Liberia: Weah, Ballon d’or et président de la République

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Hétéroclite, un footballeur professionnel à la tête d’un Etat, ça ne se voit pas toutes les décennies. Dans le passé, le football était vu comme un jeu de petits bandits et délinquants. Les politiques n’aiment pas trop le football, hormis un nombre limité qui s’en sert pour des fins de notoriété. La mère du roi Pélé n’a jamais aimé le football, pourtant, elle avait rencontré son homme sur un terrain.

S’il ne faut pas beaucoup d’intelligence pour être footballeur, il faut bien de la subtilité et de la finesse pour mettre un ballon dans les filets. Si les détracteurs  de George Weah disent qu’il parle mal l’anglais, ce qui devrait impliquer qu’il n’est pas lettré comme la majorité des autochtones, un goujat, un malabar ignare et inculte, mais s’il a gagné l’élection présidentielle devant les diplômés et  gens de haute société et de culture au Liberia, c’est un homme à prendre désormais  autrement. Les élites intellectuelles, les plus grands diplômés, les militaires, les enseignants, les religieux et les artistes sont tous passés à côté de la plaque et ont fortement déçu depuis les indépendances, Il ne reste que les sportifs à essayer.

 Weah est-il le choix par défaut des Libériens ? 

 L’histoire de ce pays dira le contraire, si on cherche à la connaître superficiellement. Les premiers esclaves affranchis des USA entre 1847 et 1850 avaient pour devise : « c’est l’amour de la liberté qui nous pousse à revenir ». Le Liberia est jusqu’ici un Etat fabriqué de toutes pièces, sans tenir compte des populations trouvées sur place. De dynastie en dynastie, les esclaves affranchis se sont disputé le pouvoir jusqu’au jour où un certain Samuel Doe, un autochtone, mit fin à la succession dynastique, son péché mortel. Charles Taylor en conflit avec la justice américaine plongera le pays dans un bain de sang qui gagna presque toute la sous-région, il sera élu par la suite lors d’une élection mais sera obligé de répondre des nombreux crimes à la Haye. Après lui, les premières élections pluralistes porteront une femme, une Kongo, c’est-à-dire une allogène, à la tête du Liberia, le lobby qui la supportait était puissant et incontournable.

L’élection de Ellen Johnson Sirleaf devant le même George Weah et Prince Johnson, celui qui avait exécuté de sang-froid Samuel Doe, avait fait pousser un ouf de soulagement. On disait que Weah était trop prétentieux mais au fil du temps, les deux mandats de la dame ont été décriés en dépit des diplômes. Au grand désappointement général, on entend parler de corruption et de mauvaise gestion pendant l’épidémie d’Ebola. Le Vice-président qui devait assurer la continuité, vient d’être battu nettement et cela malgré une liste qui comportait le nom de la femme de Charles Taylor et de celui de Prince Johnson.

Décidément, les mauvais souvenir n’ont pas suffi à raviver les douleurs du passé, les Libériens ont plus soif de changement que tout. Les autochtones ont décidé de s’affranchir d’une double domination, celle des esclaves affranchis, pour prendre le devenir de leur pays parce que les Américains ont laissé le pays aller à la dérive. L’Eldorado, le pays de cocagne des années 70-80 est tombé petit à petit dans le marasme et dans les travers par la faute des élites. Les Libériens ont décidé de choisir un enfant du ghetto, advienne que pourra.

Il ne reste plus qu’à attendre de savoir ce que les Libériens feront de leur pays et si personne ne tentera de jeter du sable dans leur engrenage, mais aussi et surtout comment  George Weah sera  admis dans le club austère des chefs d’Etat africains. L’apprentissage de l’exercice du pouvoir est tout autre que celui de marquer des buts sur un terrain de football.

  • CONDÉ ABOU

    De mon point de vue, je trouve qu’il est possible de faire une autre lecture de ce qui vient de se passer au Liberia, Cher Monsieur Moise Sidibé.

    La question de la séparation entre l’establishment Kongo et les autochtones du Liberia attendra pour le moment, pour la simple raison que Mister George a été élu grâce surtout à l’establishment Kongo et qui n’a aucune solution aujourd’hui devant l’impasse économique et sociale dans laquelle le pays est plongé après les 12 ans de pouvoir à la tête du pays de Mme Ellen Johnson Sirleaf (Diplômée de Harvard University en 1971).

    La preuve de ce que je dis, c’est que la nouvelle Vice Présidente de George Weah n’est autre qu’une ancienne épouse de Charles Taylor, sans compter que Prince Johnson s’est investi à fond pour soutenir la candidature de George Weah contre l’actuel Vice Président sortant.

    La Présidente sortante Mme Ellen Johnson Sirleaf elle-même, n’a apporté aucun soutien à son propre Vice Président Mr. Joseph Boakai et qui était pourtant dans la course contre George Weah. Là dessus il n’y a aucun doute.

