Football guinéen : Les prétentieuses ambitions de la FEGUIFOOT

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Après l’élimination logique du Syli domestique au CHAN du Maroc, les dirigeants du football guinéen ont pris la mouche intempestivement. Ils l’ont même écrasée. Lappé, dans ces conditions, n’est même plus bon professeur de géographie.

 Ça, psychologiquement, c’est une surestimation de soi, un don quichottisme qui a toujours conduit à des déceptions assommantes en Guinée. Plus l’on a fermé les yeux pour surfaire nos petits talents, plus les défaites ont conduit à des morts d’homme et à des dégâts matériels dans la capitale.  A chaque qualification pour une CAN, alors que le Syli National n’a pas le même nombre de professionnels dans des grands clubs comme les autres : « cette fois, c’est pour nous la coupe ».

 Les responsables du foot guinéens sont-ils conscients qu’ils sont à des distances du football marocain et soudanais, tout compte fait consciencieusement ? Les joueurs guinéens avaient fait jeu égal avec ces deux pays, ils ont manqué le coche de justesse par maladresse contre le Soudan, puisqu’un Guinéen s’était présenté seul devant le gardien de but soudanais, s’il n’a pas coré, est-la faute de l’entraîneur ? Le reste, ce sont les responsables qui ont mis la pression et sur Lappé et sur les joueurs au point de leur faire perdre toute assurance. Savent-ils que la pression entraine l’excès de concentration et crée dans la tête du joueur un combat intérieur intense :  La crainte de mal faire et le désir ardent de bien faire. Quand un joueur est animé de ce dilemme, les aboiements du coach ou les cris hostiles du public …on n’est pas à une leçon de Psychopédagogie.

Après avoir pris la décision au pifomètre de limoger Lappé en pleine compétition,  le président Antonio Souaré place la barre haut, très haut : il veut un entraîneur qui a fait des preuves soit dans une CAN, soit dans une coupe du monde et pas un apprentis. On va lui faire un dessin. Antonio aime le football, mais il ne s’y connait que peu en s’entourant de la plupart des gens qui ne servent pas le football mais qui se servent de lui. IL faut dire cependant que quelques-uns ne respirent que football, mais ils sont pas ou peu écoutés.

La vérité coupée en quatre est que la génération des Titi et consorts vient de s’éteindre, il faudrait à la Guinée une ou deux décennies pour en produire une semblable. Au vu du vivier dégarni, il ne faut pas jeter de l’argent par les fenêtres à chercher un entraîneur qui puisse apporter un quelconque résultat dans l’immédiat, cet homme providentiel n’est pas encore né. A la rigueur, la Guinée pourrait coopter des formateurs pour les centres de formation qui existent déjà. Depuis les Papa, Chérif, Petit Sory… la Guinée a été dans la disette pendant 7 CAN, après Bernard Sylla, la Guinée souffre cruellement dans les buts ; depuis les Morlaye Soumah et Mohamed Sylla Ofeï, la défense guinéenne est une passoire. Il faut trouver des pièces de rechange d’abord, avant d’engager un coach de haut niveau.

Le pauvre Lappé, un coach à 15 mille dollars, par rapport aux joueurs professionnels, il n’a aucune autorité. Cela est dans le mental du Guinéen, celui qui toise l’autre en promenant son regard dédaigneux du pied à la tête et de la tête au pied. Et si un entraîneur moins payé a la maladresse de se métamorphoser en maître absolu ou en mendiant : « Qu’est-ce que tu m’as apporté ? »,  il n’aura plus aucune autorité vis-à-vis de ceux qui se donnent des airs arrogants.

Là où les responsables politiques pourraient pécher, c’est en intercédant en leur faveur pour faire sauter une sanction de l’entraîneur payé à 3 sous.

Les jeunes de maintenant jugent et jaugent les autres en fonction  de l’argent ou du talent. Pour eux, si un entraîneur moins nanti n’a pas un passé de footballeur de haut niveau, il a peu de crédit. C’est là qu’il faudrait une solidarité pour exercer  une discipline de fer.

L’impérative des résultats de la FEGUIFOOT pourrait faire l’objet des chantages divers par des joueurs qui feraient le difficile pour se faire prier. Mais encore, limoger Lappé à 15 mille et embaucher un autre à 30, 40 ou 50 mille dollars est une injustice faite aux nationaux. Dans les sociétés et entreprises mixtes ou privées de la place, on entend les syndicats parler de l’inégalité des salaires entre nationaux et expatriés comme un péché et une discrimination raciale. Le cas ne se pose pas aussi à la FEGUIFOOT ?

Mais le pauvre entraîneur guinéen à 15 mille dollars a battu le Cameroun fraichement champion d’Afrique et entrainé par quelqu’un qui a un salaire triple de combien de fois le sien ? Que dire de la victoire du Syii sur les Eléphants ivoiriens entraînés par un autre expatrié qui n’a pas le triple de son salaire ? Alors, bémol !

On pense qu’il faudrait libérer la mouche et laisser Lappé terminer son contrat de qualifier ou non le Syli pour 2019 avant quoi que ce soit. Mais dans les conditions rocambolesques actuelles, aucun coach sérieux ne se bousculerait au portillon de la FEGUIFOOT, sauf peut-être un qui n’a pas peur du ridicule.