G-5 Sahel : que cache sa logique de va-t-en-guerre sans « le nerf de la guerre » ?

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Comme s’ils se sont donné la consigne, les dirigeants africains actuels adoptent presque à l’unanimité une attitude déplacée de suffisance et d’indépendance dans le besoin qui fait baisser la tête et tomber les bras.

Les Africains ont vu à suffisance dans l’amertume que sans l’aide et l’intervention de la France et de l’ONU, les foyers de tension au Mali et en Centrafrique eussent entraîné tout le continent dans une mêlée de guerre civile générale. Parler de génocide dans ces cas, serait peu dire. Mais sans tirer les leçons, nos dirigeants continuent de confondre vitesse et précipitation et placer les bœufs devant la charrue. Il faut dire que la charrue n’a jamais tiré les bœufs.

Ainsi, l’UA n’a pas encore atteint son objectif de réunir la totalité des cotisations pour le fonctionnement des institutions et on doute que cela soit réel et effectif avant une ou plusieurs années supplémentaires, l’on a trouvé le moyen de parler trop vite avec emphase que l’aide de l’extérieur est une humiliation. Alors que depuis les indépendances, l’OUA et l’UA  n’ont jamais fonctionné à plein rendement sur financement et fonds propres comme d’ailleurs la quasi-totalité des Etats qui, sans aides au développement et budgétaires tous azimuts, seraient incapables de tenir débout, à fortiori prélever les 0,2% prévus sur les importations hors d’Afrique.

Mais concernant les nouvelles taxes, les ACP (Afrique-Caraïbes-Pacific) commencent à marmonner dans leurs barbes. On attend avec curiosité et impatience ce que d’autres partenaires commerciaux vont dire si leurs marchandises sont frappées de plus de taxe que conventionnellement et que dire des répercutions logiques sur les consommateurs africains. On pourrait voir que ces 0,2% que demande l’UA à ses membres ne seront autre chose qu’un caprice qui va se transformer en boomerang économique pour la postérité.

Sans voir le fond des choses, le G-5 suit la voie de son maître, mais  comme un bébé prématuré qui vient d’être baptisé, qui tient à peine débout sur ses jambes flageolantes, veut en découdre seul à seul avec Boko Haram et les terroristes qui sont partout au Mali.

Si le G-5 revendique une autonomie et une indépendance totale pour avoir les coudées franches dans cette guerre asymétrique, même sans assez de moyens matériels et financiers, c’est que le ras-le-bol est exaspérant. On dit que sur un minimum de 423 millions d’euros, les cinq membres ne peuvent mettre que 10 millions chacun dans la corbeille, que la France ne veut mettre que 8 millions sur 5 ans et l’UE a promis 50 millions. Dans ce cas, comment les cinq pays du Sahel pourront mettre leurs 0,2% dans la corbeille de l‘UA ?

Mais avec un total de 108 millions théoriquement dans la besace sur les 423 millions nécessaires pour prétendre faire face à Boko Haram et aux terroristes de tous poils qui pullulent entre le Mali et les autres pays, même Don Quichotte n’aurait pas la prétention téméraire de revendiquer une autonomie pour faire peur aux djihadistes.

On a entendu IBK dire doctoralement que son pays n’est pas occupé par une puissance étrangère. Ça n’est pas de la méthode Coué, c’est Coué, lui-même. Certes, les forces qui écument dans son pays ne sont pas une puissance étrangère, mais ce sont elles qui font la loi au nord, en dépit de la présence de la MINUSMA et de Barkhane, en plus des forces maliennes.

Cependant, si le G-5 du Sahel veut seul en découdre vaille que vaille une fois pour toutes avec les terroristes, cela veut dire que l’efficacité des forces d’interposition internationales n’inspirent plus confiance aux membres qui voient les choses traîner en long, en large et en travers. Pour cette raison, ils veulent faire un ratissage contre les barbus sans savoir par où commencer. Les djihadistes étant dispersés en cellules dormantes au Cameroun, au Nigeria, au Niger, au Tchad, au Burkina Faso, en Mauritanie et au Mali. Dans un cas pareil, attaquer aveuglement un front laisse libre cour dans les arrières et les autres flancs.

Emmanuel Macron, bien habitué aux hâbleries creuses de ses partenaires en difficulté, tient à garder les commandes, parce que si jamais les djihadistes mettaient le G-5 en déroute, il serait très difficile de reprendre les parties qu’ils vont investir. On a déjà vu cela au Moyen-Orient, avec Israël.

Mais aussi, si le G-5 est abandonné pour donner l’impression d’une coquille vide, cela renforcerait le moral des autres. La solution n’est pas militaire et les approches politiques actuelles ne rapprochent pas les positions. Toutefois, l’impasse n’est pas irrémédiable. Cherchons encore et rapidement la solution.

Moïse Sidibé