    Reconnaissant au soutien que lui a apporté l’international Ivoirien Didier Drogba, le nouveau Président Libérien écrit sur son compte twitter : “Merci Didier de ton soutien, nous sommes tous les deux soucieux et conscients du destin de nos peuples. Suivons le même chemin”.

    Que pense, votre collègue Mamadou Tianfola, et qui vient de porter son regard sur l’élection de Mister George comme 25ème Président du Libéria ? Et comment voit-il pour sa part, la consécration, les attentes et les défis à relever par Mister George ?
    Selon lui, longtemps rêvée, l’ambition de l’ancienne gloire africaine du football est finalement comblée.

    Mister George comme on l’appelle affectueusement au pays, doit succéder le 22 Janvier 2018 à Ellen Johnson Sirleaf.

    C’est dire qu’après la gloire du ballon rond, Mister George s’assoira désormais parmi les dirigeants du continent et même du monde.

    Mais sa joie ne sera que de courte durée puisque le nouveau Président du Libéria hérite d’un pays où tout est à faire. Un pays qui après la longue guerre civile a aussi connu l’épidémie d’Ébola et des inondations. C’est plus une fonction d’entrepreneur que de Président qui attend l’ancien Sénateur de Monrovia.

    En effet, le plus dur commence pour le nouveau président et son équipe. Il sera installé le 22 Janvier 2018, date de fin du mandat de l’équipe gouvernementale installée par décret de la présidente sortante en vue de gérer la transition. A peine sera-t-il installé que le Président WEAH devra se mettre au travail. En effet, les attentes sont nombreuses dans ce pays ou la guerre civile déclenchée en 1989 a fait plus 250.000 morts.

    Plus récemment, le pays a été largement touché par l’épidémie de la fièvre à virus Ebola dont les conséquences sont encore perceptibles notamment dans les comtés frontaliers de la Sierra-Leone.

    Tout est urgent au Libéria. Le pays manque d’infrastructures de base. Celles qui ont résisté à la longue guerre civile n’ont pas toutes été correctement rénovées donnant à la capitale Moronvia, l’air d’un vieux faubourg.

    Cette année encore, les pluies ont provoqué des inondations dans divers comtés du pays et occasionné plusieurs morts. Aujourd’hui, tous les experts admettent que l’économie est complètement exangue .

    Crédité d’une croissance à deux chiffres (plus de 15%) en 2007, le Libéria connaît des problèmes depuis 2010. Depuis cette période, le taux de croissance en constante baisse a été estimé nul en 2015. L’un des plus gros défis qui attendent le président élu est donc de redresser une économie à l’agonie à cause principalement de l’effet conjugué de deux phénomènes.

    Il y a les “métastases” de l’épidémie Ebola qui ont considérablement dépeuplé certaines zones agro industrielles. L’autre coup dur porté à l’économie Libérienne, est venu de la chute des cours internationaux du fer et du caoutchouc comptant parmi les principales sources de revenu du pays. Comme, il fallait s’y attendre, les mouvements sociaux se sont multipliés dans le pays notamment dans les secteurs de l’éducation et de la santé.

    LA JEUNESSE ET LA DEMANDE SOCIALE, LES PLUS LOURDS DẺFIS DEVANT GEORGES WEAH

    La lutte contre le chômage des Jeunes, c’est l’un des points focaux de la campagne victorieuse de l’ex-international Libérien.

    Selon des chiffres officiels, plus de 80% des Libériens n’ont pas un emploi stable. Les mêmes sources ajoutent que l’écrasante majorité de ceux qui travaillent n’ont pas un salaire décent.

    Plusieurs organismes internationaux estiment, en outre, que le chômage touche beaucoup plus de la moitié des Jeunes en âge de travailler. Parmi eux, de nombreux ex-enfants soldats, victimes d’un processus de désarmement et de réinsertion jugé chaotique par nombre d’experts.

    Exilés en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays de la sous-région où ils dont allés monnayer leurs “talents” de mercenaires, nul doute que beaucoup de jeunes libériens rentreront au bercail avec l’espoir suscité par l’élection de George Weah.

    Après le temps des promesses électorales, il faudra agir. Et Georges Weah sait qu’il est très attendu sur la question de l’emploi des Jeunes. Sur la question, la détermination affichée par le nouveau Président ne suffit pas.

    Il faut bien de l’argent pour financer les programmes de réinsertion, de formation et de création d’emploi au profit des jeunes. Les adversaires de Weah pointent du doigt son manque d’expérience dans la gestion du pouvoir d’Etat comme un sérieux handicap pour le redressement du pays.

    Le Président élu, lui, mise principalement sur sa notoriété internationale grâce au football, pour obtenir l’aide de la communauté internationale dont l’économie Libérienne a grandement besoin.

    Georges Weah peut déjà compter sur l’appui de stars internationales du ballon rond dont l’Ivoirien Didier Drogba, l’un des premiers à l’avoir félicité, avant même les résultats officiels.

    Bonne chance à Mister George, l’espoir de toute la Nation Libérienne, actuellement à la croisée des chemins.