Dossier-Guinée-Lélouma : A la découverte de Djinka, ce gisement touristique par excellence, inexploité et méconnu (GR)

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Située à environ 66 kilomètres de la ville de Labé et perchée sur les hauteurs du Fouta-Djallon, Lélouma a une superficie de 2 162Km² sur laquelle vivent environ 163 000 âmes. Cette localité avec son paysage magnifique regorge d’incroyables sites touristiques. Ces dons de Dame Nature sont tantôt artificiels, tantôt naturels. A travers ce reportage choc, la rédaction locale de votre quotidien électronique Guinéenews©, vous fait voyager au cœur de ces  merveilles.

La préfecture de Lélouma est dotée de fabuleux et rares potentiels touristiques   qui auraient pu être sources d’activités génératrices de revenus pour les communautés. Mais fort malheureusement, ces dons comme des trésors dormants, sont inexploités et méconnus du grand public. Parmi ces nombreux sites en jachère, on peut citer, entre autres, les échelles de Djinkan, celles de Singandé, la roche de Tounti et de Djinkan, le mont Wouloun, le pont traditionnel de Kassa, les sites de la rivière Lélou, les chutes d’eau de Tahiti à Diountou ou la montagne de Nila à Korbé…

Djinkan, le village des échelles

Djinkan, c’est le village dont ces échelles portent le nom. Il est situé à environ 6 kilomètres de la commune urbaine. C’est un village bâti sur une plaine et entouré par des montagnes. Ici, tradition et modernité cohabitent. A coté des maisons en dur, donc modernes, on note la présence des cases aux architectures traditionnelles du Fouta. Elles sont construites en terre battue et coiffées de pailles.  A l’intérieur de ces cases, il y fait chaud pendant la saison des pluies et frais pendant la saison sèche.

Revenant sur les échelles, elles se trouvent à mi chemin entre Sanama, un quartier en contrebas et Djinkan. Elles sont le fruit de l’œuvre humaine qui daterait de plus de trois siècles. A vocation essentiellement agropastorale, les premiers habitants de Djinkan se rendaient dans les bas-fonds se trouvant au pied de la grande montagne pour y cultiver. Pour éviter les longs détours, l’un d’eux a eu l’idée géniale de créer ces échelles.

«Ces échelles datent d’environ 350 ans. Les tout premiers habitants de Djinkan, pour éviter les longs détours pour rallier le bas-fond, zone propice à l’élevage et à l’agriculture, ont trouvé ce raccourci. D’où la construction de ces échelles. Un animal aurait été immolé en guise de sacrifice», nous confie un vieillard de Sanama.

Ce sont des bambous et autres bois solidement attachés par des lianes et superposés les uns sur les autres sur une hauteur d’une soixantaine de mètres, verticalement disposés sur une grande muraille de roches.  Et ces échelles servent de passage pour les populations de Sanama vers Djinkan et vice versa. Ces échelles sont composées de deux pièces séparées par une roche. La seconde échelle est aussi moins hospitalière, elle est plus longue et érintant, plus glissante. Parce que trempée d’eau sortie des entrailles de ces gigantesques roches.

Djinkan, un site merveilleux, particulier à découvrir absolument

Rencontré par hasard sur ce site, Samba Diallo de son nom d’empreint ou d’adoption, un volontaire Français en séjour à Lélouma, surpris et émerveillé et témoigne : «c’est un lieu unique. Que ce soit pour la Guinée et même pour le monde entier. En France, on n’a pas un site pareil voire même en Europe. C’est vraiment intéressant à regarder. Ce site fait partie du patrimoine de Lélouma. Avoir des guides, communiquer, montrer aux gens d’ici et d’ailleurs, serait très important pour la localité », conseille-t-il.

Et à une volontaire française d’ajouter: « la Guinée est un très beau pays. Le tourisme n’est pas encore très développé ici. D’une part, cela a des cotés positifs, mais il ne faut pas se le cacher. Le tourisme fait aussi des dégâts. Surtout le tourisme de masses, mais là encore, ce sont des endroits bien conservés. Donc, c’est une chance d’y pouvoir accéder dans ce contexte », a-t-elle conclu.

Une fois la descente vertigineuse des échelles terminée, on se croit sauvé mais l’aventure continue sur un terrain caillouteux et par endroits glissant sur un étroit corridor, sombre et hyper humidifié. Une fois sorti de ce corridor, on se rend compte qu’on est encore au beau milieu de la montagne qui offre une vue panoramique débouchant sur les villages en contrebas.

