Littérature : Le romancier Tierno Monénembo enfin célébré par les siens !

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Gratifié en juin 2017 de la prestigieuse distinction dénommée le Grand Prix de la Francophonie 2017-2018, décerné par l’Académie française, le romancier guinéen, Tierno Monénembo a été honoré par ses compatriotes le vendredi 12 janvier 2018 à Conakry.

L’initiative est de l’Association des écrivains de Guinée avec la collaboration du Commissariat général de Conakry, capitale mondiale du livre. Une démarche que le président de cette structure, Lamine Capi Kamara justifie la volonté de célébrer l’homme de son vivant et de magnifier et perpétuer ses œuvres.

Sur le bien-fondé de cette cérémonie de consécration, le Commissaire général de Conakry, capitale mondiale du livre soutient que celle-ci mérite bien d’être organisée, avant d’annoncer que d’autres écrivains seront aussi mis à l’honneur, les prochains jours. C’est le cas notamment de Camara Laye, après que Djibril Tamsir Niane et William Sassine l’eussent été. Aussi,  Sansy Kaba Diakité a saisi la séance pour exprimer un penchant qui lui tient ardemment à cœur : celui de faire de Conakry, la capitale africaine du livre durant les prochaines années.

Pour l’heureux récipiendaire du Grand Prix de la Francophonie, la cérémonie de ce vendredi marque le comble de tous les prix qu’il puisse s’adjuger toute sa vie durant. Tierno Monénembo à la fois réjoui et ému, a envoyé une pensée positive à ses ainés d’écrivains, dont Camara Laye qu’il qualifie de père de la littérature guinéenne.

Le romancier Thierno Saidou Diallo, est plus célèbre sous le petit de Tierno Monénembo. Né le 21 juillet 1947 à Porédaka, dans la région de Mamou, il fait ses études primaires et secondaires en Guinée avant de s’exiler au Sénégal. Puis, en Côte d’Ivoire.

Ensuite, à travers plusieurs autres pays africains et du monde. Docteur en Biochimie, Monénembo a très tôt basculé vers l’écriture pour laquelle il éprouve une passion folle.  Il porte à son arc plusieurs ouvrages dont ‘’Les crapauds-brousse’’, ‘’Les écailles du ciel’’, ‘’Le roi de Kahel’’, ‘’L’ainé des orphelins’’, ‘’Les coqs cubains chantent à minuit’’ et ‘’Le terroriste noir’’. Egalement dans sa gibecière plusieurs autres distinctions honorifiques dont le Prix Renaudot en 2008.

  • CONDÉ ABOU

    En toute franchise, c’est avec beaucoup de pincements au coeur que je lis ce papier.
    Il faut dire qu’il y a quelque chose d’incompréhensible, que dis-je d’insupportable dans la visibilité de la ressource et la représentation qu’occupe notre éminent compatriote Tierno Monénembo Diallo sur l’échiquier littéraire de la République de Guinée.

    Un ressource académique reconnue au plan universel pour son apport à l’écriture et à la littérature francophones comme Tierno Monénembo peut-elle passer de façon aussi marginale dans son propre pays alors qu’il n’est ni un adversaire politique particulier au régime en place, ni une personne porteuse de valeurs sociétales incompatibles avec celles du pays tout entier ? C’est une situation injustifiable, et contreproductive pour le pays.

    Or, c’est malheureusement ce que je constate dans la place qu’occupe le multi-lauréat Tierno Monénembo dans son propre pays. Célébré à l’international, et particulièrement en France et dans tout l’espace Francophone, et il passe comme moins que rien dans son propre pays ! Il y a quelque qui ne fonctionne pas du tout.

    Question. À qui la faute dans la marginalisation de fait, de Tierno Monénembo en Guinée ?

    J’ai envie de dire en toute sincérité, que l’inflexibilité de notre compatriote Tierno Monénembo est pour beaucoup dans cette situation anachronique puisque celle-ci ne date pas d’hier. Sa position actuelle dans la rupture absolue avec le régime politique au pouvoir, n’est pas du tout une bonne chose, et il peut bien la changer de façon très positive.

