Kenya : Raila Odinga entre légitimité et réalité politique en Afrique

12 octobre 2017 15:15:01
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Carless Puigdemont, en Espagne, a freiné des quatre fers, le jet d’éponge de Raila Odinga est-il  un dégonflage de baudruche ou une autre façon de discréditer la réélection de Uhuru? C’est un peu de tout ça, il faut être dans sa situation pour comprendre toute la subtilité,

Pour l’opposant historique, c’est le quitte ou double, le tout pour le tout à l’ultime tentative de briguer le pouvoir face à Uhuru Kenyatta pour lui. Pour cette raison, il a raison de placer la barre à sa juste hauteur. Ceux qui voient cela comme une tergiversation de mauvaise foi ont leur vision, mais de loin, on ne pourrait pas appréhender tous les petits détails qui, s’ils ne sont pas pris en considération, ils causeraient sa perte  et sa ruine pour la postérité, l’exemple d’un échec politique légendaire.

L’annulation inespérée de la Cour suprême de David Maraga lui donne une dernière chance. Et si le président de la Cour suprême du Kenya a pris cette décision historique, c’est que des irrégularités qui sautent à l’œil sont étalées sur la place publique pour être vues même des malvoyants sauf des observateurs internationaux des élections. Si, dans ces conditions exceptionnelles, Raila Odinga ne se battait pas et se laissait abuser par les confusions qui subsistent au sein de la CENI, même Alpha Condé dirait, comme il aime à le dire et à le redire : « si on te lave le dos, lave-toi le ventre ». Seulement, en tant que président de l’UA, il n’a rien dit à ce sujet, d’abord, du moins… L’Union Africaine devrait dire quelque chose, pourquoi ce silence pesant de sa part ?

Donc, pour Odinga, il faut tout assainir, et même quand cela est fait, l »élection n’est pas gagnée d’avance,  même si certains optimistes peuvent voir que l’annulation du dernier scrutin pourrait doper ses militants et faire se rebuter ceux du Pouvoir.  Sur le terrain pratique, rien ne le fait dire ainsi puisque le président sortant est plus remonté et déterminé que Odinga, qui semble avoir perdu de sa combativité. Question de moyens ou qu’il n’arrivera jamais à obtenir toutes les corrections souhaitées au niveau de la CENI et le délai est court, le 26 octobre est déjà demain.

A vrai dire, si on devait revoir et corriger tout ce qui est anormal au niveau du fichier électoral aussi corrompu en moins de 120 jours, à supposer que tous les moyens sont à disposition, personne n’y croit vraiment, mais au Kenya, l’on tient mordicus que le scrutin se tienne à la date, avec la même CENI, et tout le monde semble croire que cela est normal. Odinga ne continuera pas à faire front contre le monde entier, qui l’a abandonné à son sort.

Dans ces conditions, les dés seront plus pipés qu’avant et encore pas beaucoup de personnes ne semblent disposées à le voir ainsi. Dans les esprits, l’annulation du scrutin du 8 août par la Cour suprême est déjà de trop, il ne faudrait plus en rajouter pour montrer sa mauvaise foi. La date est calée, le Pouvoir use de tout pour qu’il ait lieu. Pour Odinga, aller au suicide une seconde fois c’est mourir pour de bon, voilà la raison pour laquelle il a semblé jeté l’éponge, et on ne peut pas s’attendre à un futur partage du pouvoir. Son adversaire est déjà ébouillanté par cette annulation poussera le piston à fond pour l’écarter définitivement de son chemin.

 Cependant, le compromis d’un gouvernement d’union nationale est bien à prenable pour prévenir une crise, qui risquerait de miner le Kenya pour longtemps.

Raila Odinga a raison d’exiger la totale transparence, seulement, le réalité sur le terrain est tout autre

  • CONDÉ ABOU

    Il m’est impossible de croire une seule seconde, à vos propos que je viens de lire sur cette page.

    D’abord, est-ce que le Président Alpha Condé n’a absolument rien dit de la situation actuelle au Kenya ? Cela me parait invraisemblable.

    Je trouve plutôt que le Président Alpha Condé est même allé dans une posture qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait adoptée. Je crois savoir qu’il était en Chine lorsque la nouvelle de l’annulation par les Juges, des résultats électoraux au Kenya est tombée au mois d’Aout dernier.