Les échelles de Singandé, symbole du génie créateur de l’homme et l’unique liaison avec Lélouma-centre

Plus longues, plus effrayantes et plus visibles que celles de Djinkan, les échelles de Singandé aussi sont l’œuvre d’un géni créateur humain originaire d’un village de Djinkan qui aurait donné en mariage l’une de ses filles à un habitant d’un village du district de Kenté, dans la sous-préfecture de Korbé. Pour éviter les longs contours devant mener à cette localité, celui-ci lança la construction de ces échelles de plusieurs dizaines de mètres de hauteurs et composées de trois pièces verticalement posées sur les roches. Sans mesure de sécurité aucune, la moindre erreur, le moindre faux pas ou glissade est fatale. Ces échelles servent aujourd’hui de pont aux populations pour rallier la commune urbaine et réciproquement.

L’histoire des échelles de Djinka

«De mes souvenirs, ces échelles existaient déjà… Je ne sais pas réellement depuis combien de temps, mais lorsqu’on a demandé à nos doyens, ils nous on fait savoir que c’est un certain Salli Gobon de Ghadha Thingui ( Djinkan ) qui serait à l’origine de la construction de ces échelles. Il aurait donné en mariage une de ses filles à un homme qui habitait  le bas-fond », explique Abdoulaye Keita, le président de district de Kenté.

La saison pluvieuse et les menaces pour les échelles

Pourtant ces échelles ne sont pas sans conséquences parfois négatives pour les populations surtout pendant la saison des pluies.

«Nous entretenons régulièrement ces échelles mais en saison des pluies, parfois les attaches, imbibées d’eau, se sectionnent et du coup, nous restons couper de la commune urbaine à moins d’effectuer un contour de plusieurs dizaines de kilomètres », déplore ce président de district.

La roche sculptée de Djinkan

Pas assez connue, cette roche d’une sculpture naturelle ressemble à un homme coiffé à la Gascogne tenant comme un bébé qu’il est en train de serrer contre son épaule gauche. Selon notre enquête, on ne sait pas beaucoup sur cette merveille. Seulement, on sait que tout près de cette roche, venait méditer l’un des plus anciens de Djinkan, à en croire Mamadou Benté Diallo, un habitant du village.

La montagne de Wouloun, l’ange gardien de Lélouma

Située à Poyé, un autre quartier périurbain, cette montagne surplombante donne une vue magnifique sur le village, sur la commune urbaine et sur les villages en contrebas. Là aussi les amoureux des hauteurs seront à l’aise, mais il faudra avoir des bonnes jambes pour l’escalader.

«Il y a des visiteurs qui arrivent parfois, mais le plus souvent ce sont les habitants et surtout les jeunes des localités voisines qui viennent se récréer ici. C’est un endroit super et totalement aéré. C’est encore plus beau en saison des pluies avec la nature verdoyante et buissons se pliaient sous l’effet du vent et l’eau qui coule des roches. Ça donne un spectacle fantastique pour le plaisir des yeux sur une nature beaucoup plus claire sous un ciel dégagé », explique Kindy Poyé Diallo un jeune du village.

La roche épargnée de Tounti, un site paradisiaque mais non-aménagé

Communément appelée «Tounti Maladhè » en langue du terroir et qui signifie la «roche épargnée», elle est située à Ley-Hoolo dans la sous-préfecture de Korbé à environ trois kilomètres de la route Labé-Lélouma via Diountou et Korbé.

Là aussi, c’est un autre exceptionnel cadeau de la nature. Il s’agit d’une gigantesque roche aux variantes formes selon votre angle de vue. Tantôt un parapluie tantôt un gros champignon. De loin, elle a la forme d’un cercle, de près elle a la forme rectangulaire. C’est une grosse roche de plusieurs tonnes suspendue et soutenue par une autre roche aux dimensions très réduites, le tout soigneusement posé sur une élévation de roche.

« Tounti maladhè est une chose exceptionnel. Les mots sont faibles pour la décrire. Il faut la voir pour comprendre et pouvoir admirer son exception. C’est un endroit de récréation. A l’occasion des grandes fêtes, les jeunes viennent ici se distraire. Et comme vous pouvez le constater, une fois sous la roche, on est à l’abri du soleil et de la pluie. Une soixantaine de personnes peut s’y abriter contre la pluie », explique Boubacar Siddy Diallo, habitant de la localité et vice maire de Korbé.

