Géopolitique : entourloupes en Mer de Chine

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 La gestion médiatique des différents conflits a des prises de position qui font dire qu’elle est, on ne peut plus, partiales. Les bavures en Syrie ont été nettement dénoncées comme crimes de guerre et autres termes pour diaboliser les forces de Bachar Al-Assad. L’on en a fait très peu cas de ce qui s’est passé en Irak, si l’on ne l’a pas éludé avec dessein.

De là, toute moralisation sur l’indépendance de la presse n’est que partisane. Quant à la presse propagandiste d’en face, elle n’en fait pas moins dans l’autre sens. La recherche de la vérité dans un conflit idéologique relève d’une gageure pour les analystes. Mais en mettant les différentes informations ensemble, les analystes peuvent séparer la bonne graine de l’ivraie.

Ainsi, ce qui se passe en Mer de chine est un sujet explosif, mais l’on en parle que si peu et les choses se dégradent de jour en jour. L’agacement est au paroxysme et l’irréparable pourrait venir d’un rien quand on voit les protagonistes qui se défient de façon inconsidérée.

Entre « le Loup et l’agneau » et « La Chèvre de monsieur Séguin », on ne sait quel titre attribuer aux évènements qui sont en train de se produire en Mer de Chine.

Donald Trump, dans sa schizophrénie,  s’est mis le monde entier à dos. Sa position pourrait être comprise si on fait appel à l’empathie politique et non partisane : les USA sont à l’origine de la création de l’ONU, donc, le plus grand bailleur.

Les spécialistes nous diront à quelle hauteur s’élèvent leurs différentes contributions pour le fonctionnement des différents organismes qui composent l’organisation du monde. Or, ce grand bailleur, qui vit au-dessus de ses moyens, est endetté jusqu’au cou. On parle de 3000 milliards de déficit. C’est-à-dire que les Etats-Unis dépensent plus que les recettes. Le manque à gagner est dans les 3000 milliards. Toutes les administrations américaines qui se sont succédé depuis la fin de la deuxième guerre mondiale ont joué à engranger des prestiges creux. Cela n’a rien servi d’être vu comme le plus prestigieux du monde, quand l’économie stagne.

Cette politique de « gendarme du monde » devait cesser depuis la chute du Mur de Berlin, mais les dirigeants américains ont continué de plus belle jusqu’à la grande crise financière de 2008. Le réveil n’a pas été facile, la relève non plus.

Barack Obama s’en est rendu compte dans l’exercice du pouvoir pour procrastiner tant qu’il a pu dans la mise en place de son plan-phare de campagne : Obama care, qui, comme tant d’autres, ne feront qu’enfoncer les USA. Mais au nom d’une politique sociale et progressiste vaille que vaille, advienne que pourra, il l’a fait. Donald Trump voit tout cela comme un désastre pour vouloir tout balayer d’un revers de manche.  Dans les relations de commerce transatlantique, dans l’OTAN, il voit que les USA sont lésés, d’autant que la position de leader n’est qu’une position gonflante qui ne contient que de l’air, il veut tout rétablir de façon brutale, mais n’a-t-il pas une part de raison ?

Seulement, Trump veut déshabiller Paul pour habiller Pierre. S’il veut l’égalité et la parité avec tous ses partenaires, il veut aussi prendre les devants comme leader qui fait tout de façon unilatérale et sans concertation. On a vu qu’il a frappé la Syrie alors que c’est l’allié de son grand allié, la Russie, et, sans que rien ne soit évident, il menace de récidiver. En outre, un tas de ses cafouillages fait penser à l’incohérence de ses actions, à moins que ce ne soit de la frime.

C’est ainsi qu’il a transféré ses menaces en Mer de Chine, la zone où le repositionnement stratégique bat son plein depuis la fin de la guerre froide et où la Corée du nord joue au « délégué trublion ». On voit bien que les Etats-Unis veulent toujours garder la main dans cet azimut. Le Vietnam a retrouvé son unité, grâce au Bloc Socialiste avant la fin de guerre froide, l’Allemagne a retrouvé l’unité à la chute du Mur mais pas la Chine et la Corée, ces deux pays voient le Japon comme un des responsables de leur division. La Russie qui est victime de la fin de la guerre froide, est réduite à la portion congrue de son immense territoire transcontinental. Il y a mauvaise humeur partout.

Si dans de telles circonstances, Donald Trump qui est, soit dit en passant, un stratège aliboron, veut jouer les gros bras dans cette région, alors que tous les pays sous pression se sont armés tant soit peu, oubliant qu’hier n’est pas aujourd’hui, il risque de se fourrer le doigt dans l’œil jusqu’au coude.

Quelques facteurs permettent de soutenir cette thèse : en cas de déflagration, il n’est pas certain que tous les pays de l’OTAN le suivent comme un seul caniche, il n’est pas encore certain que la Russie et la Chine restent les bras croisés. Si Trump frappe la Corée du nord, ce serait un autre conflit qu’on n’ose pas qualifier pour le moment.

Déjà, tous les ingrédients sont réunis. La Russie à croupetons serait à un doigt d’écraser l’Ukraine pour avoir ses arrières tranquilles, la Pologne aurait des soucis ; la Chine sur le pont ne se retiendrait pas par quatre pour ne pas bondir sur Taïwan à cause des agitations à Hong-Kong, le Vietnam également aurait des soucis ; la Corée du nord n’attendrait que ça et ne pourrait plus se retenir de faire ce qu’elle a envie de faire depuis toujours, c’est-à-dire en finir une fois pour toutes avec la Corée du Sud.

 Donald Trump sait qu’il ne fera pas le clown, parce que si tous ces fronts s’ouvraient instantanément, il ne pourrait pas faire face et tous les comptes et contentieux seraient soldés pour un nouvel ordre mondial, une nouvelle monnaie-refuge, une nouvelle ONU…

Un vrai scénario de film d’anticipation à réaliser.

Cela, la Corée du nord et tous ses alliés le savent et l’attendent. Toutes les condamnations diplomatiques de la Corée du nord par la Chine et la Russie aux Nations-Unies ne sont que diplomatiques.

Trump a dépêché une armada pour faire du vent en Mer de Chine. Kim Jong Un, en vrai trublion, a fait comme la chèvre de monsieur Séguin. Cette chèvre n’est pas comme l’agneau de La Fontaine qui se laissa emporter par le loup. Elle avait donné des coups de cornes et de pattes toute la nuit à toute une meute de loups qui l’assiégeaient jusqu’au matin. Outrepasser l’ultimatum jusqu’à lancer un missile le jour de l’indépendance des Etats-Unis et que cela reste de glace n’est pas donné à n’importe qui, Donald Trump, même exaspéré jusqu’au délire le sait et se retient par… six. La folie du 21ème siècle serait de frapper la Corée du nord.

A bon chat bon rat, dit le proverbe.

Moïse Sidibé