L’ancien patron du NDI, le Pr Raphael Ouattara, parle de ses projets à Guinéenews

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Après plus de 15 ans à la tête de l’ONG National Democratic Institute (NDI) en Afrique, dont sept ans en Guinée, le Pr Raphael Ouattara est de retour en Guinée pour lancer une ONG. Titulaire d’un Doctorat en Psychologie expérimentale de la Sorbonne et d’un diplôme d’étude Supérieure en Science politique de l’Université de Paris Panthéon, l’ivoirien a une longue expérience de la gestion de projets multi- bailleurs dont l’USAID, PNUD, U.E, et autres agences bilatérales.

En Guinée, il a mis en œuvre plusieurs programmes, notamment pour le renforcement des organisations de la société civile, le contrôle parlementaire, l’engagement citoyen dans la lutte contre la corruption et la redevabilité, le renforcement des partis politiques, le développement institutionnel des parlements, l’appui à des départements ministériels de contrôle et d’inspection, etc.

Ce week-end, nous l’avons rencontré pour parler de ce qu’il compte faire en Guinée et de son expérience.

Guinéenews : après plus de quinze ans de service au Mali, en Guinée, en République Démocratique du Congo, en Centrafrique,  aux îles Haïti, au Sénégal, vous êtes de retour pour mettre votre expertise au service de la Guinée. Que comptez-vous faire ?

Pr. Raphael Ouattara : J’ai représenté le NDI en Guinée de 2007 à 2011, puis de 2015 à 2016. Mais là, comme vous le dites, je suis de retour pour me mettre, librement, à la disposition de la Guinée et des Guinéens. J’ai une longue expérience de la mise en œuvre des projets et programmes financés par l’USAID, le PNUD, l’Union Européenne et  des agences bilatérales. Donc, c’est une opportunité pour moi de partager mon expérience avec la jeunesse, les femmes, les institutions, les acteurs politiques et les autorités pour que la démocratie soit féconde et profitable aux populations.

Guinéenews : comment s’appelle votre ONG ?

Avec des Guinéens et des anciens collègues, nous avons créé, depuis 2014, une ONG  dénommée « Centre de Recherche et d’Application des Initiatives de Développement (CRAID) ». Il s’agit d’un espace de réflexion, pas seulement théorique, mais d’application des initiatives de développement. Nous mettons en œuvre des projets innovateurs en profitant des leçons apprises dans nos expériences respectives. L’idée est qu’in fine, le citoyen soit l’acteur principal de toutes les initiatives pour améliorer ses conditions de vie. L’apport étranger pour le développement et le bien- être de nos populations est louable mais il reste toujours limité dans le temps. La mise en œuvre des projets et programmes doit veiller à ce que les acteurs locaux soient outillés de sorte à perpétuer le travail qui est fait avec les ressources étrangères, ceci en conformité avec la Déclaration de Paris sur l’aide au Développement.

Guinéenews : dans quel domaine précis, va-t-elle évoluer ? Quel sera votre centre d’intérêt ?

Notre ONG est pluridisciplinaire. Elle a un bureau en Guinée et un autre au Mali. Son site web est en construction. CRAID encourage l’ouverture d’autres bureaux dans la sous- région. Mais chaque bureau est autonome et peut bénéficier des expertises des autres bureaux et des organisations poursuivant les mêmes objectifs. C’est une équipe de personnalités avec des expertises diverses qui travaillent depuis dix ans dans le développement. Nous évoluons dans le domaine de la gouvernance, de la redevabilité, du contrôle et de l’engagement citoyen, du renforcement des capacités, du partenariat public privé, du développement local articulé autour de la décentralisation, la gestion des conflits et la consolidation de la paix, l’appui conseil, le coaching, etc. Au total, tout ce qui concerne le développement économique et social avec, à la clé, la gouvernance politique et électorale aussi. Comment renforcer le processus démocratique ? Comment faire que le guinéen se sente responsable de la gouvernance dans son pays et la revendique selon les canaux consacrés?

Guinéenews : il semble aussi que vous allez vous investir dans les mines aussi..

J’ai travaillé dans beaucoup de contextes parfois similaires ou différents avec ceux de la Guinée. J’ai travaillé avec des cadres et des jeunes guinéens depuis 2007. Je connais le pays. Je connais les hommes. Notre organisation veut s’appuyer sur ce background pour contribuer à l’édification d’une véritable conscience citoyenne chez le Guinéen. Mon équipe et moi-même avons aussi une connaissance approfondie de la problématique minière en Afrique et en particulier en Guinée. J’ai moi-même siégé à la Chambre des Mines de Guinée (2011-2013). J’ai accompagné les efforts du Secrétariat national de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE). Nous allons nous investir aussi dans le respect des engagements sur la responsabilité sociétale des compagnies minières qui doit aller au-delà des seules redevances et taxes payées aux communautés ou à l’État.

Nous avons donc un panel d’expertises pour booster l’engagement citoyen pour une démocratie qui soit véritablement profitable aux populations. C’est à ce prix que les élections et la chose politique intéresseront les guinéens et les Guinéennes et qu’ils participeront plus, non seulement aux élections mais aussi à la vie des partis politiques et qu’ils demanderont des comptes. Nous avons une détermination vigilante pour faire du Guinéen une sentinelle de la gouvernance dans son pays.

Guinéenews : qu’est-ce qui vous motive à revenir ?

Je ne reviens pas, je continue ce que je faisais déjà. Mais le plus souvent, quand on est dans le feu de l’action, on n’a pas toujours le recul nécessaire pour voir les limites de nos pratiques. En ayant glané de nombreuses leçons des réussites mais aussi du manque d’impact de certaines actions/programmes passés, nous pensons pouvoir mieux faire. La Guinée a les hommes. La Guinée est bénie de Dieu en ressources naturelles. Il faut renforcer les institutions, huiler les mécanismes et engager intelligemment, par la pédagogie, le citoyen dans l’enracinement de la démocratie et la construction de l’État de droit. C’est un défi excitant auquel mes amis et moi avons succombé. Le « scandale guinéen » n’est pas une fatalité mais un défi à relever! Ensemble, nous le relèverons.