Football guinéen: diagnostic général

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Malade et anomalopède de la base au sommet, sans idée, sans initiative, sans projection sur l’avenir et plus exigeant dans l’immédiat que ceux qui ont des raisons plus valables. Il faut savoir que le mauvais maître est le plus prompte à accuser le mauvais élève, le mauvais responsable fait porter le chapeau à ses administrés pour s’absoudre de ses erreurs et péchés. Le bon dirigeant n’est pas celui qui est omniprésent aux commandes. S’il place l’homme qu’il faut à la place qu’il faut et que les consignes précises sont comprises, tout marcherait comme sur des roulettes.

La Guinée n’est plus un pays de football depuis la deuxième République. Sous la première République, quand le Hafia FC trônait au sommet du football africain, il y avait des espaces de jeu dans chaque quartier, il y avait des compétitions au niveau des secteurs, des quartiers, des sections, des fédérations, en plus des compétitions interscolaires dans toutes les disciplines, il y avait des compétitions inter-corporations dans l’armée et dans tous les domaines, sous la deuxième République, surtout depuis les premières élections et l’installation des communes en Guinée, les maires, de connivence avec les chefs de quartier ont commencé à vendre les permanences, qui étaient les lieux de réunion et de retrouvailles de toutes les couches sociales, tout est allé à vau-l’eau.

Ils ont morcelé et bradé tous les terrains de football de leur ressort. Que reste-t-il de tout cela ? Actuellement les jeunes jouent dans la rue. Le stade de l’amitié sino-guinéenne de Nongo terminé depuis des années, n’est pas encore officiellement inauguré qu’il est exploité à des fins de commerce divers. Papa Camara avait été nommé à blanc directeur de ce stade…

Le CHAN du Maroc a donné l’occasion de parler des maladies du football guinéen. Dans sa poule, la Guinée n’était pas la plus nantie, elle n’a les infrastructures du Maroc et du Soudan, loin, loin s’en faut, elle ne s’est pas préparée dans le même temps que ceux-ci, elle a bradé tous ses jeunes talents dans des tournois de détection pour dégarnir son vivier. Elle est obligée de recruter des joueurs des pays voisins pour garnir son championnat et lui donner un semblant d’attrait pour attirer de problématiques sponsors. Le président de la FEGUIFOOT le sait mieux que quiconque. Les jeunes ne pratiquent plus le football de champ par manque d’infrastructure, ils ont peu d’amis qui jouent au haut niveau, beaucoup viennent d’ailleurs, ils préfèrent regarder les championnats européens à la TV. Quand vous connaissez beaucoup de personnes qui jouent, vous êtes curieux de les voir jouer. Tel n’est plus le cas. Isto Kéira et Antonio Souaré ont dû voir que lors des matches entre le 3ème et le 5ème arrondissement, les rencontres entre l’ENAM et la Santé, entre le Hafia et l’ASFAG… les stades étaient archi combles, pourquoi ? Et pourquoi cela ne se voit plus maintenant ? Comment il faut faire pour remédier à cela ? Sans pouvoir résoudre ces énigmes, prétendre organiser une CAN relève de la gageure.

La Guinée a perdu depuis longtemps le statut de « Grande nation de football », malgré tout, elle a vendu la peau de l’ours à Conakry avant d’aller à la chasse au CHAN du Maroc. La hauteur de la prétention est égale à la basse déception. D’abord la Guinée fut cueillie d’entrée de jeu par le Soudan ; contre le Maroc, après une première mi-temps où elle avait fait plus que douter les Marocains, le défenseur en manque de compétition dans les jambes s’emmêla les pinceaux et fit la passe fatale à l’adversaire.

Comme l’histoire bégaie, on se souviendra que la dernière confrontation entre Guinéens et Marocains au Stade du 28 Septembre, aux temps des Salam Sow, Fodé Mansaré, etc… il y avait eu exactement la même action : à moins qu’on ne se trompe, c’est le gardien Kemoko Camara, qui avait donné le ballon à Chamak par excès de fébrilité, l’attaquant marocain alla marquer le but. L’égalisation n’intervint que plus tard et ce match nul avait compté dans la non-qualification de la Guinée à la coupe du monde.

Le signe indien entre Marocains et Guinéens qui planait depuis les éliminatoires de 1969 comptant pour la coupe du monde de Mexico 1970, dernier match du gardien légendaire Morlaye Camara. Ce signe indien ne fut brisé qu’en 2008 à Accra par un coup-franc excentré sur le flanc gauche de Pascal Feindouno en pleine lucarne. Les Guinéens avaient alors crié dort que la coupe sera guinéenne, mais Suley Muntari mettra fin aux ambitions guinéennes par coup de patte des 30 mètres.

Ce qui est intéressant de noter, c’est qu’au CHAN du Maroc, après les deux défaites, les Guinéens ont trouvé des ressources de danser et de faire la fête des grandes galéjades à répétition. Tenez bien, quand en 2006, battus par les Sénégalais, une rumeur avait fait accroire que les Guinéens ont gagné sur tapis vert, la clameur avait pris toute la capitale qui s’est mise à la fête et à danser sur des bidons. Au Maroc, c’est un joueur soudanais qui ne serait pas qualifié contre la Guinée qui était en cause, l’on s’est mis encore à chanter et à danser. A la grande surprise, on a vu Antonio Souaré, la gorge nouée, dire qu’il prend acte de l’invalidation de la réserve et qu’il s’en remet à la décision de la CAF. Seulement, on se demande jusqu’où ira la faiblesse de la FEGUIFOOT, puisque lors des jeux de la Francophonie d’Abidjan, il y avait encore un litige entre les Eléphants et le Syli National dans leur poule : On dit qu’à égalité de points, le résultat de la confrontation directe départage, or le Syli avait terrassé les Eléphants… Mais on ne sait comment et pourquoi les Guinéens n’ont pas poussé la revendication à fond : faiblesse incompétence, laxisme, ignorance, béni oui-oui et quoi encore, tout pour s’assembler dans un bouquet commun à la FEGUIFOOT et le ministère des Sports. Le comble est que la presse sportive guinéenne est restée muette comme «les herbes des sentiers » dont parle Ferdinand Oyono dans son livre : Une Vie de Boy.

La FEGUIFOOT et le ministère des sports  connaissent-ils leurs droits ? En tout cas, ils ont mis la pression trop prématurément sur Lappé Bangoura, comme qui veut tuer son chien…

Quant à Lappé, on ne sait quelle mouche l’a piqué pour ne pas sélectionner certains pour d’autres, il a ses raisons. Les rumeurs malsaines courent dans la capitale, mais on croyait qu’il avait une échéance principale, qui est la qualification de la CAN de 2019, au Cameroun. Elle devrait courir toujours, normalement.

Quand on gère le football, on doit mettre ses nerfs, son cœur et son esprit en cryogénisation, avant de décider. A bon entendeur… mais on n’a pas tout dit.