Entretien à bâtons rompus avec Mamadou Beau Keita, l’ambassadeur de la Guinée au Sénégal

12 septembre 2017 9:09:23
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«Depuis que je suis là, on n’a jamais enregistré un cas d’hostilité entre un Guinéen et l’autorité sénégalaise » 

A la faveur de son récent séjour à Dakar, la capitale sénégalaise, la reporter de Guineenews a mis l’occasion à profit pour rencontrer l’Ambassadeur Mamadou Beau Keita. Dans cet entretien exclusif, il revient sur la gestion de la représentation diplomatique guinéenne à Dakar depuis sa prise de fonction, les reformes effectuées, les relations entre l’ambassade et l’Etat du Sénégal d’une part et la communauté guinéenne, de l’autre. Lisez.

Guinéenews : décrivez-nous un peu comment vous avez trouvé l’ambassade lorsque vous preniez fonction ?

Mamadou Beau Keita: je suis à ce poste depuis 2013. J’ai remplacé El hadj Madifing Diané, contrôleur de police qui a été nommé ministre à ce temps. A mon arrivée, j’ai trouvé une situation ordinaire. C’est vrai que les Guinéens étant en nombre dans ces quatre pays qui sont sous ma coupe, à savoir le Sénégal, la Gambie, le Cap-Vert et la Mauritanie, il y a des difficultés de séjour, de rentrer et de sortir, de circuler en un mot notamment quand il y a eu l’épidémie à virus Ebola en Guinée. Même avec le Sénégal, on a eu la frontière fermée. Ce qui nous a causé beaucoup de problèmes. A l’ambassade, les ressortissants résidants au Sénégal et nos compatriotes qui font le commerce entre la Guinée et le Sénégal avaient du mal à y rentrer. On leur refusait l’accès parce qu’ils étaient juste Guinéens même quand ils ne venaient pas de la Guinée parce que l’épidémie sévissait en Guinée, leur pays d’origine. En tant qu’autorité, j’ai été plusieurs fois au ministère des Affaires étrangères parce qu’on bloquait des Guinéens et non des personnes suspectes atteintes  d’Ebola. Et c’est tous les Guinéens de toutes les provenances et par toutes les voies qui convergeaient vers Dakar.  Administrativement, quand je suis venu, j’ai trouvé tout ce qu’on a coutume de trouver dans l’Administration guinéenne. Tout était normal, si on peut l’appeler ainsi. Le personnel était là, les fournitures de bureau même si ce n’était pas en quantité suffisante. Tout était normal à mon arrivée.

 Guinéenews : qu’est-ce qui a changé depuis que vous êtes là ?

 Mamadou Beau Kéita : quand je suis arrivé, j’ai fonctionné avec la ligne dictée par mon prédécesseur. C’est-à-dire dans le sens d’approcher les Guinéens, leur venir en aide quand c’est nécessaire. Et d’approcher l’Administration du Sénégal à travers le ministère des Affaires étrangères. A cela s’ajoute l’informatisation du système de l’ambassade, à travers la confection des cartes consulaires, le nombre de Guinéens résidant au Sénégal et les autres pays qui sont sous ma coupe.  En plus, comme vous l’avez constaté, nous avons changé de local. En 2013 nous étions au Point E. Mais le bâtiment que nous occupions n’était pas approprié pour abriter une ambassade. La chancellerie était abusivement accessible. Les gens venaient de toute part et à tout moment, bien que les travailleurs ne faisaient pas leurs tâches aussi correctement que maintenant. Ce qui fait que nous avons plus de tranquillité à travailler ici dans ce nouveau local qu’à l’ancienne chancellerie, sans compter la propreté  et l’espace. Il y a eu beaucoup d’améliorations, par exemple avec la confection des cartes consulaires. Car, on a corrigé toutes les malversations qui tournaient autour de cela. L’octroi du visa a été aussi revu de même que l’immatriculation diplomatique des véhicules.

Guinéenews : quel rapport entretenez-vous avec les ressortissants guinéens vivant dans les quatre pays de votre zone juridictionnelle ?

