Exclusif – « Pays de merde » : Le gouvernement réagit aux propos de Trump (entretien avec Damantang)

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« Les propos de Trump sont choquants. Nous avons noté qu’il les a niés. De toute manière, la Guinée s’est toujours inscrite dans une solidarité continentale, l’Union africaine a réagi à ces propos et nous, c’est largement suffisant…»

A l’occasion de la nouvelle année, votre quotidien en ligne Guinéenews© a rencontré le ministre de l’Enseignement Technique, de la Formation Professionnelle, de l’Emploi et du Travail. Dans cet entretien exclusif, le ministre Damantang Albert Camara revient sur le bilan de son département pour l’année 2017. Bien d’autres sujets d’actualité comme la crise qui secoue le système éducatif particulièrement le cas du syndicaliste frondeur Aboubacar Soumah, les récents propos controversés du président Américain Donald Trump à l’endroit des pays africains, de Haïti, de Salvador qu’il a qualifiés de ‘’Pays de merde’’ ; la réserve de l’Ambassade de France sur les documents établis par les services de l’état civil guinéen… ont dominé cette entrevue à bâtons rompus avec le ministre Porte-parole du gouvernement. Lisez !

Guinéenews© : Dites-nous ce qu’on peut retenir en termes de bilan des activités de votre département au cours de l’année 2017 qui vient de s’achever?

Damantang Albert Camara : A l’instar de l’ensemble du gouvernement, nous avons essayé au sein de notre département de respecter la lettre de mission qui nous a été assignée. Elle se déclinait en plusieurs objectifs. De manière ramassée, le premier et le plus important, c’était d’améliorer l’accès et l’équité aux formations techniques et professionnelles. Pour cela, nous avons d’abord donné une grande campagne de communication pour vulgariser l’enseignement et nous avons obtenu un résultat positif. Puisque nous avons multiplié le nombre de demandeurs d’entrée dans les écoles professionnelles par deux. Depuis la mise en œuvre de  cette mesure, on est passé de 9000 à 18 000 candidats à l’entrée en 2017. Nous avons recruté de nouveaux enseignants et nous avons commencé à augmenter les capacités d’accueil de l’ensemble du système puisque la construction de deux écoles à Kérouané et à Kouroussa a été effective. Nous avons lancé aussi les travaux de construction des écoles régionales des arts et métiers de Coyah et de Dabola. Nous avons également en termes d’infrastructures construit la Maison de l’emploi et des compétences de Kankan et nous l’avons équipée.

En plus de cet objectif, il fallait diversifier l’ordre des formations professionnelles et pour cela, il fallait se rapprocher du marché du travail. Grâce à l’organisation Internationale de la Francophonie, nous avons pu élaborer un document cadre de développement de l’apprentissage et de l’artisanat.  Vous savez que le secteur informel en Guinée est le secteur le plus important. Il emploie pratiquement 85 à 90% de la population. Développer donc une nouvelle manière d’apprendre dans ce secteur là en lien avec l’artisanat, ça été un défi que nous avons relevé et que nous sommes là à défendre aujourd’hui pour qu’il y ait des financements.

Nous avons également mené une grande campagne d’information, toujours dans le cadre de l’apprentissage. Et une fois que cela est fait, il faut veiller à ce que, lorsque vous allez accueillir de nouveaux enseignants, l’environnement dans lequel ils évoluent soit favorable à leur épanouissement. Afin de leur permettre d’accueillir les meilleures formations possibles.

C’est pourquoi, le troisième point de notre lettre de mission était d’améliorer la gouvernance des établissements. Nous avons mis à la disposition des établissements de nouveaux manuels de procédure. Nous avons ouvert des comptes bancaires pour les écoles et cela est une première. Et chaque école a un chéquier de la Banque centrale de manière à les rendre plus responsables dans la gestion des ressources qui sont les leurs. Ils ont été également dotés d’une flotte téléphonique pour chacune des directions de chaque école.

Au niveau du travail, l’élément principal, c’est la création du nouveau conseil national du dialogue social qui permettra d’éviter les crises à répétition, nous espérons que cette année il va rentrer en marche. En tout cas le décret a été pris. Nous avons rattrapé notre retard en matière de fourniture de rapport en envoyant 19 conventions au BIT. Il y a les négociations de plateforme des travailleurs et la résolution avec plus ou moins de succès d’un certain nombre de revendications. Voilà à peu près ce que nous avons pu faire cette année et que nous comptons poursuivre l’année qui arrive.

Guinéenews© : Quel est votre projet phare que vous n’avez pas pu réaliser en 2017 ?