Malgré la spécificité de ce lieu touristique, quelques curieux seulement viennent par moment vers cet endroit qui, s’il est bien aménager, pourrait rapporter beaucoup à la localité.

«C’est un endroit pas assez connu mais les autorités locales sont saisies pour faire la promotion. Parfois quelques touristes viennent, mais sans impact économique, aucun pour notre localité. Si on s’organise et on investit sur ce secteur, c’est sûr que Lélouma sera une destination touristique de la sous-région. Car les sites ne manquent pas ici. Malheureusement, personne n’en parle et c’est vraiment déplorable », conclut le vice maire.

Le pont de Kassa, une passerelle traditionnelle mais admirable

Situé sur la rivière Saala dans la sous-préfecture de Parawol à plus d’une quinzaine de Kilomètres de la commune urbaine, c’est le passage obligé des populations de Pita vers Lélouma et vice-versa pour éviter d’effectuer un long détour via Labé.

C’est un pont d’une trentaine de mètres de long avec une hauteur considérable, soutenu par deux câbles solidement attachés sur des arbres aux deux extrémités de la rivière. Sur ces câbles, sont attachés d’autres ferrailles sur lesquelles sont posées de planches qui servent de marches pour la traversée de la rivière. Les populations de Timbi-Madina l’empruntent et sur même des motos pour rallier Lélouma

De fabuleux potentiels touristiques, mais ignorés : le grand paradoxe guinéen

Interpellé par rapport à cette question de sites touristiques, le secrétaire général chargé des affaires administratives ne passe pas par quatre chemins.

« Le secteur du tourisme à Lélouma, disons, c’est un secteur vivant mais qui souffre de beaucoup de choses. Il souffre de représentation et d’accompagnement. Je veux dire que les sites existent. Des véritables sites qui peuvent rapporter  aux populations riveraines ou même à la Préfecture et commune où ces sites existent, mais hélas !», regrette Mohamed Lamine Diallo, avant de continuer: « Il ya plus de trois ans, nous remontons régulièrement sans nous fatiguer, sans nous décourager en ce qui concerne l’importance du tourisme et si parfois même si des touristes viennent, nous n’avons pas de retombée financière ».

Malgré ces énormes potentialités touristiques à Lélouma, Beaucoup de Guinéens ne s’intéressent pas à ce secteur qui pourtant est prometteur. Ibrahima Diallo qui travaille depuis plus de trois ans pour la promotion et la valorisation de ces patrimoines ne dira pas le contraire

« J’ai réfléchi et je me suis dit que chez nous les potentialités naturelles sont là… On parle des autres préfectures… Pourquoi pas Lélouma qui a des dons de la nature… Ça peut susciter des ressources économiques. On sait que quand les touristes viennent, ils arrivent avec leur argent, ils voient la beauté de la nature, ils nouent des nouvelles relations…ça crée le contact avec le monde extérieur…Notre objectif aujourd’hui, c’est faire de Lélouma la première destination touristique de la sous-région. Mais nous n’avons de soutien et de moyens », se plaint Ibrahima Diallo.

Les problèmes liés au tourisme à Lélouma

A l’image de la Préfecture, l’accès à ces sites est difficile…Ils sont abandonnés à eux mêmes…. Ils ne sont pas aménagés. Les échelles sont réparées chaque année mais ce n’est pas suffisant….  Souvent, pour y accéder, on est obligé de partir à pieds à travers des petits sentiers parfois très distants. A cela s’ajoute le manque d’infrastructures hôtelières. Il n’y a que deux petits hôtels dont l’état reste d’ailleurs à désirer.

Le manque de guide qualifié constitue aussi un grand handicap. Car par fois l’histoire de ces sites est transgressée par des « ont dit » qui n’ont rien à avoir avec la vérité sur leur passé. Ce sont des bénévoles qui jouent aux guides. Et pire encore, aucune représentation du département en charge du tourisme n’évolue à Lélouma. Faut-il rappeler que si rien n’est fait dans le sens de la promotion et de la valorisation de ces sites, c’est un pan du pays et de notre histoire qui reste dans l’oubli…Et toute une région qui perd ainsi des milliers de francs nécessaires à son développement.