marchés, une gestion jugée ambigüe et personnalisée sans aucune orthodoxie, signature des contrats de délégation de crédit sans aucune procédure et visibilité, usage des faux appels d’offre, indique une note technique dont Guineenews© s’est procuré copie. Ce n’est pas tout. Il y a aussi le marché de tables-bancs d’une valeur de 50 milliards donnés à un seul entrepreneur par voie de gré à gré, le marché de construction du nouveau siège du ministère à près de 200 milliards, octroyé à une entreprise dans les conditions obscures sans associer le SNIES (service national des infrastructures éducatives et scolaires) pourtant indispensable en pareilles circonstances…Voilà entre autres quelques griefs soulevés contre le ministre de l’Education Nationale et de l’Alphabétisation, selon cette note technique. Certains de ses collaborateurs disent ne pas être satisfaits de sa gestion jugée « opaque et scandaleuse ». Entre autres, une lettre caustique du 4 août dernier signée par Ibrahima Cissé, directeur du Service National des Infrastructures et Équipements Scolaires adressée au ministre Bano.

Au département de l’Education Nationale et de l’Alphabétisation, l’heure n’est plus aux larges sourires et à la joie. Ça grince les dents sous les mines fermées. Du premier au quatrième étage en passant par les couloirs de l’ancienne bâtisse qui abritait le département, l’ombre de Dr Bano plane comme l’épée de Damoclès sur la tête des cadres.

 Selon les sources crédibles, beaucoup de services sont dépouillés de leurs prérogatives depuis l’arrivée de Dr Bano à la tête du département. C’est un petit noyau composé du ministre, du DAF et du responsable des marchés qui décide tout. De la conception des projets à son exécution en passant par l’attribution des marchés aux entreprises, certains collaborateurs du ministre voient sa main partout. Cette omniprésence fait de lui aujourd’hui l’Alfa et l’Oméga du ministère de l’Education Nationale et de l’Alphabétisation, aux dires de quelques directeurs de services interrogés.

Lors de notre passage au ministère, on nous apprend qu’après son installation, Dr Bano a mis de côté les mécanismes et autres systèmes mis en place par ses prédécesseurs malgré l’alerte de certains collaborateurs.  « Nous avons attiré son attention sur les projets en cours d’exécution, des projets de construction d’écoles non encore clôturées. Ceci pour qu’il fasse l’arbitrage en vue d’une meilleure allocation des crédits alloués à ces projets dans la loi des finances 2021 », indique la lettre du directeur du SNIES.  Celui-ci pense qu’on l’a écarté dans la gestion des dossiers même ceux relevant des prérogatives de son service.

Pour lui, le ministre Bano travaille en solo sans écouter personne :  «…J’ai constaté une gestion plus qu’ambigüe  par les engagements des factures d’avance parfois des contrats dont je n’ai aucune idée, les factures de chantiers non encore achevés, et pire, des contrats de délégation de crédit signés sans aucune procédure et visibilité » avance-t-il. Avant de s’en prendre à la gestion de Dr Bano qu’il qualifie de celle personnalisée. « La gestion administrative et technique est ramenée au niveau du ministre…de la DAF et du responsable des marchés…Le budget qui est le moyen de déploiement et de mise œuvre de nos programmes, projets et activités, fait objet d’une gestion personnalisée sans aucune orthodoxie. »

Le ministre de l’Education Nationale est aussi mis à l’index comme celui qui pratique des contrats de gré à gré avec des faux appels d’offres. « L’une des choses les plus graves est que tous ces projets sont passés par entente directe négociés entre individus ou par des faux appels d’offres (négociés d’avance) faisant fi de l’existence des structures…l’exemple des dossiers de table bancs est éloquent. Pourquoi faire un seul contrat de plus de 50 milliards en gré à gré », note-il avant de continuer. « J’ai été choqué et surpris d’apprendre en pleine réunion…que plusieurs projets de réhabilitation de lycées et collèges sont en cours à coût de milliards de francs guinéens, par exemple la construction d’un nouveau siège du MENA à près de 200 milliards de francs sans que le SNIES n’y soit associé ni à la décision ni au processus. Pis, comment un projet d’une telle envergure peut être banalisé en gré à gré… »

