Fermeture de deux unités industrielles à Koba : les raisons, selon le colonel Tiégboro (Interview)

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Le Secrétaire général à la Présidence chargé des Services Spéciaux, de la Lutte contre la drogue et le Crime organisé et son équipe viennent de fermer deux unités industrielles qui opéraient en toute illégalité dans la localité de Koba, à Boffa, au nord de la capitale Conakry. Une opération réussie grâce à l’alerte donnée par le ministre d’Etat, ministre Secrétaire général à la Présidence de la République, par ailleurs, ministre par intérim de l’Agriculture, Naby Youssouf Kiridi Bangoura. Dans la première partie de cette interview exclusive, le colonel Tiégboro relate comment l’opération a été menée, interpelle quant aux nombreux dangers et menaces à la santé publique et appelle à un sursaut patriotique pour préserver la santé des Guinéens. Lisez plutôt !

Guinéenews: vous venez de fermer deux unités industrielles à Koba. Dites-nous pourquoi elles ont été fermées?

Colonel Moussa Tiégboro Camara: nous avons été contactés par le ministre d’Etat, ministre par intérim de l’Agriculture, le grand frère Kiridi Bangoura, ministre d’Etat Secrétaire général de la Présidence de la République, qui nous a confiés cette mission qui consistait à aller vérifier un site relevant de l’Agriculture appelé SUCOBA, aujourd’hui remplacé par SIGUICODA. C’est une société chinoise venue pour des actions purement agricoles notamment la pisciculture. Malheureusement, de 1997 à 2007, cela faisait dix ans de contrat entre la Guinée et la Chine dans le cadre du développement de l’agriculture vivrière. Il n’y a pas eu de résultats. Vous avez vu, à un moment donné, feu le général Lansana Conté a été, lui-même, accusé de produire du riz à Koba et de l’exporter en Guinée Bissau. Dieu faisant bien les choses, Conté se couche et s’en va. Et la Guinée continue, parce que l’administration est une continuité. Alors, ils ont envoyé cette société qui est devenue le relai de Sucoba qui produisait du sucre. Mais Siguicoda, dont il est question présentement, n’a produit aucun effet en 10 ans, en tout cas sur le marché guinéen. Mais comme vous le savez, notre pays a toujours été ainsi. Personne n’a compris pourquoi quelqu’un qui est sous contrat ou qui évolue dans le cadre d’un accord bilatéral entre deux pays frères, ne puisse pas présenter le moindre résultat de sa  production en 10 années d’existence ni  à personne ni à l’Etat guinéen. En tout cas, moi je n’ai rien vu sur le marché. A un moment donné, le général Lansana Conté a été accusé…

Guinéenews : à quand remonte la fin du contrat ?

Colonel Moussa Tiégboro Camara: le contrat s’est arrêté en 2007. Mais depuis cette date, Siguicoba est restée. Et ils n’ont pas renouvelé le contrat, c’est-à-dire, l’accord de partenariat par rapport au développement agricole. Le ministre Kiridi Bangoura veut mettre de l’ordre au niveau de l’Agriculture, il nous a demandés à ce que nous vérifiions tout ce qui se passe sur ce site. Pratiquement, nous avons fait une mission sur le site le samedi matin où nous avons effectivement constaté ce que nous appelons «une découverte incidente». Nous avons découvert qu’au lieu de l’agriculture, ils ont transformé le site agricole en une unité industrielle. Et nous y avons trouvé deux unités industrielles d’ailleurs : une usine de fabrication du jus, (mais quel jus ?), et l’autre pour la fabrication d’anti moustique, (mais quel anti moustique ?). Mais je suis au regret de vous dire que tous ces poisons sont fabriqués ici chez nous et transposés sur nos marchés pour être vendus à tous ceux qui passent. Parce que le Guinéen n’achète que ce qui est moins cher. Vous le savez bien, en termes de jus, c’est quand c’est bien sucré que les guinéens prennent.

Guiénenews : quels ont été les contours de votre démarche, mon colonel ?