    Le Président Alpha Condé a dit, sauf erreur de ma part, ce qu’aucun Chef d’Etat Africain n’a ouvertement dit jusqu’à présent. Il est le seul a avoir ouvertement salué la décision des Juges du Kenya, en invalidant les résultats émaillés de fraudes.

    Je crois savoir qu’il avait même dit que c’était un pas dans la bonne direction en matière de démocratie et de gouvernance électorale en Afrique. Les propos du Président de la République sont passés sur la planète entière, et tout le monde entier les avait suivi.

    Quatre jours seulement après les Juges du Kenya, le Président en exercice de l’Union africaine avait salué la décision de la Cour suprême du Kenya d’invalider les élections présidentielles du 8 Août dernier. Alpha Condé selon la presse internationale avait applaudit « un comportement qui honore l’Afrique et prouve que désormais la démocratie s’installe sur le continent ».

    Le Président aurait ajouté, au nom de l’Union africaine, qu’il « apprécie l’esprit de maturité et de responsabilité de tous les acteurs du processus qui ont préféré les voies légales à la violence ».

    Ici à Washington DC, j’en ai parlé avec plusieurs observateurs politiques qui étaient étonnés par le discours du Président Alpha Condé, surtout en direction d’un pays classé comme le premier en termes de PIB au sein de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Est. N’oubliez pas que le Kenya, ce n’est pas moins de 46 millions d’habitants en 2015, un taux d’alphabétisation de 88 %, une espérance de vie de 62 ans et un PIB de 68,9 Milliards de Dollars US en 2016

    Dites-moi, si depuis ce discours du Président Alpha Condé, vous aviez entendu un autre Chef D’Etat Africain arriver à ce point.

    Pour moi, le Président de la République aurait pu tout simplement parler de ce sujet ultra sensible en Afrique de l’Est, avec ses pairs et avec la Commission de l’Union Africaine compte tenu de la dangerosité des impacts de ce discours sur l’électorat au Kenya, surtout venant de la part du Numéro Un de l’Exécutif continental.

    Et puis, vous semblez ne pas du tout comprendre le rapport des forces en présence au Kenya, en dépit des observations que je vous avais adressées à l’occasion de votre récent papier sur les élections présidentielles dans ce pays.

    Si vous voulez que je revienne sur mes propos, retenez que l’arrivée d’un Kalenjin ou d’un Luo au pouvoir au Kenya n’est pas pour demain. Le Kikuyu, Uhuru Kenyatta passera haut les mains et vous verrez.

    Sans la médiation confiée à Kofi Annan et qui a abouti en Février 2008 à un partage du pouvoir et à la mise en place d’un gouvernement de coalition dirigé par Mwai Kibaki, en qualité de Président, et Raila Odinga, en qualité de Premier ministre, ce dernier n’aurait jamais pu inquiéter les Kikuyu.

    Uhuru Kenyatta vient d’inaugurer le plus grand projet d’infrastructure accompli au Kenya depuis son indépendance en 1963: une ligne ferroviaire ultra moderne, de 472 km reliant la capitale Nairobi à Mombasa, sur l’océan Indien, et devant asseoir la position du Kenya comme porte d’entrée de l’Afrique de l’Est.

    Ce projet ultra moderne de 2,8 Milliards d’Euros réalisé au cours d’un seul mandat présidentiel, s’inscrit dans la perspective de relier par le rail, l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, le Soudan du Sud et l’Ethiopie. Ce qui fait automatiquement que Uhuru Kenyatta bénéficie déjà du soutien politique tacitement fort venant de tous voisins.

    Malgré plusieurs controverses, notamment des accusations de corruption, des préoccupations environnementales, ce projet est aussi un des principaux arguments de l’exécutif kényan en vue de sa prochaine réélection. Raila Odinga n’y pourra rien.

    Wait and see, puisque vous avez tout l’air de ne pas comprendre le rapport des forces politiques et économiques en présence entre les Bantous et les Nilotiques au Kenya, encore moins le poids de la prime de Président en exercice dont bénéficie Mr. Uhuru Kenyatta.