Ainsi, on parle par conséquent de la fragilisation de certains services à cause du système imposé par le ministre Bano et son équipe. « Aujourd’hui, l’influence de cette gestion opaque entre individus impacte dangereusement mon service déjà très fragilisé depuis quelques années. J’ai finalement l’impression de me battre seul contre un système. Transactions et interactions sont plutôt directes entre mes collaborateurs directs et le cabinet. A chaque cadre son dossier qui est sa chasse gardée. Tous les dossiers ayant une incidence financière sont gérés entre individus », soutient-il dans sa lettre adressée au ministre Bano.

Le ministre Bano applique-t-il les conseils du Palais Sekhoutoureya ?  

Contacté au téléphone par message, le ministre de l’Education Nationale, nous demande de « se rapprocher » de la DAF pour avoir des informations concernant la gestion des contrats. « Si vous avez besoin de recouper des informations, vous pouvez vous rapprocher de la DAF du MENA. Je suis certain que vous pourrez recouper l’information… »

Ainsi, rencontré, le chef de la DAF rejette du revers de la main toutes les accusations portées contre le ministre. « Ce n’est pas vrai ! Nous n’avons rien à cacher ici. Nous travaillons dans la transparence. Tout est fait dans les règles de l’art. Mais nous comprenons ceux qui réagissent ainsi. Vous savez, le système a changé. Nous avions mis fin aux vieilles pratiques. Voilà qui fait mal et provoque la frustration chez les uns et les autres », nous apprend le patron de la DAF.

Concernant les contrats avec les entreprises, Mohamed V Sankhon jure la main sur le cœur, que tous les marchés font objet d’avis d’appel d’offres. « Nous avons trouvé à notre arrivée une dette de 900 milliards…Vous vous rendez compte ? Nous avions annulé certains contrats, tel que celui concernant le rachat d’une école à 373 milliards GNF. On s’est dit qu’il faut construire de nouvelles écoles. Vous parlez de marchés de gré à gré et de faux appels d’offres. A ma connaissance, non. Nous respectons le code de marchés publics. Le contrat des tables bancs par exemple, c’est suite à un appel d’offres restreint aux entreprises qui ont une surface financière intéressante. Nous étions à trois semaines de la rentrée scolaire ! L’entreprise qui s’est adjugée le marché répond aux critères. Et elle a commencé à livrer les tables bancs d’une qualité exceptionnelle. Et tenez-vous bien ! L’entrepreneur qui a eu le marché n’est pas jusqu’ici payé alors qu’il a préfinancé les travaux ». Tout est fait comme il se doit. On n’a rien à cacher », insiste M. Sankhon avant de continuer sur le contrat concernant la construction du nouveau siège du ministère.

« Le siège dont il est question, le coût s’élève à 138 milliards toutes taxes comprises TTC. Là aussi, c’est suite à un avis d’appel d’offres », précise une fois de plus, le chef de la DAF du ministère qui confirme que désormais plus question de marchés gré à gré, de contrats recyclés et faux appels d’offres au département de l’Education Nationale et de l’Alphabétisation.

 Mais que reste-t-il de SNIES ?

C’est la question qui se pose dans les locaux du ministère. Ils sont nombreux les cadres qui s’interrogent sur le sort du Service National des Infrastructures et Equipements Scolaires qui serait « dépouillé de toutes ses prérogatives ». « SNIES et d’autres services sont devenus des coquilles vides. Aucun dossier ne transite de ce côté. Tout est centralisé au niveau du ministre. On se demande à quoi sert désormais ce service aussi important qu’est SNIES. Il faut que le ministre renforce ce service au lieu de l’affaiblir », propose dame Fanta D, en service à la direction du Civisme.

