Elections communales: le malaise des grands partis traditionnels

0

  En 2001, alors que la question du troisième mandat de Lansana Conté se posait, un référendum fut demandé par les femmes de Kankan en vue de modifier la constitution afin de permettre au général Lansana Conté de se présenter pour un troisième mandat. Comme cela ne suffisait pas, la constitution fut encore tordue un peu plus pour changer le quinquennat en septennat. L’opposition la plus bête du monde n’avait pas trop bronché. Normal, Alpha Condé venait d’être gracié et s’était muré dans un mutisme.

 Moussa Solano avait organisé en 2003 la présidentielle fortement boycottée par les Bâ Mamadou, Siradiou Diallo et Jean-Marie Doré. Il fallait trouver un candidat de paille du nom de Mamadou Bhoye. Quand ce fut le tour des élections communales et communautaires après les élections communales et communautaires, il y a eu changement au ministère de  l’Administration du Territoire et des Affaires Politiques, le MATAP, Moussa Solano ayant cédé la place à Kiridi Bangoura, Lansana Conté avait dit qu’il voulait les cinq communes de Conakry, il les a toutes eues et si on ne se trompe, il avait même gagné à Labé devant Siradiou Diallo…

Les choses ne sont plus ce qu’elles étaient. Le RPG ambitionnait les cinq communes de Conakry, c’est presque échec et mat, puisqu’on dit que Aminata Touré est en tête de liste à Kaloum, ce qui signifie que la dynamique du RPG de gagner les cinq communes de Conakry est déjà cassée. Malick Sankhon a reconnu qu’il y a eu trahison au sein du RPG.  Et si ça a cassé à Kaloum, pas à Dixinn et à Matam, on attend avec appréhension les résultats de Matoto et de Ratoma. Mais pas beaucoup n’espère gagner à Ratoma. Un chef de quartier que les populations ont à l’œil comme le lait sur le feu, a fait transporter des urnes à son domicile et les gens de Ratoma, Kaporo, Lambandj, autochtones comme allogènes, savent tous qu’une fois le vin de palme fraichement récolté entre dans une maison, il ressort infailliblement fardé. Il en est de même des urnes. C’était trop flagrant.

 Sans attendre de midi à quatorze heures, les jeunes ont érigé des barricades pour empêcher la  circulation pour mettre le feu aux poudres sur l’axe Hamdallaye, Bambetto, Coza jusqu’à Kindia, Mamou, Dinguiraye tandis que la tension est à son comble à Matoto et à Matam.

 Bref, si la Mouvance a 3 sur 5 communes à Conakry, elle doit s’estimer heureuse. Quant aux autres circonscriptions de l’intérieur du pays, les échos ne sont pas favorables aux membres du gouvernement en ballotage ou en débandade. Pour certains ministres en campagne, l’occasion de montrer au comité central du RPG et à Sèkhoutouréyah qu’ils ont des assises, est déjà en cause. Et si les communales n’ont pas donné l’occasion de laminer l’opposition, il en faudrait beaucoup plus au RPG de se positionner pour 2020.

Qu’est-ce qui n’a pas marché ?

Aux premières tendances, force est de constater que rares sont les circonscriptions où la Mouvance a réussi à renverser la tendance ou a fait une prise à l’opposition, bien au contraire elle a même perdu à Kaloum, mais elle est parvenue à faire égalité et match nul avec l’UFDG à Fria, c’est un petit exploit, quand on sait que Fria était dans le giron de l’opposition lors de la dernière présidentielle de 2003 et du septennat de Lansana Conté.  Certains disent que pour punir Fria, l’on a laissé l’usine tomber en ruine pour la brader  à Pantchenko. A part cela, aucune tendance n’a donné la Mouvance en progrès. En Haute-Guinée, son fief naturel, elle est malmenée par des candidats indépendants. En Forêt, elle a encore perdu quelques plumes devant des candidats indépendants.

Concernant ces candidats indépendants, que signifie la victoire nette de Aminata Touré, à Kaloum ? Le PDG de Sékou Touré est-il en train de renaître de ses cendres ? Ces questions se posent, puisqu’on pensait que le RPG Arc-en-ciel, comme tous les pouvoirs guinéens, était bien en place à Kaloum.

Qu’est-ce qui a discrédité le RPG?

 Que dire aussi de l’UFR de Sydia, qui croyait Kaloum comme son territoire et qui a perdu même à Boffa ? Il y a eu un peu d’agitation de l’UFDG mais le parti de Cellou Dalein sait que Kaloum lui est encore  éloignée à cause  du malencontreux faux pas de 2010.

Les sorties tapageuses de Bobodi  1er et des mareyeuses n’ont servi à rien. Parce que le poisson, la denrée la plus stratégique à Kaloum, plus que le riz, a disparu ou se fait rare sur marché local et que la cherté de vie est devenue intolérable?

A qui la faute ? Aura-t-on le temps de rectifier le tir  dans cette filière maléfique de la pêche ?

 Enfin, il faut reconnaitre que les Guinéens ne semblent plus vouloir obéir aveuglement aux partis politiques traditionnels au point d’accepter tous les quidams, des inconnus parfaits que l’on a voulu leur imposer, peut-être aussi que les délégations spéciales imposées aux populations depuis l’avènement du RPG ont montré leur limite. Du coup et par ricochet, on doit  se demander sur l’efficacité et sur la maturité des hommes de campagne et sur les têtes de liste que les grands partis ont présentées  et qui n’ont visiblement pas eu l’assentiment des populations auxquelles on ne peut plus imposer quoi que ce soit. Cela avait été dit et redit d’organiser les élections dans leur entièreté, hélas !

 Les Guinéens en ont-ils vraiment marre de la politique  politicienne ? C’est là qu’il faudrait chercher.