Guinée – Tribunal criminel : Un colonel de la police face à ses présumés agresseurs

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Victime d’une agression sanglante en avril 2014, le colonel de police à la retraite Ibrahima Sory Touré alias « colonel s’en fout » croit enfin être en face-à-face de ses agresseurs présumés. Mardi 30 janvier, à la barre du tribunal criminel de Dixinn, il a eu l’occasion de revenir longuement sur l’attaque qui lui avait causé des blessures sévères et la perte de près de 10 millions de francs guinéens appartenant à son épouse. Décembre 2014, alors qu’il était accroché à sa poste radio en vue de suivre un remaniement ministériel annoncé plus tôt, l’ancien responsable de la police voit soudainement ses deux gardes du corps traîner à terre par des gaillards qui leur demandaient d’indiquer là où se trouvait leur patron. Impulsive, Mme Touré, une capitaine de police, a réagi en faveur des gardes de corps, mais elle fut aussitôt maitrisée par les assaillants. Quant au colonel, il est mis au respect. L’arme pointée sur lui, on lui demande d’entrer dans sa chambre pour donner l’argent qu’il avait. Mais il décida de conduire les assaillants dans la chambre de sa seconde épouse, laquelle il voulait faire passer pour la sienne en vue de tromper la vigilance de ses assaillants. Mais, une de ses filles ayant compris que ceux-ci se dirigeaient vers la vraie chambre de son père, cria : « Papa, ils se dirigent vers ta chambre ». C’est à partir de là que les bandits présumés ont compris qu’il a voulu les tromper ; ils l’ont roué de coups avant de le diriger vers sa vraie chambre. En ce moment, il n’y avait pas d’électricité. Tout se passeait presque dans le noir.

Pendant que le colonel Touré était sous les ordres d’une partie des six assaillants, l’autre partie est allée chez sa locataire Tiguidanké Kaba. Le mari de la dame n’y était pas. On a fouillé dans tous les sens à la recherche de l’argent. Quand Tiguidanké les a vus s’approcher de sa boîte à bijoux, elle cria et tenta de s’opposer à leur action. Les assaillants procédèrent à des tirs de sommation. Elle sera néanmoins grièvement blessée au bras.

De son côté, le colonel maitrisant sa chambre plus que les assaillants, réussit à tirer sur un des assaillants. Celui-ci tomba et criant que le colonel était armé. Les autres assaillant portèrent leur ami qui avait été touché pour sortir de la cour.

Mohamed Sylla, un voisin du colonel, a été également blessé à la tête. Revenu de la France, il serait celui que visaient les assaillants.

Lundi 29 janvier, à la barre, le caporal-chef Mohamed Kaba et son co-accusé Alia Diawara ont tous nié les faits. Pourtant, à l’enquête préliminaire et devant le juge d’instruction le caporal-chef Mohamed Kaba aurait reconnu les faits. En 2014, il avait été interpellé et jeté en prison pour indiscipline militaire. Lors de son interpellation, il a cassé le bras d’un gendarme. Ce fait, il l’a reconnu à la barre. Mais pas l’attaque armée au domicile du colonel Touré. Pourtant, celui-ci reste convaincu que c’est Mohamed Kaba – un ami d’un de ses fils – qui a dirigé l’attaque contre lui. Ses accusations contre Kaba, il les tire des résultats de l’enquête policière.

Pour sa part, Alia n’a jamais reconnu les faits. A la barre, il a déclaré être interpellé dans son village Bouramaya à cause d’un téléphone qu’il avait acheté à Matoto. Ce téléphone, il dit l’avoir acheté avec quelqu’un (il n’a pas cité son nom) avant de le revendre à un « petit ». Dans le rapport de la police, qui constitue la version des faits du colonel, c’est le « petit » qui a dénoncé Alia qui, à son tour, a dénoncé Kaba. Le téléphone serait en effet celui de Sylla. Quand les assaillants l’ont pris lors de l’attaque, c’est à Alia qu’on aurait donné. A son tour, il offrirait ce téléphone à son petit qui lavait ses habits.

C’est Kaba qui aurait demandé d’aller chez le colonel après l’attaque qui était initialement dirigée contre M. Sylla qui était revenu de la France. En bref, c’est lui qui a commandité l’attaque. Le colonel ne l’a pas remarqué sur le champ de l’attaque, mais la manière par laquelle l’attaque a été menée le laisse croire que les agresseurs ont été dirigés par quelqu’un qui connaît bien la maison.

A l’issue des explications du colonel Touré, le tribunal a décidé de renvoyer l’affaire au 12 février 2018 pour la comparution des parties civiles. En attendant, le colonel a déjà averti que Tiguidanké avait juré de ne pas se présenter au tribunal de peur d’être l’objet d’une nouvelle attaque des assaillants au cas où ceux-ci seraient libérés…