Retenons que les nouvelles réformes du ministre Bano font beaucoup de bruits du côté du département de l’Education Nationale.

Interrogé sur les griefs portés contre le chef du département, le directeur du SNIES, Ibrahima Cissé, précise : « il n’est pas dans mes habitudes de parler de la gestion des affaires du département à la presse. Pour preuve, je n’ai jamais voulu me prononcer sur certains sujets brûlants concernant mon service malgré les multiples sollicitations de la presse à savoir les affaires des tables bancs, de tableaux triptyques et des contrats d’infrastructures et d’équipements scolaires”.

Ainsi, il s’est dit “très surpris” qu’on lui parle “d’une correspondance adressée personnellement à Monsieur le ministre avec copie à madame la Secrétaire générale, se retrouve dans vos mains !

Mais, note-t-il, “sur l’avis discours et commentaire d’autres personnes, j’ai rien à dire. Je n’aime pas perdre mon temps à répondre à l’ignorance. Je ne pense pas que je sois en guerre avec quelqu’un. J’ai demandé de corriger des choses à mon ministre et à ma hiérarchie. Je sais que certaines personnes s’inquiètent derrière pour leur rôle et les intérêts qu’ils tirent de cette gestion mais cela n’est pas ma préoccupation. Ils traitent plusieurs dossiers. Je n’ai jamais parlé d’autres dossiers que ceux qui me concernent. Voilà”.

Cependant, dira-t-il, “depuis près d’une année, je n’ai cessé d’attirer l’attention de monsieur le ministre sur la nécessité du respect des procédures dans la conception et la gestion des projets d’infrastructures et d’équipements mais également celui lié aux prérogatives des différents services du département en général et le SNIES en particulier, à travers des entretiens personnels, mes interventions en conseils de cabinet mais également à travers les écrits comme celui dont vous me parlez”.

Pour ce qui est de la lettre en question, j’ai dénoncé des pratiques, des faits et des dossiers, en étant précis et je suis toujours à l’attente d’une réaction officielle et cela depuis plus deux semaines. Car, ma correspondance date du 02 août. Qu’on me dise non, ce sont mes dénonciations qui ne sont pas fondées avec les supports à l’appui ou que j’ai raison et qu’ils vont prendre des dispositions et précautions… C’est constructif pour tout le monde », affirme M. Cissé.

Car, soutient-il, “le vide actuel laisse place aux doutes et suspicions et interprétations… qui peuvent affectés l’environnement de travail.  En attendant cette réaction, vous me permettrez de ne pas m’allonger sur le sujet.”

Selon un consultant interrogé par Guineenews©, « depuis quelques mois, les marchés publics sont attribués par les départements sectoriels via les responsables de passation des marchés (RMP), mais en respectant les procédures en vigueur conformément au code. Ce qui veut dire que l’avis de non objection de l’administration et contrôle des grands projets est toujours obligatoire. Dans ce cas précis, tel que défini dans la note technique du directeur général de la direction des infrastructures du MENA, elle doit être associée dans tout le processus : des besoins à l’achat des équipements, à la location, rénovation et construction des bâtiments, etc. C’est le RPM qui doit attribuer les marchés via un dossier d’appel d’offres et non le DAF comme c’est le cas dans ce dossier. Ce dernier ne fait qu’enclencher le processus de paiement des prestataires et c’est tout. Voilà le problème ! »

Apostrophé par Guineenews©, M. Keita, le responsable de la passation des marchés du ministère n’a pas voulu commenter nous renvoyant vers le ministre Bano.

Interrogée par notre rédaction, Mme Néné Fatou, la secrétaire générale du ministère  souffrante et en dehors de Conakry, dit avoir toujours vu l’adjoint de M. Cissé travailler avec les autres cadres du département. Avant de dire qu’elle ne sait pas plus parce que cela ne relève pas de ses compétences.

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