Iran : les remous sociaux ont-ils une origine extérieure?

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La question se pose si les remous populaires qui secouent actuellement l’Iran sont conjoncturels ou structurels ou s’ils ont une origine extérieure. En effet, depuis la Révolution islamique de l’Ayatollah Khomeiny, en  1979 pour chasser le Shah, le pays est la cible des Occidentaux. La preuve n’est pas à démontrer, puisque dès 1980, une guerre éclata entre l’Iran et l’Irak.

Saddam Hussein, alors soutenu par les Occidentaux, employa pour la première fois le gaz moutarde. On parlait de plus d’un million de morts dans cette guerre sans que l’ONU et les pays arabes, divisés comme toujours au sein de l’Organisation de la Conférence Islamique (OCI), ne puissent mettre un terme à cet affrontement sanglant. L’OCI a même changé de nom pour essayer de repartir cahin-caha sur une autre base comme l’OUA en l’UA, d’ailleurs.

La Guinée, en parfait porte-à-faux entre l’Irak et l’Iran pour des raisons politico-historiques, fut désignée et acceptée par les deux belligérants comme médiateur. Et c’est Ahmed Sékou Touré qui présidait ou qui co-présidait l’OCI, dans le vent de son « Offensive diplomatique », qui obtint un précaire et éphémère cessez-le-feu, puisqu’il s’était envolé deux ou trois jours après. Cela se passait pendant la visite de trois jours de Sékou Touré en RFA pour vendre la Guinée comme « scandale géologique » et n’avait obtenu que 19 millions de Deutsch Mark. Il faut noter que Sékou Touré était moins bon commerçant que Alpha Condé actuellement, mais aussi, les temps sont différents.

Fatigués de se canarder, les deux pays ont fini par abandonner l’option de la guerre frontale.  Pour autant, les Occidentaux ne cessaient pas leurs actions de sape. Des soldats et espions américains pris en otage à Téhéran furent l’objet d’une opération de libération commando. Le fiasco fut retentissant et avait probablement coûté un autre mandat à… Jimmy Carter, si on ne dit pas de bêtises.

La Révolution islamique sortait plus grandie de cette épreuve que jamais, elle clama  sur tous les toits « Mort à l’Amérique » et fut classée dans « l’Axe du mal ». Les échanges virulents s’arrêtaient là jusqu’au jour où le nucléaire iranien fut mis au jour par Israël qui clabauda si fort derrière l’affaire que des sanctions économiques furent décrétées contre l’Iran.

Les négociations de Genève et les accords qui ont suivi par tous les négociateurs n’étaient pas à la satisfaction d’Israël, qui trouvait que certaines clauses ne donnaient pas la possibilité de contrôler les centrifugeuses qui pouvaient passer bien inaperçues de l’enrichissement à but civile à l’enrichissement à but militaire. Personne ne les a écoutés jusqu’au jour où Donald Trump est arrivé à la Maison Blanche. Et comme il veut défaire tous les acquis de Barack Obama, tout ce que les Israéliens lui ont soufflé dans les portugaises a passé comme lettre à la poste, celui-ci remit en cause cet accord sans aucune autre forme de protocole et reconduisit les sanctions, en plus, il reconnait Jérusalem comme capitale d’Israël. Tous ces deux actes furent condamnés par le monde entier, hormis quelques pays inconditionnels de Trump.

Après la guerre aux côtés des Russes et Syriens, la levée des sanctions économiques n’est pas pour faciliter les choses à Hassan Rohani qui fut pourtant réélu largement par les Iraniens pour son programme de réformes moins conservateur que son prédécesseur. Maintenant la question qui se pose est de savoir si l’actuel président a été empêché de procéder aux réformes promises par manque d’investissements dû aux sanctions ou si c’est une rebuffade ou une marche-arrière de sa politique. Mais des faits et évènements peuvent donner à penser  qu’une action extérieure n’est pas à exclure: d’abord, la guerre au Yémen l’oppose directement à l’Arabie Saoudite pour faire prendre le pot cassé au Qatar. Le revirement d’Abdallah Saleh en faveur de l’Arabie Saoudite lui a coûté la vie. Les rebelles Houthis qui ont revendiqué avoir eu sa tête, ont tiré un missile de fabrication iranienne contre la résidence du prince héritier. Ceci est un premier élément qui compte ensuite tout le monde sait que le Hamas et le Hezbollah qui sont les ennemis d’Israël, sont soutenus activement par l’Iran. C’est encore un autre grief, mais si l’Arabie n’a rien dit jusqu’à maintenant dans cette insurrection populaire, Israël, par contre, s’est dépêché de déclarer qu’il n’est concerné ni de près ni de loin par ces évènements. Seulement Donald Trump qui ne cesse de tweeter, soutient indirectement les insurgés.

Dans cette atmosphère, les dignitaires du régime iraniens ont la réponse toute trouvée. L’Ayatollah Aly Khamenei, le Guide de la Révolution, généralement au-dessus du lot, n’a pas attendu longtemps pour fustiger l’extérieur. Ce qui donne automatiquement une légalité et légitimité à Hassan Rohani. Dans ces conditions, même si l’Amérique n’est pas associée à ces remous populaires et que Donald Trump continue de soutenir les insurgés, il se mouillera pour rien et il fera perdre toute légalité au mouvement et du coup, il donnera l’occasion à Hassan Rohani de procéder à ce qui n’est pas dans sa ligne politique première, c’est-à-dire une purge plus radicale que celle vue en Turquie, pour le mal des insurgés qui vont être des centaines à trinquer. Et si cela arrivait, ce serait un retournement de politique en Iran, qui risque de se lover en défensive. Déjà que Téhéran demande à Emmanuel Macron d’arrêter les terroristes résidant en France. Du coup, le ministre des Affaires Etrangères, Yves Le Drian ajourne sa visite à Téhéran qui avait pour objectif de chercher une solution de paix dans la sous-région.  Tout est à l’eau, puisque la France ne s’exécuterait pas, à moins qu’on ne se trompe. L’Ayatollah Khomeiny avait conduit sa Révolution islamique depuis Paris pour renverser le Shah en 1979.

Une chose reste claire, la rue qui « sent déjà le fagot » pour peu que l’Amérique la soutienne, ne serait-ce que verbalement, ne pourra jamais plus renverser le pouvoir en Iran. Ce qui se passe actuellement dans les rues en Iran est vu comme un complot de l’extérieur contre la Révolution et cela exacerbe les sentiments nationalistes de la classe dirigeante. La cause est perdue d’avance. Donald Trump ne devait pas ignorer cela, mais bon…

A-t-il sacrifié tout le travail de sape fait méthodiquement en sous-sol avec ses tweets irrépressibles? Si tel est le cas, tout est à refaire, celui-là a fait capot. Et si ces mouvements de foules ne sont que simplement la résultante d’une conjoncture économique ?

Bien de questions restent posées.