Damantang Albert Camara : Normalement, on aurait dû terminer la construction des 4 écoles régionales des arts et métiers en fin 2017. Malheureusement, l’ensemble du projet avait connu un retard à cause d’Ebola, et le calendrier a été décalé. Nous aimerions terminer ces écoles courant 2018 pour encore une plus grande capacité d’accueil des apprenants guinéens.

Guinéenews© : Parlons à présent de la crise qui agite le système éducatif depuis décembre 2017.  Celui qui est considéré comme étant le principal meneur cette situation, vient d’être exclu du SLECG. En dépit de cette exclusion, il menace de lancer une nouvelle grève au mois de février prochain. Est-ce qu’à votre avis, cette fracture au sein du syndicat n’est pas préjudiciable au dialogue instauré entre le gouvernement et le mouvement syndical ?

Damantang Albert Camara : C’est une affaire qui est interne au Syndicat Libre des Enseignants et Chercheurs de Guinée (SLECG). Le moindre petit commentaire ou la moindre petite implication du gouvernement risque d’être épinglé par les instances internationales pour immixtion dans les affaires syndicales. Donc, nous nous tenons à une distance raisonnable de ce qui se passe à l’intérieur du SLECG et de l’USTG. Bien entendu, nous sommes attentifs à ce qui s’y passe parce qu’à partir de l’un instant où ce monsieur ne fait plus partie de sa centrale syndicale, ça rend encore plus illégitime les actes qu’il pose en matière de revendication syndicale. Donc, nous espérons qu’il en va prendre acte, en tout cas nous nous le ferons.

Guinéenews© : Le coordinateur de la Cellule de Communication du Gouvernement a démissionné, qu’est-ce qui s’est passé pour qu’on en arrive à cette situation ?

Damantang Albert Camara : Je crois que c’est à lui qu’il faut demander peut être. Mais, je pense que l’aspiration de chacun d’entre nous est d’évoluer et d’avoir un minimum d’ambitions et de projection professionnelle. Pour le moment, cette démission est retardée puisque comme nous avons perdu un membre, Souleymane a accepté de bien vouloir continuer en attendant qu’on restructure cette cellule. Cela dit, je pense que ça relève d’abord de sa décision personnelle et c’est lui qui est capable de répondre à cette question.

Guinéenews© : Récemment l’Ambassade de France en Guinée a émis de sérieuses réserves sur l’authenticité de certains documents établis par les services de l’état civil guinéen, en l’occurrence les extraits de naissance et de mariage… Comment le gouvernement réagit face à cette attitude ?

Damantang Albert Camara : Je ne sais pas si ça été dit de cette manière là. Mais, ce  qui est sûr, il y a effectivement de gros efforts qui doivent être faits pour rendre plus crédible un ensemble de documents administratifs dont certains de nos compatriotes peuvent avoir besoin lorsqu’ils se rendent à l’étranger. Et de toute manière, même en interne, il faut qu’on soit sûr que désormais les états civils et l’ensemble des documents liés à la personne sont authentiques, véridiques et fiables. C’est pour cela, depuis les derniers Conseils des ministres, les ministres en charge de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, celui de la Sécurité sont en train de travailler ensemble avec un certain nombre de partenaire pour sécuriser toute la chaîne d’authentification des documents administratifs dont les extraits de naissance. Ceci devrait pouvoir mettre fin à la suspicion qui pèse sur un certains nombres de documents guinéens.

Guinéenews© : Comment le gouvernement a-t-il accueilli les propos de Donald Trump qualifiant certains pays notamment africains, de ‘’pays de merde’’ ?

Damantang Albert Camara : Ils sont choquants. Nous avons noté qu’il les a niés. De toute manière, la Guinée s’est toujours inscrite dans une solidarité continentale, l’Union africaine a réagi à ces propos et nous, c’est largement suffisant.

Guinéenews© : Vous étiez à l’intérieur du pays, quel est votre constat ? Qu’est-ce qui vous rend fier et qu’est ce qui vous a marqué négativement ?

Damantang Albert Camara : Je suis très fier de ce que j’ai vu à Kankan. Dans un laps de temps, cette ville a été complètement transformée ainsi que d’autres villes de la même région dans le domaine des infrastructures. C’est encourageant. Cela veut dire avec la volonté politique, l’engagement, on peut arriver à changer des choses et obtenir des réalisations fondamentales. Ce qui est réussi à Kankan est en train d’être réussi dans le domaine national et je pense que c’est encourageant.

Ce qui est moins encourageant, c’est effectivement l’état de nos routes, notamment entre Conakry et Kankan. Mais Dieu merci, cela nous a permis d’apprécier encore plus les financements qui ont été obtenus et qui vont permettre de rénover ces axes routiers. Nous espérons,  une fois pour toute, pour qu’on ait enfin une autoroute digne de nom.

Entretien réalisé par Nassiou Sow pour Guinéenews©