La Guinée sera-t-elle en feu, en sang et en larmes ? Aboubacar Soumah face à sa conscience

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Malgré le refus de certains de ses collègues, malgré l’implication des leaders religieux, malgré les appels au calme du diplomate Onusien, Ibn Chambas, le syndicaliste Aboubacar Soumah entend mettre à exécution son mot d’ordre de grève générale illimitée, à partir du lundi 12 février.

En se fiant à son dernier appel, envers et contre tout, l’on comprend clairement que l’homme n’entend pas reculer, ni opter pour un plan B. Au contraire, il tient à aller jusqu’au bout de sa logique, quelles qu’en soient les coûts.

Première conséquence immédiate, tout le pays est aujourd’hui sous la psychose. Certaines familles ont stocké des provisions. D’autres commerçants ont mis leurs marchandises à l’abri, de peur des violences. D’autres parents encore se demandent s’ils vont envoyer leurs enfants à l’école. Quant aux parents de l’étranger, ils s’inquiètent pour ceux qui sont au pays.

Deuxième conséquence, la Guinée est à un tournant décisif de son histoire, surtout quand syndicat et opposition menacent en même temps de descendre dans la rue. Et si ces menaces sont exécutées tout le pays risque d’être pris en otage ou encore pris entre deux feux. La fronde syndicale d’un côté, et les manifestations politiques de l’autre. L’on ignore quand et comment cela prendrait fin.

Or, chez nos voisins aussi, la situation intérieure est plus qu’inquiétante. Le Libéria sort, par exemple, d’un scrutin laborieux. La Sierra Leone s’apprête à aller aux urnes en mars 2018. La Guinée Bissau est régulièrement à Conakry pour régler sa crise politique et le Mali est coupé en deux. En Côte d’ivoire, le pouvoir d’Abidjan peine à maîtriser les mutineries dans certaines casernes.

Malheureusement, c’est le (mauvais) moment choisi par le syndicaliste dissident Aboubacar Soumah pour appeler sa base à une grève illimitée. En démocratie, le droit de grève est, certes, autorisé, mais dans ce contexte sous tension, l’homme est face à sa conscience et à l’histoire.

Avant lui, des leaders politiques ou syndicaux s’étaient retrouvés dans la même situation. C’est comme, par exemple, lors des soulèvements populaires de janvier- février 2007, appelant au changement. Cependant, l’année-là, les leaders de l’opposition d’alors refusèrent, par tactique, de rejoindre le syndicat dans les rues.

Tout dernièrement aussi, l’opposition guinéenne a pris la sage décision de surseoir à ses manifestations de rue, le temps que le pays en finisse sa lutte contre Ebola ou que nos pèlerins aillent au Hadj.

De tout ce qui précède donc, il est temps d’appeler les bonnes volontés à se lever, à agir pour éviter la logique du chaos. De toutes les façons, à l’allure où vont les choses, il ne s’agit plus de savoir si on aime le président Alpha Condé, ou s’il faut soutenir son gouvernement. C’est, au contraire, le destin de la Guinée, qui est en jeu.

C’est pourquoi, et disons-le clair et net, si Aboubacar Soumah aime la Guinée tant soit peu, s’il défend l’intérêt des enseignants comme il le clame dans toutes ses sorties, l’homme devrait plutôt mettre ses revendications en veilleuse, le temps d’évacuer la crise post- électorale en cours, à moins qu’il n’ait d’autres idées derrière la tête.

Si c’est cela, même Toto voit ses intentions.