La mise en place du cabinet du chef de file de l’opposition: un ‘’non-événement’’, estime le PEDN

12 octobre 2017 12:12:40
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«La démocratie guinéenne a un cancer», dixit François Bourouno

La face du cabinet du Chef de file de l’opposition vient d’être dévoilée à l’opinion publique nationale et internationale. Des compagnons traditionnels de lutte comme l’UFR de Sidya Touré, le Bloc Libéral de Faya Millimono et le PEDN de Lansana Kouyaté n’y ont pas de représentants alors que Papa Koly Kourouma de GRUP et Alhoussény Makanéra Kaké y figurent en bonne place.

Pour nous au PEDN, cette composition du cabinet du chef de file de l’opposition est un non-évènement. Et pour asseoir son argumentaire sur une base plus ou moins solide, le parti de l’ancien Premier ministre Lansana Kouyaté, par la voix de son chargé de la communication tente tout d’abord de relater l’historique de la position du PEDN.

«Lorsque la loi sur le statut du chef de file de l’opposition a été initiée à l’Assemblée nationale, nous avons estimé que ce n’était pas opportun et que c’était un signe d’une démocratie malade. C’est-à-dire, partout où la démocratie se porte bien, on n’a pas besoin de loi pour instituer le chef de file de l’opposition », explique l’opposant François Faya Bourouno.

« En France, qui est un modèle de démocratie de référence pour nous, il n’y a jamais eu un statut de chef de file de l’opposition. Aux Etats-Unis, la même chose, ainsi que dans beaucoup d’autres pays », égrène-t-il à titre d’exemples.

D’un œil d’observateur averti, notre interlocuteur rappelle que partout où le statut de chef de file de l’opposition a été institué, il y a une histoire, mais une mauvaise histoire.

«Donc, instituer cette loi ici, cela veut dire que la démocratie guinéenne a un cancer. Et c’est pourquoi il faut qu’on sorte de là. C’est un non-évènement à partir du moment où c’est un poste vraiment inopportun. De toutes les façons, quand on a la majorité des députés de l’opposition à l’Assemblée, on devient de facto chef de file de l’opposition. On n’a pas besoin d’une loi ou d’un cabinet pour cela. Le PEDN n’a donc pas besoin d’être consulté. Et notre point de vue est qu’on ne peut pas faire de commentaires à partir du moment où c’est un non-sens », conclut-il.

Au lendemain de la visite de François Hollande en Guinée en 2015, Alpha Condé a pris le décret reconnaissant à la figure de proue de l’opposition guinéenne, Cellou Dalein Diallo le chef de file de l’opposition. Il a fallu deux ans pour assister à l’ameublement du cabinet de cette institution.

  • CONDÉ ABOU

    Ecoutez, qu’est-ce que vous nous racontez ? Votre discours n’a aucun sens. Rien que des contre-vérités de bout en bout et une mauvaise foi manifeste dans la lecture de l’enracinement démocratique en Guinée. Personne ne vous suivra dans ce pays avec une telle logique politique obscure et méprisante.

    Outre le Mali, la Côte D’Ivoire, le Burkina Faso, plusieurs pays francophones, principalement en Afrique de l’Ouest, ont institutionnalisé la fonction de Chef de file de File de l’Opposition et qui émane directement de la culture politique Anglo-Saxonne. Quel débat politique voulez-vous dans ce pays pour construire la démocratie ?

    L’exercice en cours en Guinée, est une avancée politique considérable qu’il faudrait non pas caricaturer comme vous savez le faire, mais capitaliser dans l’intérèt supérieur de la culture démocratique en Guinée. Vous ramenez toujours votre optique sur des questions de personnes ou de leaders politiques, et c’est dommage pour vous.

    Dès l’instant que quelque chose ne vous met pas en première ligne, votre reaction mécanique est de l’anéantir, vaille que vaille !

    Le Président de la République a eu une belle inspiration philosophique et politique en s’engageant de façon audacieuse vers la création de ce statut de l’Opposition en Guinée. Cela est à son actif et je crois qu’il faudrait saluer son choix politique, hautement positif pour le pays.

    Malheureusement, ce que vous savez faire, le mieux, c’est tirer ce pays vers le bas et pour des raisons toujours obscures. La preuve, est là, vous ne vous entendrez avec personne dans ce pays pour construire la démocratie. Voilà votre problème, Cher Monsieur, vous ne vous entendrez avec personne dans ce pays, avec la logique et la culture négative de l’égo que l’on connait de vous.

    Sinon, bien que souvent incarné par le leader du Parti d’Opposition ayant le plus de sièges à l’Assemblée nationale, le Chef de file de l’opposition bénéficie de droits et de devoirs encadrés par la loi. Il est considéré comme l’interlocuteur privilégié du pouvoir exécutif et peut demander à être reçu ou convoqué par le président de la République et le Premier ministre. Il bénéficie, en fonction des pays, d’un siège ou de bureaux, reçoit des fonds de fonctionnement prélevés sur le budget national, et occupe une place de choix dans le protocole d’État.

    La constitution de son Cabinet est donc dans l’ordre normal et logique des choses qu’aucun Démocrate ne saurait caricaturer de façon si injustifiée comme vous le faites.
    Mais de cela, l’on s’en fout de toutes les façons.

    Théoriquement parlant, on désigne par Opposition, les partis politiques ou les mouvements n’appartenant pas à la majorité parlementaire et donc s’y opposant. L’opposition a, dans les démocraties, plusieurs fonctions.

