Guinée : la compagnie chinoise Huawei et certains employés à couteaux tirés

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Depuis la semaine dernière, la société chinoise de télécommunications Huawei, installée en Guinée et certains de ses employés sont à couteaux tirés, a-t-on constaté le week-end dernier au siège de ladite société où ces travailleurs étaient en sit-in.

«Nous sommes face à un dossier de licenciement concernant certains employés de Huawei. Auparavant, nous étions employés à MTN. En 2014, Huawei a gagné le marché de maintenance et d’optimisation avec MTN. Dans le cadre de leur négociation, le staff qui faisait la maintenance et l’optimisation  au compte de MTN devait passer à Huawei. Dans les négociations, au début, nous étions 56. Et les 56 employés ont été passés à Huawei avec des contrats CDD. Mais auparavant, MTN avait procédé à un licenciement normal des 56 personnes, en payant tous leurs droits. Arrivés à Huawei, nous avons signé des contrats CDD de deux ans, chacun. Parce que c’est ce qui était dans les accords. Après les deux ans passés, Huawei a procédé à la libération de certains employés parmi nous. Ceux qui ont les CDI après les deux ans, étaient au nombre de 18. Sur les 18, après deux mois, deux ont été libérés. Sur les 16 qui restent, le contrat prévu entre MTN et Huawei était de 4 ans. Mais pour raisons que nous ignorons, MTN et Huawei ont mis fin à leur contrat. Et ce contrat est censé prendre fin le 31 janvier 2018. Dans ce cadre, au mois de novembre, Huawei nous a convoqués pour une réunion d’information au cours de laquelle cette information a été confirmée », a expliqué d’entrée un des employés concernés par le licenciement qui a requis l’anonymat.

L’origine du désaccord

Selon notre interlocuteur, la confusion a commencé quand Huawei a annoncé que MTN désirait embaucher certains parmi les 16 personnes concernées par le licenciement. «Nous avons attiré leur attention en disant que pour le moment, nous sommes des employés à  part entière de Huawei. On ne voit pas l’intérêt de rencontrer une autre entité sous la recommandation de Huawei pour dire d’accepter une interview pour un emploi. Nous leur (Huawei ndlr) avons dit que nous ne sommes pas d’accord. Sous leur insistance, parce que Huawei et MTN travaillant en collaboration au-dessus de nos têtes, ils ont fait un accord pour les envoyer les profiles dont MTN a besoin pour le reste des employés de Huawei pour recruter certains. Dans les discussions au préalable, on leur a dit que nous ne pouvons pas démissionner de Huawei de nous-mêmes pour rejoindre MTN vu tout ce que MTN traverse comme difficultés économiques. Et surtout que nous n’avons des problèmes avec Huawei. Les responsables de Huawei  nous ont dit qu’ils vont nous accorder un arrangement. On nous donne un certain nombre de dommages et intérêts par nombre de mois de salaires pour accepter d’aller à MTN. Nous sommes tombés d’accord sur le principe. Nous avons honoré notre engament en acceptant d’aller faire l’interview avec MTN. Et dans les interviews, MTN nous a fait comprendre qu’il est en train de nous recruter pour être le staff de MTN même. Mais avec le temps, au fur et à mesure que la date approche, on se rendait compte qu’il n’y a pas de visibilité, il n’y a aucune information. On a commencé à nous interroger. Et un jour, Huawei nous dit que réellement, ils ne sont pas en train de nous recruter comme les travailleurs de MTN, mais pour nous envoyer dans les cabinets comme ressources humaines en qualité de sous-traitants de MTN. Nous avons dit dans ce cas, ça change. Si MTN ne veut pas prendre notre staff comme des employés directs et si Huawei ne veut plus de nous, procédons à notre licenciement et payer nos droits comme il se doit et libérer-nous. Ainsi, nous pourrons négocier librement avec MTN. On a vu que dans leur calcul, c’était pour nous pousser à la démission en laissant nos droits pour aller de l’autre côté. Ce que nous avons refusé. Et ils disent que si quelqu’un reste,  après janvier, ils n’auront plus besoin de lui. Il y avait un canal de négociation gagnant-gagnant. A notre grande surprise, ce canal de négociation a été laissé et ils nous ont distribué des lettres pour annoncer notre licenciement pour motif économique.»

La décision des 16 employés menacés de licenciement « forcé »

«Nous nous sommes opposés à ce licenciement sec. La première réunion le lundi dernier, deux propositions ont été faites. La première décidait de payer trois mois de salaires afin que les employés acceptent de partir après janvier. La deuxième méthode, c’est qu’en cas de refus des trois mois de salaire, les employés restent et à la fin du préavis, on les libère. Ce qui a mis le feu aux poudres.  Et nous, nous refusons de nous faire brimer nos droits dans notre pays. Le licenciement économique est prévu dans la loi. Il y a des formes qu’il faut respecter. Il faut qu’ils nous montrent les preuves de la crise économique et l’état de cessation de paiement. Il faut qu’ils nous paient nos droits… Nous sommes prêts à aller où ils veulent. S’ils mentent en disant qu’ils sont en crise économique, nous allons porter plainte contre eux pour ‘’faux et usage de faux’’. Nous  sommes actuellement à couteaux tirés avec Huawei. Depuis que Huawei est là, ils ont licencié plus de 150 personnes. Ils ont rendu le métier des télécoms précaire. Avant, là où un employé pouvait  être payé à 6 millions, il est payé à 3 millions. Ils sont en train de pratiquer l’esclavage et on continuera à dénoncer cela », nous a confiés un  employé, sous le coup de licenciement.

Faut-il souligner que toutes tentatives de recouper cette information auprès des responsables de la société, sont restées vaines jusqu’au moment où nous mettons en ligne cette dépêche.