Guinée : Quelle tendance prend le bras de fer gouvernement- syndicat-« rebelle » ?

14 février 2018 11:11:12
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Tout le monde s’est mis la corde au cou dans cette affaire. Les religieux sont muets comme des carpes, sur le terrain, l’esbroufe des syndicats pro-gouvernementaux et la frime du pouvoir n’ont pu amener la reddition des têtes de lard, qui tiennent à aller jusqu’au bout de leur revendication vaille que vaille, advienne que pourra, parce que « cabri mort n’a pas peur du couteau ».

La logique est facile à comprendre, sauf pour ceux qui croient que la raison du plus fort est toujours la meilleure. Pour la bande  à Aboubacar Soumah et Portos, reculer devant la coalition des centrales syndicales qui ne défendent pas les intérêts des travailleurs est une mort fatale et laisser les enseignants de Guinée dans le pétrin, et ceux-ci savent qui est de leur côté. Le suivi ne se fait pas attendre. Mais ce qui est redoutable, on ne sait jamais, c’est si le gouvernement saute le pas pour arrêter un des leaders de cette grève en ce moment où les résultats des communales ont une peur bleue de se faire connaître, ça va se savoir.

Ceux qui savent s’émouvoir pour mettre les morts de cette grève sur le compte des grévistes, c’est un raccourci moral et intellectuel trop facile. La cause que défend les grévistes est-elle légitime et juste ou pas ? Qui tire et tue ? Si la cause n’est pas juste, pourquoi la majorité des enseignants la suit et la soutient dans ces remous sociaux ?

Le gouvernement a semblé épuiser tous ses recours, il est en panne de solution. Pour faire  appel à l’ancien Premier ministre Saïd Fofana que Alpha Condé, lui-même, considérait laxiste, un « imam », il faut que les choses aient atteint un seuil critique, pourquoi ? Tous les ministres concernés de près ou de loin, qui ont eu à intervenir dans cette affaire, ont dégainé contre Aboubacar Soumah, ils n’ont plus d’autorité. Les religieux, pauvres d’eux, sont dans leurs petits souliers et on ne peut pas demander à chats échaudés de replonger dans l’eau froide. On a entendu l’inspecteur général du travail trancher la poire entre les deux fractions du SLECG. Pour lui, un autre Don Quichotte comme Gassama Diaby, un nouveau congrès doit être organisé, à supposer qu’il soit entendu et même quand il est entendu et écouté, il reste que le bât blesse à cet endroit.

En effet, la question est de savoir si ce congrès sera organisé sous l’égide du gouvernement ou sans sa présence. Il y a deux inquiétudes majeures comme préalables à éliminer. La première est le sort des syndicalistes pro-gouvernementaux, suspendu à une filandre. La majorité des enseignants, la base, n’a pas oublié que les Sy Savané et consorts avaient dit qu’ils n’ont pas besoin de se référer à la base. Dans ce cas comment se feront-ils réélire par cette base discréditée ? Ensuite, le gouvernement tient à eux, il ne va pas les lâcher simplement.

La seconde inquiétude est de savoir si Aboubacar Soumah pourrait entendre raison, une fois élu maître absolu du SLECG ? Jusque-là, on ne voit pas encore son irrationalité, quand il demande 8 millions de salaire pour les enseignants (il y a aussi les retraités). Dans sa conscience, il sait que les combien de mille enseignants, on ne sait actuellement, mais en 1988, quand  Mme Guilao était la présidente de la FSPE, en s’adressant aux enseignants « foot-malheurs » lors d’un tournoi inter-corporations, elle disait : Les 20 mille enseignants de Guinée comptent sur vous. Ils doivent être maintenant plus nombreux que ça. Autant dire que cette demande était bonne à entendre pour ceux qui écument les rues, actuellement, mais est-elle réalisable, en dépit de la croissance annoncée de façon tapageuse ?

En toute conscience et objectivement, les 8 millions sont de trop. Il faut revoir à la baisse, les enseignants le savent, mais c’était l’arme de Aboubacar Soumah, qui voyait l’intention mal dissimulée des pro-gouvernementaux de l’éjecter comme un malpropre. C’était la mort. Maintenant qu’il n’est pas mort et qu’il a bien les brides en mains,  il lui faut revenir à la raison et tenir un congrès dans la convivialité retrouvée après cette turbulence vive et passagère.

Ils ont désormais la caution de la base pour les garantir de tous les coups fourrés dans le futur. La levée solennelle de la grève est vivement attendue, pour ne pas en faire trop. Cette tendance est déjà un acquis formidable.