Géopolitique : peur raisonnée ou phobie des référendums séparatistes?

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L’ère des référendums séparatistes comme l’air du temps, est changeante. En 1958, suivant et respectant la charte de l’ONU sur l’autodétermination des nations et des peuples, le général de Gaulle proposa et suggéra un référendum sur le « ‘’OUI’’ ou le ‘’NON’’ à la Communauté franco-africaine.

Des Guinéens révolutionnaires avaient vu qu’une cage dorée restera toujours une prison. Le ‘’NON’’ de la Guinée à De Gaulle a été et reste retentissant, les conséquences de part et d’autre, aussi. Et comme De Gaulle était un unioniste incohérent et un séparatiste incomplet, il était allé clamer haut et fort à Montréal : «vive le Québec libre et indépendant » et pendant ce temps, la Guinée était toujours dans son collimateur. Les historiens devraient se pencher sur ce côté disjoncteur du général…

On a vu des mouvements semblables qui sommeillent ou qui sont tombés dans l’oubli au Canada, en Belgique, en Corse et un peu partout actuellement, le référendum pour l’autonomie des Kurdes irakiens fait peur, surtout que celui des Catalans pour l’indépendance est plus déterminé à se tenir que jamais et que les Corses attendent de voir la direction du vent.

Pourquoi cette reviviscence brusque ?

La flamme des séparatistes et indépendantistes ne pourrait se raviver que pour trois raisons possibles : l’identité bafouée, l’égoïsme politique et l’inégalité économique. Tous les peuples de la terre vivraient en harmonie ensemble s’ils bénéficient des mêmes avantages et sont soumis aux mêmes contraintes nationales. Dès qu’on parle de « minorité ethnique », il y a fracture sociale.

Les Rohingas par exemple sont ségrégués et mis au ban de la société Birmane parce que les bouddhistes ne les voient faire que le contraire d’eux, ils en sont viscéralement allergiques. Demander à Aung san Suu Kyi, en dépit de son prix Nobel de la paix d’intervenir en faveur de ces Rohingas, c’est lui demander d’être en porte-à-faux avec sa propre société, même son peuple lui désobéira.

Soumettre les Kurdes après leur référendum réussi à une chape de plomb implacable, c’est les pousser d’aller de Charybde en Scylla qui déboucherait sur le vandalisme pour terminer en sabotages, attentats terroristes, vu que déjà ils sont considérés comme des terroristes. Les pousser au fait ?

 Les kamikazes japonais de la deuxième guerre mondiale avaient pressenti que la guerre était irrémédiablement perdue, ils se sont transformés en bombes volantes pour s’abattre sur les bâtiments américains, c’étaient de vrais héros. Certains peuples préfèrent la mort à l’humiliation

Dans un passé très récent, sous le général Lansana Conté, on avait entendu parler d’une velléité de sécession d’une partie de la Guinée par un mouvement appelé « Union manding » et une autre union en projet « Hal Pular ». Ces deux embryons d’organisations voulaient réunir tous les Malinké et les Peulhs de toute la sous-région. Beaucoup avaient eu peur, d’autres, point du tout. Ces derniers avaient raison car, les Mandénkas de Guinée qui n’ont pas les mêmes mœurs, us et coutumes que les  Djoulas de Côte d’Ivoire, que les Bambaras du Mali ou que ceux du Burkina, ne pourraient former qu’un grand ensemble hétérogène avec des dissensions. Il en serait de même des Peulhs du Macina ; du Fouta Toro et du Fouta Djallon. Un Bah-Diallo de Guinée est différent d’un autre du Cameroun ou du Burkina et du Sénégal. En tout cas, le général Lansana Conté n’avait pas été ébranlé par la rumeur mais Paul Biya n’est pas serein avec les  remous de la partie anglophones de son pays. Ces remous ne se seraient jamais produits si tous les Camerounais étaient pris et toisés sur le même pied d’égalité.

Qu’en est-il des Kurdes d’Irak, de Syrie, d’Iran et de Turquie ?

La question se pose puisque tous ces pays sont en guerre et chacune des entités kurdes dans ces pays ne bénéficierait pas des mêmes droits et devoirs que les majorités dans ces pays. Dans le passé, les Kurdes d’Irak avaient été bombardés par Saddam Hussein au gaz moutarde pour avoir voulu profiter des frappes américaines dans « Tempête du désert » du père Bush pour s’affranchir de sa tutelle. Dernièrement, ils ont tenté un coup fumant en Turquie contre Erdogan, la purge n’est pas terminée. Auparavant, c’était une coopération internationale des services secrets de Turquie, des USA et d’Israël qui étaient allés dégotter Abdoullah Ocalan en Ouganda.

 Si les kurdes sont nombreux et sont de redoutables combattants, leur union sur les différents fronts peuvent faire peur, pas leur unité, mais les empêcher de s’unir alors que c’est une impérieuse nécessité pour eux, sans des mesures de compensation et d’intégration effective, c’est produire une frustration générale. Comment les apaiser ? La réponse est dans le texte.

 Quant aux Catalans, on peut se demander si leurs responsables ne font pas fausse route parce qu’ils ne pourront pas vivre en autarcie. A supposer qu’ils décident contre vents et marées de rompre avec Madrid, que dira Bruxelles, les admettre comme 28ème membre, à la place laissée par les Anglais ? Cela n’est pas évident.

On a vu Theresa May, la Première ministre d’Angleterre, qui a provoqué l’éjection de David Cameron parce que celui-ci était laxiste avec le Brexit et qui a promis de faire mieux, vite et radical, la voilà dégonflée dans la composition d’un gouvernement hétéroclite dans lequel elle a perdu des plumes et la voilà qui demande audience et pardon pour un Brexit à l’amiable. Espérons que les dirigeants catalans ne tombent pas dans le même pétrin, parce que ça ne sera pas le feu du même bois.

 A contre-courant, après avoir déposé les armes, vont-ils les reprendre ? La question reste posée.

Des référendums, il faut en avoir peur, parfois, à cause des majorités négatives, mais dans ce cas comment faire pour être en harmonie avec la charte de l’ONU, qui prône la libre autodétermination des nations et des peuples, faire comme De Gaulle ?