Exclusif – Guinée : Magouille et corruption de la police dans la confection de la carte d’identité à N’zérékoré (Enquête)

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Magouilles, corruptions, manquements à la déontologie et à l’éthique, les mots ne sont pas assez forts pour décrire les conditions dans lesquelles les citoyens se procure de la carte d’identité nationale au commissariat central de police de N’zérékoré. Quelques minutes suffisent pour un demandeur de rentrer en possession de ce document s’il accepte de faire le jeu des agents. Votre quotidien Guineenews© a dépêché une équipe de reportage de Conakry à N’zérékoré pour enquêter sur le phénomène.

En effet, la délivrance des cartes d’identité nationales qui a démarré en avril 2016 après une longue période de suspension, est devenue de nos jours un moyen pour certains agents ‘’véreux’’ de se faire des sous quitte à hypothéquer la sécurité  intérieure du pays.

Selon un communiqué du ministère en charge de la Sécurité, pour obtenir la carte d’identité nationale, le demandeur doit se rendre dans un commissariat de police de sa localité, muni d’un extrait d’acte de naissance, de quatre photos d’identité récentes, d’un certificat de résidence et d’un certificat de nationalité uniquement en cas de doute sur la nationalité du requérant. Et le tout pour un coût total de 15 000 francs guinéens.

Mais au commissariat central de N’zérékoré, aucune de ces mesures n’est respectée. La pièce d’identité nationale coûte 50 000 francs guinéens et le demandeur n’est pas obligé de fournir les documents cités plus haut. Il suffit de vous acquitter de la « caution » et les agents se chargent du reste.

Au cours de notre enquête, nous avons rencontré plusieurs personnes qui nous ont révélé avoir obtenu leurs cartes d’identité sans fournir le moindre papier.

Et pour vérifier ces informations et attirer ainsi l’attention des autorités sur cette pratique honteuse et dangereuse pour la sécurité du pays, une équipe de la Rédaction régionale de Guinéenews s’est rendue dans les locaux dudit commissariat.

Il est 10 heures, ce jeudi 10 août 2017, notre équipe arrive dans la cour du commissariat de police. A la rentrée principale, nous sommes appelés par un agent en ces termes :

-Vous êtes venus pour la carte ?

-Oui, avons-nous répondu. Et à l’agent de nous conduire dans un hangar où se fait la photo.

Pour mieux comprendre les dessous de l’opération, nous avons décidé de donner le nom ‘’PATRICE MANSARE’’ à l’un d’entre nous qui se fera passer pour un demandeur de carte d’identité mais qui ne dispose d’aucun papier à fournir.

A la question de savoir combien coûterait la carte, notre interlocuteur répond : « Comme vous n’avez aucun document avec vous, vous êtes obligés de prendre la photo à 15 000 et après vous donnez 35 000 comme frais de démarche. Ce qui fait en tout 50 000GNF ». Le jeu est fait. Nous tenterons en vain de  l’amener à diminuer ce montant à 40 ou 45 mille francs guinéens.

«Donnez les 50 000 mon frère. Moi, je veux vous aider c’est pourquoi j’ai parlé de 50 000 sinon si c’était un autre, vous aurez payé plus. Donnez l’argent pour que vous puissiez avoir la carte avant 14 heures (heures d’arrêt des activités, NDLR).» Ce qui fut fait.

Et quelques minutes après, l’agent revient et nous demande d’aller chercher l’extrait d’acte de naissance à la mairie. Là-bas aussi, nous nous retrouvons dans un autre réseau. Avec 5 000 francs et à moins de 15 minutes, ‘’Patrice Mansaré’’ obtient son extrait d’acte de naissance avec une fausse identité.

De retour au commissariat, Patrice sera soumis à certaines formalités notamment la prise de l’empreinte. Se suivra alors, une période d’attente. « Patientez dans un instant, vous aurez votre carte. On envoie les cartes à la signature », tente de rassurer notre agent intermédiaire.

Soudain, arrive l’heure d’appel. Les demandeurs se mettent alors en rang devant le bureau du commissaire central adjoint et les gens rentrent un à un pour récupérer leurs cartes.

Au bout d’un instant, Patrice est appelé et il ressort aussitôt avec sa carte d’identité nationale.  Avec cette fausse identité, il peut circuler librement partout dans le pays.

Comme Patrice, plusieurs personnes ont obtenu leurs cartes de cette façon irrégulière.  Et ce n’est pas tout. Même si vous avez tous les papiers entre les mains, pour récupérer votre carte le même jour, vous êtes obligé de payer plus que le montant officiel de 15 000 GNF.

Interpelés sur le sujet, les responsables du commissariat central ont rejeté en bloc ce qu’ils qualifient de fausses accusations. « Tous les documents passent par moi et je prends mon temps pour vérifier si tout est correcte. La carte c’est faite à 15 000GNF et le travail se fait correctement », dira le commissaire central adjoint.

A N’Zérékoré, les agents du commissariat collaborent avec non seulement avec certains chefs de quartier qui leur livrent des certificats de résidence sans vérifier si la personne est réellement de leurs quartiers, mais aussi avec la commune pour l’obtention des extraits de naissance.

Une situation qui relance encore la problématique des conditions d’obtention des documents officiels en Guinée et surtout en ce moment où tous les pays du monde sont sous la menace terroriste.