Colonel Moussa Tiégboro Camara: tout d’abord, nous avons dit d’abord aux responsables de Siguicoda que ce n’est pas de leur faute, c’est plutôt nous. Parce qu’en Guinée, on aime le laisser-aller. Et comme le ministre Kiridi dit qu’il veut mettre de l’ordre, on va l’accompagner. Parce que lutter pour l’autosuffisance alimentaire sous-entend beaucoup de choses et implique un encouragement de production locale et de la consommation locale. Et c’est cela la vision agricole du président de la République, le Professeur Alpha Condé. Ensuite, on a appelé le représentant de Siguicoda pour qu’il nous explique pourquoi de l’agriculture, ils ont viré vers les unités industrielles. Le sieur n’avait aucun mot à dire, sinon que de demander de le pardonner et arguant qu’ils ont fait cela pour ne pas rester sans rien entreprendre. Mais la terre est là. Elle est fertile, avec des milliers d’hectares de plaines cultivables. Nous leur avons demandé s’ils n’avaient pas autre choix sinon que de virer vers les unités industrielles…

Guinéenews : mais qui sont réellement derrière ces unités industrielles fermées ?

Colonel Moussa Tiégboro Camara: ce sont des gens qui étaient à Sanoya et qui ont été expulsés parce qu’ils ne faisaient pas du sérieux. Il n’y a pas eu de suivi malheureusement. Sinon, quand tu chasses quelqu’un d’un point A, il faut s’assurer qu’il ne s’est pas installé à un point B, ou chercher à savoir ce qu’il fait désormais. Donc, ce sont à ceux-là que Siguicoda a fait appel pour leur donner la place, sans consultation préalable de sa tutelle qu’est le ministère de l’Industrie, sans consulter le ministère du Commerce, en charge de commercialiser les produits. Et aucune structure étatique n’a été associée à cela. Sinon, la première des choses qui permet à une structure d’exister, c’est l’agrément. Mais eux, ils n’ont aucun agrément. La seconde chose qu’on a demandée, c’est RCCM. Mais comment parler de RCCM pour quelqu’un qui n’a même pas l’agrément ? Ensuite, nous leur avons demandé comment ils font leurs productions et une fois finies, qu’est-ce qu’ils en font ? Ils nous ont dit qu’ils ont des clients à qui ils livrent et qui, à leur tour, drainent ces produits sur le marché. Une véritable menace pour la santé publique. Car, que ce soient les jus, que ce soit l’anti moustique, leur fabrication doit obéir à des règles. Il faut un certificat de mise sur le marché qui atteste que le produit n’est pas dangereux pour les consommateurs.

Guinéenews : et qu’en est-il des emballages ?

Colonel Moussa Tiégboro Camara: les cartons sont fabriqués très malheureusement en Chine. Vous avez des montagnes de cartons. Ils ne font que du jus ici. Les différents produits qu’ils mélangent, on ne connait pas la composition. En tout cas, il y a des sacs contenant de la poudre blanchâtre, qui y sont entreposés et qu’ils utilisent en fonction du jus qu’ils veulent fabriquer : ça peut être aromatisé, peut être prétendument du jus d’orange ou du jus d’ananas. Or, il n’y a rien de tout cela dedans. Ce sont de simples produits chimiques qu’ils mélangent. Ils y apposent des étiquettes et les foutent dans des cartons préfabriqués depuis la Chine. C’est ce qu’on vend à nos compatriotes. Et le Guinéen innocent continue d’empoisonner nos enfants avec ces produits douteux. C’est pourquoi tout le monde est malade dans ce pays. Chacun a un problème. Il ne faut pas chercher la cause ailleurs, c’est l’alimentation. Toutes les maladies jadis appelées maladies des patrons se sont transportées aujourd’hui vers le village. Je veux parler du diabète, de la tension artérielle etc. Et la responsabilité nous incombe à tous. Parce que le président de la République ne peut pas tout faire. C’est pourquoi il crée des ministères et y nomme des gens à leur tête pour que chacun prenne sa responsabilité dans le secteur qui lui est confié. Alors, si c’est lui qui doit résoudre les problèmes du marché et s’atteler aux autres problèmes internes et externes, je me demande comment il peut gérer tout cela. Je suis désolé.

A suivre.

Entretien réalisé par Mady Bangoura pour Guinéenews