Face-à-face Macron-Poutine : comment combler le fossé élargi ?

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Russian President Vladimir Putin (R) is welcomed by French President Emmanuel Macron (L) as they shake hands at the Versailles Palace, near Paris, on May 29, 2017, ahead of their meeting. French President Emmanuel Macron hosts Russian counterpart Vladimir Putin in their first meeting since he came to office with differences on Ukraine and Syria clearly visible. / AFP PHOTO / GEOFFROY VAN DER HASSELT FRANCE-RUSSIA-DIPLOMACY

Le scénario et le casting dans leur ensemble n’étaient pas appropriés et ajustés aux baptêmes de l’air et du feu d’Emmanuel Macron. On verra cela devant. Tout d’abord, il faut dire que le protocole de cette visite de Vladimir Poutine a été concocté dans un méli-mélo pour ne pas donner des résultats satisfaisants.

 Si la visité avait débuté par la galerie et les fresques historiques relatant les relations ancestrales entre les deux pays, cela aurait probablement  prédisposé les deux protagonistes à moins d’oppositions frontales, mais ces oppositions frontales et publiques sont-elles sans fard ou ce ne sont que des scénarios diplomatiques ?

Dans le cas d’une opposition sans fard, il faudrait craindre fort que Poutine remonte les brettelles à Macron lors du mach retour, comme il avait fait avec Nicolas Sarkozy en 2011, un autre hyper-président, comme il y en a tant en France. François Hollande avait été carrément mis à la touche dans la résolution de la crise syrienne. Qu’en serait-il de Emmanuel Macron, qui montre plus de prétention que les précédents qui ont fait chou blanc ?

La question n’est pas fortuite, puisque voilà en moins de temps qu’il n’en faut à Emmanuel Macron de jouer au vieil habitué dès son premier G7. On l’a vu bloquer le peloton de marcheurs conduit par Angela Merkel de façon éclectique, forcer la familiarité avec un Trump pas de très bonne humeur. Dans la psychologue de Donald Trump, préparé aux éventualités, les divergences étant nombreuses, il sait que la chaleur des relations avec les 6 autres manquerait, un peu de frime de Macron ne lui ferait pas de mal. L’occasion était donc idéale pour le président français de parler au président américain comme aucun de ses pairs n’a osé.

Obnubilé par cette audace, Macron se présente dans les mêmes dispositions, voire un peu plus intrépides, devant Vladimir Poutine dans l’acrimonie d’avoir été isolé de ce G7 et caparaçonné et endurci dans les sanctions, mais les sanctions font du mal à tout le monde, et comme au poker, chacun fait son jeu d’esbroufe et de hâblerie, c’est à qui tiendrait le plus ; en plus, sa venue à Versailles avait été annulée au temps de François Hollande. Emmanuel Macron a eu l’idée de l’inviter à venir en France, il ne fallait pas montrer les griffes.

Poutine et Trump étaient dans les situations à eu près différemment identiques, et Macron semble être le seul interlocuteur du moment à pouvoir débloquer certaines choses. Il ne s’en était pas privé.

 Seulement, le président français est allé au-delà de la ligne rouge, il a même tracé deux autres lignes rouges et parle de représailles françaises, en cas d’utilisation des armes chimiques, par qui que ce soit, il ne fait aucune exception, une martingale superflue. Depuis que Trump a balancé une soixantaine de Tomahawks sur la petite base militaire désertée de Syrie, pour donner une fessée d’avertissement à Bachar, les armes chimiques ont dû se cacher pour longtemps. La presse russe n’a pas fini de brocarder sur les soi-disant représailles françaises.

Ensuite, Emmanuel Macron a parlé des problèmes sensibles, que d’autres ont fait sans succès, sinon qu’élargir davantage le fossé avec la Russie : Droit de l’homme, homosexualité et les accords de Minsk sur l’Ukraine sont autant de questions qui fâchent et qui sont insolubles. Emmanuel Macron a-t-il été suffisamment briefé sur ces différences de cultures inconciliables qui séparent et qui opposent l’Orient et l’Occident, allez savoir. En tout cas, cette question d’homosexualité est tabou aussi en Afrique. Obama en sait quelque chose.

Donc, en tant qu’hôte de la cérémonie, il a dirigé avec domination et autorité la conférence de presse, fustigeant, à juste titre, le rôle des médias russes contre lui pendant la campagne présidentielle. Poutine était réduit à sa plus simple expression et ne semblait plus respirer.

Evidemment, après les attaques supposées ou réelles du site du parti démocrate lors de l’élection présidentielle aux Etats-Unis, voilà encore une autre indexation de taille, Poutine était dans des petits souliers. Là, Macron a été conséquent, mais voulant mettre fin et couper court à la conférence de presse, il a été stoppé par Poutine pour faire prolongation et donner le micro à un journaliste, dont la question n’avait pas été répondue par Macron au sujet des sanctions à propos de l’Ukraine. A-t-il été désappointé et perturbé par cette contradiction, on n’en saura rien/ C’était l’unique fois où Poutine est vraiment sortir de sa torpeur, causée par une piqure à forte dose anesthésiante de Macron.

Un jeu à sec en faveur d’Emmanuel Macron, Poutine était sur la défensive. Le match retour va être digne d’intérêt. Poutine l’a dit de façon directe : les sanctions économiques ne seront pas pour arranger les choses. La couleur est annoncée. Sur la question ukrainienne, le fossé semble s’élargir un peu plus. Plus les Russes sont dos au mur, économiquement, plus ils se lovent en défensive, et ils n’aiment pas ça. S’ils savent que les sanctions vont persister et perdurer, le prochain déplacement de Macron chez Poutine sera pour rien. On pressent déjà le score du match retour : loyrd de conséquences, mais on peut se tromper.

 Comment le combler le vide ? D’ici-là, les choses se seraient décantées pour faire connaître la réalité de la politique sibylline de Donald Trump qui fait marcher tout le monde sur des œufs.

Moïse Sidibé