Guinée : quelles conséquences attendre de ces communales ?

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Pas besoin de tirer en longueur et de rallonger la sauce dans la proclamation des résultats  de ces communales aussi cahoteuses que la lecture fastidieuse des résultats. La CENI aurait dû louer les services de Bakary Fofana, qui nous aurait évité la confusion sur le nombre de sièges gagnés ou perdus par le RPG à Termessin-Koundara. Que dire aussi des interruptions intempestives pour lasser  tout le monde, même si cela a fait baisser la tension un peu partout.

Le nombre de morts et les dégâts enregistrés sont déjà de trop, l’enjeu de ces communales  n’en vaut pas la chandelle, comme une présidentielle. Il n’y a de souveraineté ou de chasse gardée d’aucun parti politique dans aucune commune de Guinée, la cohabitation entre les partis qui s’invectivent à longueur de journée est obligatoire.  Partout où il y a un maire du RPG, il y a un adjoint de l’UFDG ou inversement. Il serait encore plus intéressant de voir là, où un maire indépendant coiffera des adjoints de l’UFDG, du RPG et de l’UFR. Il y a du spectacle politique en perspective. Des antagonismes, il y en aura pour des blocages tous azimuts.

Les Guinéens ont sanctionné les politiques par cette abstention sans précédent et par ce vote incolore, inodore et sans saveur. Inutile d’en rajouter pour jeter de l’huile sur le feu.  On parle des bulletins fictifs de vote par procuration et des irrégularités incomptables. Même le président de la CENI s’est emmêlé les pinceaux en disant que la loi a laissé une brèche, en clair, ce qu’il n’a pas dit, est que « ce la loi  n’interdit pas, elle l’autorise ». Le scrutin va-t-il être annulé, comme le demandent la majorité des candidats ? La question reste posée.

 Quoi qu’il en soit, les Guinéens ont la chance de mettre l’intégrité de cette CENI à l’épreuve, un bon prélude de la prochaine présidentielle de 2020. Ce sera l’occasion de revoir toutes les insuffisances de cette CENI pour les prochaines échéances plus décisives. Quant aux militants des différents partis, ils auront aussi l’occasion de se faire la main dans la cohabitation difficile à venir, il ne faut pas leur en rajouter.

  On a tous vu la prouesse de la Cour Suprême du Kenya quand elle a audacieusement annulé la première élection, mais elle s’est défilée par la suite en laissant Raila Odinga dans le même pétrin, sans que personne ne trouve à redire. Ce qui a fait encore tomber les bras de plus, c’est que dans la  presse, il y en a qui ont flingué l’opposant pour ne pas vouloir rejouer sur le même fichier pipé et corrompu, sans aucune retouche. Ah ! Les  ‘’analyseurs politiques’’ ! Condamner l’opposant kenyan est un manque d’analyses. La Cour Suprême du Kenya n’est pas allée jusqu’au bout de son intégrité et de sa souveraineté, elle a fait exactement ce qu’on appelle opération tape-à-l’œil et poudre aux yeux. A l’UA aussi, c’est silence, motus et bouche cousue du syndicat des chefs d’Etat. Quant aux Sociétés civiles du continent et aux magistrats, il faut aller les chercher ailleurs.

La CENI est devant sa responsabilité historique. Les Guinéens sont à la croisée des chemins, il n’y a que deux options : en découdre une fois pour toutes pour s’entre-tuer jusqu’au dernier ou s’entendre. Sur un champ de ruine, il y a la misère, l’entente amène la prospérité

 L’exemple du Rwanda ne doit jamais être expérimenté en Guinée puisqu’on ne sait pas si c’est un homme comme Paul Kagame qui viendra ou un autre antéchrist. Aucun dieu ne viendra retenir la main des Guinéens, s’ils se décidaient vaille que vaille d’en découdre. Le génocide est à portée des mains. « Les cafards, souris, rats et moustiques » sont si imbriqués, enchevêtrés et consanguins dans la promiscuité que sans l’intervention des forces de sécurité sur tout le territoire, malgré ce que l’on dit aussi de négatif d’elles, les Guinéens ont déjà fini d’en découdre.

Tant qu’ils ne s’affrontent pas, ils ne savent pas ce que c’est, si l’on pouvait expérimenter « cinq minutes de « gboron-gbaran » : Quand deux équipes de football d’adolescents n’arrivaient pas à se départager jusqu’au crépuscule et n’entendent pas se quitter dos à dos, elles demandaient à l’arbitre de leur accorder cinq minutes de « football-karaté », « cinq minutes de Gboron-gbaran ». Parfois le ballon pouvait demeurer sur place au milieu du terrain, gare à celui qui le touche ou le pousse, tous les coups de pieds et des mains sont permis. Des cris de douleur, personne n’en a cure ; le lendemain, des entorses, des luxations, des hématomes, des égratignures étaient sur tous les corps pour ne plus jamais entendre parler des « cinq minutes de Gboron-gbaran ». Les Guinéens  contemporains n’ont pas besoin de ça. Les Rwandais leur ont montré le vrai visage de l’irréparable.

Il ne reste plus que la seconde option, celle de s’entendre pour vivre ensemble. On peut vivre ensemble sans avoir besoin de la politique. Les leaders des partis doivent mettre de l’eau dans leur vin. L’arrivée des candidats indépendants dans certains fiefs est un avertissement, les populations et non les moutons de Panurges, sont fatiguées de la politique politicienne qui ne leur rapporte rien que la misère. Le kilo de viande est déjà à 40000fg.

Si la sagesse afflue les leaders, le nouvel échiquier politique est favorable à la formation d’un gouvernement de coalition nationale pour éviter les blocages en vue partout.  En attendant on perd du temps en route à s’attendre au tournant de la rue.