    En toute objectivité, l’instauration d’un statut de Chef de file de l’Opposition est une des meilleures façons de favoriser les transitions démocratiques. Il permet de donner plus de poids et de moyens à l’Opposition, et au final de rééquilibrer la lutte politique contre le parti au pouvoir

    L’Opposition constitue un contre-pouvoir : elle permet d’éviter que la Majorité, une fois parvenue au pouvoir, n’ait la tentation de mener une politique portant atteinte aux droits et libertés.

    Pour cela, l’Opposition dispose en France de différents moyens : la mise en cause de la responsabilité gouvernementale devant l’Assemblée nationale par la motion de censure, la saisine du Conseil constitutionnel, les questions posées au Gouvernement dans les enceintes parlementaires…

    L’Opposition représente aussi la possibilité d’une alternance politique : elle participe à l’existence du pluralisme politique, qui est une des bases de la démocratie. Ce pluralisme permet de choisir ses gouvernants.

    Or, il n’y a de choix véritable que si l’électeur peut se prononcer entre plusieurs possibilités. Ainsi, l’Opposition, en proposant un nouveau cours à la politique nationale, permet aux citoyens éventuellement mécontents de disposer d’un recours. Avec les moyens, évoqués plus haut, à la disposition des parlementaires, elle peut manifester son désaccord envers la politique suivie et tenter de retarder sa mise en œuvre.

    Enfin, l’Opposition permet aussi de renouveler le personnel politique : lorsque la majorité perd le pouvoir, une nouvelle génération d’hommes politiques peut trouver une place de choix dans l’opposition et se préparer ainsi à assumer des fonctions importantes à l’occasion d’une victoire à venir.

    Le rôle de l’Opposition est donc essentiel en démocratie. C’est pourquoi certains pays lui ont organisé un véritable statut. Ainsi, la Grande Bretagne a érigé la fonction de Chef de l’Opposition en fonction officielle (« Chef de l’Opposition à Sa Majesté »).

    Au Royaume-Uni, la très fidèle opposition officielle de Sa Majesté (Her Majesty’s Most Loyal Opposition) ou simplement opposition officielle (Official Opposition) est le Parti Politique qui possède le plus grand nombre de sièges au sein de la Chambre des Communes sans faire partie du Gouvernement. Elle est dirigée par le Chef de l’Opposition (Leader of Her Majesty’s Most Loyal Opposition).

    Depuis Mai 2010, l’Opposition officielle est formée par le Parti travailliste. Elle comprend un Cabinet, composé des membres les plus importants du Parti et qui examinent les politiques du Gouvernement et proposent des politiques alternatives.

    En fait, le Chef de l’Opposition est souvent considéré comme le « Premier Ministre en attente ». En plus de son salaire de député, il ou elle reçoit un salaire statutaire et des avantages similaires à ceux des ministres du Cabinet et est nommé conseiller privé. Depuis 1915, le Chef de l’Opposition est, comme le Premier ministre, toujours un membre de la Chambre des Communes.

    L’actuel Chef de l’Opposition est Jeremy Corbyn, élu Chef du Parti Travailliste le 12 Septembre 2015.

    En France, depuis la réforme constitutionnelle de 2008, la Constitution prévoit que les groupes parlementaires d’opposition, ainsi que les groupes minoritaires, bénéficient de « droits spécifiques » (art. 51-1).

    Ainsi, un jour de séance par mois est réservé à un ordre du jour fixé à l’initiative des groupes d’opposition et minoritaires. Des postes de rapporteurs ou de présidents reviennent à l’opposition dans les organes parlementaires d’évaluation et de contrôle (commissions d’enquête, Comité d’évaluation et de contrôle…). L’Opposition bénéficie d’une égalité de temps de parole lors des questions au Gouvernement notamment.

    En pratique, depuis 2007, la présidence de la Commission des Finances de l’Assemblée nationale est confiée à un Parlementaire de l’Opposition. C’est également le cas au Sénat depuis 2011.

    Au Sénégal, et en analysant le dernier scrutin législatif de Juillet 2017, la coalition présidentielle Benno Bokk Yakaar’ qui a obtenu 125 sièges sur les 165, est composée de 47 Partis politiques. La ‘Coalition Gagnante Wattu Senegaal’ de Me Wade a obtenu 19 sièges pour 15 Partis, et la coalition ‘Manko Taxawu Senegaal’ du Maire de Dakar Kalifa Sall, a 7 sièges pour 10 partis politiques.

    En Côte D’Ivoire, Le Gouvernement a adopté, depuis le 6 Avril 2016, en Conseil des Ministres, le projet de loi portant sur le statut de l’opposition politique.

    Longtemps revendiqué par l’opposition lors du dialogue politique avec l’Opposition, ce projet de loi est appelé à contribuer au renforcement de la démocratie et de la cohésion sociale.

    La loi définit le cadre légal d’exercice des partis et groupement politique, institue un Chef de l’Opposition et fixe les règles et procédures qui permettent de designer ce chef de l’Opposition
    En clair, et partout, le Chef de l’Opposition est en quelque sorte désigné par le suffrage universel.

    Comment peut-on dans ces conditions affirmer de façon si peu élégante et brutale, que la constitution du Cabinet du Chef de File de l’Opposition relève du non événementiel en Guinée ?
    Il faut etre des démocrates sans vision comme vous pour avancer de tels propos négatifs et contre-productifs.

    Retenez bien ma lecture de vos propos. À l’allure actuelle de votre stratégie politique, vous ne vous entendrez avec personne dans ce pays, pour construire quoi que ce soit de positif, même dans 100 ans. Wait and see.