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Labé : le PM chez les sages, un face-à-face de toutes les vérités

Le gouvernement guinéen a entamé sa semaine d’immersion en Moyenne Guinée le lundi 7 juin. A l’instar de N’Zérékoré et Kankan, à Labé, une délégation gouvernementale conduite par le Premier ministre, a rencontré les sages de la ville. C’est le siège de la fondation Thierno Aliou Bhoubha Ndian qui a servi de cadre à l’événement.

Les échanges ont duré près d’une heure d’horloge. Pendant ce temps, le Premier ministre, chef du gouvernement, accompagné des ministres de l’Administration du Territoire, du Budget, de l’Information, des Affaires sociales, de l’Enseignement supérieur et des autorités locales ont longuement écouté leurs hôtes.

C’est l’ancien préfet, qui a parlé au nom de la notabilité. Safioulaye Bah a pris tout son temps pour souhaiter la bienvenue à la délégation à laquelle il a transmis le message des populations de Labé. Dans son discours, le porte-parole de circonstance a décliné les maux dont souffre la Guinée.

«La région de Labé est la plus pauvre de notre pays, avec un taux de 70% de pauvreté », déclare-t-il. Et de préciser que «ce ne sont pas les immeubles qu’on voit construits ici qui représente la richesse», prenant le ministre du Budget à témoin. Et d’ajouter : «ce sont les personnes qui vivent dans ces maisons, qui n’ont pas droit aux soins, qui ne peuvent pas manger régulièrement. C’est ça la pauvreté. Ces objectifs de développement, nous ne les atteignons pas ici à Labé».

Dans la même lancée, l’ancien préfet donne quelques exemples pour soutenir son argumentaire. « N’eût été la venue de l’ANAFIC (….), la région de Labé aurait été considérée comme sinistrée», a-t-il constaté. Avant de demander que ces outils de développement créés par le régime déchu soient relancés. Et  d’interpeller à nouveau le ministre du Budget tout en exprimant ce souhait suivant :«le minimum au moins soit obtenu ».

Comme pour donner des arguments au gouvernement pour investir dans la région, rappelle-t-il, « quand ce fut le tour de la région de Labé, d’avoir la fête tournante (de l’indépendance ), cela a été bloqué ».

«… J’espère que monsieur le gouverneur saura tordre la main aux autres, le Premier ministre en tête, pour que cette fête  comme l’a dit le prédécesseur du président de la transition, le professeur Alpha Condé, que ce soit le tour de la région de Labé, à la reprise de ces cérémonies ».

En tout cas, le porte-parole de s sages remarque : «Labé a été la première région à solliciter le privilège d’organiser cette fête tournante après Boké ». Avant de rappeler: «cela n’est pas encore fait », estimant tout de même «qu’il n’est jamais tard…». Et de rappeler que «les routes sont à faire» au niveau dd chef-lieu de la région et dans les autres préfectures.

Dans ses doléances, Safioulaye Bah présente Labé comme l’arbre qui cache la forêt. «Labé est le salon de cette région », image-t-il. Et de poursuivre : «mais après le salon, vous irez à Mali, à Tougué, à Koubia. Ils n’ont jamais connu le goudron. Ils n’ont jamais connu l’électricité, ils n’ont jamais connu d’adduction d’eau. Certains n’ont même pas de forages. C’est ça la misère. Nous comptons sur vous ».

Labé, au-delà des besoins de développement

Mais à entendre le porte-parole des sages, si Labé a des besoins en termes de développement, cette région a une préoccupation par rapport à sa sécurité. «Nous avons une inquiétude. Et c’est le lieu d’en parler. Le ministre de l’administration du territoire est là. Le secrétaire général de la ligue, s’il était là, ça aurait été une très bonne chose », introduit-il la partie. Estimant « qu’il faut en parler parce que c’est un danger qui nous guette ». Et de rappeler que «nous sommes limitrophes à la République du Mali ».