    Dans un environnement politique comme celui des décennies lointaines et jusqu’à la fin des régimes militaires en Guinée, je pourrais bien comprendre sa rupture totale avec les systèmes politiques en place, d’une certaine façon. Mais pas maintenant et depuis les 3 ou 4 dernières années d’apaisement et de rapprochement entre les principaux poids lourds qui s’affrontent.

    En toute humilité, si je rencontrais Tierno Monénembo, je le lui dirais de vive voix pour que cette situation change.

    Je pense que l’absence de sa voix dans le pays, devant toutes les Universités publiques et privées, les ONG, la Presse écrite et sur ligne et devant le Gouvernement et les Partis politiques, ne peut faire honneur ni à la Guinée, ni à Monsieur Tierno Monénembo Diallo lui-même.

    Arrivé à un certain niveau de l’échelle sociale et scientifique, il est impossible de ne pas prendre sa part dans le combat de tous les jours et qui concerne le pays dans toute sa dimension sociale et politique.

    Un Ecrivain de première classe comme Tierno Monénembo n’a, à priori, aucunement besoin de fermer complètement ses portes au dialogue avec le pouvoir politique en Guinée, quoi qu’il arrive.

    Cela ne servira ni sa propre cause ni celle du pays. Dialoguer et échanger avec le régime au pouvoir sur les questions qui concernent par exemple le développement de la Langue Française et du système éducatif en Guinée, ne peut pas faire de lui, quelqu’un qui renie les valeurs qu’il défend.

    Dans un pays comme la Guinée, il est impossible de séparer mécaniquement le fait culturel du fait politique et du fait social. Ce pays a toujours fonctionné comme cela, et il faut savoir tirer son épingle de cette lecture de la société Guinéenne telle qu’elle est.

    Mille mercis à l’homme de coeur Mr. Sansy Kaba, le Commissaire Général de Conakry Capitale mondiale du Livre pour une si belle initiative inattendue. Homme de culture, homme de vertus, Cher Monsieur Sansy Kaba, vous faites très bien d’initier cette magnifique intégration de Tierno Monénembo Diallo dans la grande famille de la littérature nationale, et pour qu’il puisse apporter sa contribution à la célébration de l’évènement mondial en cours en Guinée.

    L’on ne célèbre pas vraiment pour le moment Tierno Monénembo Diallo et qui a déjà fait énormément pour porter haut le drapeau de la Guinée à travers le monde. Ce temps viendra, à mon avis.

    Tierno Monénembo appartient à toute la Guinée, oui. Mais, il lui appartient de porter la double casquette de génie de la plume mais aussi celle de Médiateur-ressource pour la classe politique et pour la République.

    Ce ne serait pas trop que de lui demander de changer de regard dans le viseur politique de son propre pays.

    Personne ne lui demandera d’abandonner sa plume ou de ne pas continuer de dénoncer les tares de la Société politique Guinéenne, comme il voudra.

    Par contre, personne ne comprendrait qu’il prenne fait et cause de façon partisane pour un Parti politique quelconque, alors que la Nation est dans une certaine dynamique de transition démocratique et qui évolue selon son propre rythme.

    C’est un appel personnel à notre grand frère Tierno Monénembo pour qu’il change de logique et de lecture du leadership du pays en assumant ses responsabilités devant l’histoire politique de la Nation exactement comme un certain Ole Soyinka et qui a su faire bouger les lignes au pire moment de la dictature militaire dans un pays aussi immense comme le Nigeria ecrasé par les clivages ethniques, religieux et régionaux que tout le monde a vus dans les années 70, 80 et 90.

    Tierno Monénembo, le Grand, l’Étoile, vous devriez faire bouger les lignes, parce que c’est tout le pays qui a besoin de vous.

    Il y a trois catégories de personnes que tout pays qui avance ne doit jamais perdre: ses hommes de culture, ses investisseurs économiques, et ses leaders justes, clairvoyants et courageux.
    Merci pour la courtoisie de Guineenews.