 Mamadou Beau Kéita : nous avons de  bonnes relations. Il y a des coordinations régionales au nombre de quatre comme en Guinée. Ce sont les coordinations de la Basse Côte, de la Moyenne Guinée, de la Haute Guinée et de la Guinée forestière. Je suis en relation étroite avec ces coordinations pour être mis au courant des difficultés dont souffrent les Guinéens, soit pour des décès, des graves maladies ou des conflits avec les autorités sénégalaises. Quand un problème du genre se pose nous intervenons dans la limite de nos possibilités. Mais depuis que je suis là, on n’a jamais enregistré un cas d’hostilité entre un Guinéen et l’autorité sénégalaise jusqu’à ce qu’on arrive à un rapatriement. Je doute même qu’un rapatriement soit possible dans le cadre de la convention de la CEDEAO relative à la bonne circulation des personnes, des biens et des services.

Guinéenews : les Guinéens vivant ici rencontrent-ils des difficultés ? Si oui, lesquelles ?

 Mamadou Beau Keita : les difficultés sont liées, pour la plupart, à l’absence de détention des cartes consulaires par nos compatriotes. Car au cas où il y a contrôle, ils peuvent en subir les conséquences notamment la prison. On a même récemment enregistré un cas du genre au port. Au Sénégal, l’absence de document d’identification constitue un délit de vagabondage et cela est prévu et puni par la loi. C’est pourquoi nous disons à tous les Guinéens partout où ils sont, de venir chercher les cartes d’identité consulaires.

Guinénenews : comment peut-on avoir sa carte consulaire ?

 Mamadou Beau Keita : la procédure n’est pas compliquée. Il faut juste se munir d’un extrait de naissance ou de la copie d’une carte d’identité nationale, d’un passeport ou même d’un permis de conduire, s’ils en ont. En tout cas un document qui prouverait qu’ils sont des Guinéens. Ceci pour éviter de fournir le document aux étrangers. En plus de cela, le demandeur doit verser une somme de 1500 franc CFA. Pour les étudiants, il y a une réduction. Eux, ils versent 750 francs CFA. Après cela, ils doivent patienter une semaine pour la récupération.

 Guinéenews : Parlez nous des relations entre vous et les autorités sénégalaises ?

 Mamadou Beau Keita : nous avons de très bonnes relations avec les autorités sénégalaises. La preuve, c’est le soutien qu’ils nous ont apporté il y a quelques jours pour ramener en Guinée nos compatriotes rapatriés des pays du Maghreb. Mais vous savez que les difficultés sont inhérentes à la vie. Et la vie au Sénégal est très chère. Car, on doit payer l’électricité, l’eau et le téléphone. Avoir l’argent pour payer ses factures est une difficulté en soi. A part cela, nous n’avons pas de problèmes. Car, si tu n’es pas en porte-à-faux avec la loi, tu peux vivre tranquille au Sénégal.

Guinéenews : alors, aujourd’hui, qu’attendez-vous de l’Etat guinéen ?

 Mamadou Beau Keita : naturellement si nous avons beaucoup plus de moyens que maintenant, nous en serions ravis, eu égard à tout ce que nous avons comme frais.

Guinéenews : quel appel avez-vous à lancer aux Guinéens vivant dans votre juridiction ?

 Mamadou Beau Keita : je remercie les uns et les autres et vous qui avez fait cet entretien. Car, cela permet aux gens d’avoir une idée sur le fonctionnement de l’ambassade. Je demande à tous les Guinéens vivant au Sénégal et aux pays sous ma juridiction de garder un contact étroit avec l’ambassade pour nous informer de leur situation surtout de leurs difficultés. D’ailleurs, l’ambassade n’est pas difficile à retrouver, car nous sommes à Mermoz extension maison 20 à la VDN  en face du siège du parti démocratique sénégalais (PDS). Et je rappelle aussi que le port de carte d’identité consulaire reste une obligation pour éviter des problèmes.

Entretien réalisé par Fatoumata Dalanda Bah, de retour de Dakar pour Guinéenews