Le décor planté, Safioulaye Bah attire l’attention sur les maisons de cultes aux origines douteuses. «Ici, il y a une prolifération de mosquées qui se construisent sans autorisation », alerte-t-il. «Ou sinon, selon lui, si des autorisations sont obtenues, elles ne sont pas données par ceux qui sont ici ». Et d’en déduire que: «donc c’est une violation flagrante des lois régissant le fonctionnement de ce domaine ».

Dans la même lancée, l’ex préfet de Labé remarque : «nous avons des mosquées qui se construisent sur des domaines réservées à l’habitation. Ce qui n’est pas normal. Sur les principes, quand on construit une mosquée, elle devient la maison de Dieu. Ce n’est plus la maison de cet individu qui a mis son argent là. Mais malheureusement, les autorisations arrivent d’ailleurs, alors que le parcours pour obtenir la construction d’une mosquée commence par le quartier. La volonté de ceux qui habitent ce quartier. Ensuite, faire la demande et remplir toutes les conditions. La ligue islamique ou le secrétariat communal des affaires religieuses, autorise. On transmet par voie hiérarchique à qui de droit. Ce qui n’est pas le cas à Labé. Et malheureusement, cela nous tombe dessus».

En guise d’exemple, relate-t-il, «quelqu’un a construit une mosquée, il l’a fermée (…). N’eut été le gouverneur de la région et les forces de défense et de sécurité, il y aurait eu des grabuges qu’on aurait regretté tous. Que dieu nous en préserve ».

Tout en espérant que le gouvernement saura rapidement s’intéresser à cette situation qui devient très préoccupante pour les habitants,  Elhadj Safioulaye Bah précise : «il faut que la loi soit respectée ici…, les sources de financement sont inconnues. Ils ne passent par aucun circuit bancaire.» Et de rappeler : «quelqu’un a eu le courage ici, à Labé, dans le bureau de l’ancien gouverneur, a osé dire qu’ils ont reçu Boko Haram ici, pour qu’ils envisagent la lutte ici. Il a été arrêté, emmené à Conakry et ensuite libéré. »

A part cette inquiétude sécuritaire, l’ancien préfet rassure que tout va bien. En tout cas pour lui, « Labé est la région la plus apaisée. Il n’y a aucun doute là-dessus ». Comme pour dissiper l’inquiétude  du côté du gouvernement, il indique «qu’il y a eu quelques soubresauts dus à l’incompréhension de la part de certains politiques. Mais Dieu a mis ça derrière nous ». Et pour terminer, il a exprimé, ‘au nom des populations de Labé,  leur attachement aux idéaux du CNRD, afin que la Guinée avance…». Surtout que selon ses propres termes, si les membres du CNRD ont eu le courage de prendre le pouvoir dans la situation dans laquelle le pays était, «ils ont certainement des solutions».

EEn réponse,  le Premier ministre Mohamed Béavogui, après avoir présenté ses civilités, a expliqué l’objet de leur arrivée à Labé. «La raison principale pour laquelle nous ici, c’est vous écouter, vous entendre, savoir où est-ce que ça vous fait mal pour qu’on comprenne mieux et qu’on se prépare  mieux, essayer de répondre à la mesure des moyens que nous avons aux problèmes que vous rencontrez ».

Poursuivant, Mohamed Béavogui rassure tout de même : «nous sommes conscients de ce qui se passe à Labé. Nous avons lu les statistiques avant de venir. Sur le nombre de kilomètres de routes bitumés, sur les écoles, sur les investissements en général… », avant de concéder « qu’à partir de Conakry, c’est difficile (…). Puis, de demander aux sages: «alors dites-nous tout, donnez-nous aussi des conseils sur ce que vous pensez être les solutions pour vous ». Expliquant en ces termes : «vous savez ce qui vous fait mal ici. Nous, nous savons comment ça se passe dehors. Les deux, ensemble, ça va nous aider à trouver au moins une partie des solutions…»

A noter que ces échanges ont pris fin peu avant 19 heures, en présence des représentants des jeunes avec une présence notable des femmes dans l’enceinte de la cour de la fondation  Thierno Aliou Bhoubha Ndian.

Thierno Souleymane, envoyé spécial

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