Détournement des 13 milliards : Ibrahima Sory Condé, le présumé cerveau, se lâche sans convaincre

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Dans notre enquête précédente, nous avions annoncé qu’un haut cadre du ministère du budget, Ibrahima Sory Condé, condamné par contumace à dix ans de prison ferme en 2013 a finalement repris son poste sans purger sa peine. Il a brisé le silence. Il était l’invité de l’émission « Les Grandes Gueules » de la radio Espace FM, sous la conduite de Lamine Guirassy, PDG du Groupe Hadafo Médias.

Dans sa sortie médiatique, l’homme confirme trois révélations faites par Guinéenews©. D’abord, il est bel et bien à Conakry. Ensuite, il a repris son poste au ministère du budget sans purger sa peine malgré sa condamnation. Enfin, il dit à qui veut l’entendre que « le procès ayant abouti à sa condamnation, c’est du montage. »

Aboubacar Diallo : On apprend, à l’issue de l’enquête de Guinéenews© que vous avez été condamné par contumace à dix ans de prison, mais que vous n’avez pas purgé votre peine. Or, vous réoccupez votre poste d’avant. Qu’en dites- vous ?

Ibrahima Sory Condé : Je vous remercie, Monsieur Diallo, de m’avoir appelé. Ce qui est dommage dans ce pays, il n’y a jamais de vérité dans les affaires. Je sens que mes ennemis ont monté encore une cabale.

Lamine Guirassy : Ah non ! C’est trop facile ça, monsieur Condé.

Ibrahima Sory Condé : Ecoutez Monsieur Guirassy ! Il est facile d’accuser. Dans ce dossier, je ne suis pas le cerveau. Il faut que cela soit clair. Je vous dis aussi que ce dossier concerne des contrats signés par l’État, c’est vérifiable. Les contrats existent. Vous pouvez accéder aux contrats aux marchés publics. Les paiements ont été effectués dans les comptes des entreprises concernées. Quelqu’un qui détourne, va-t-il envoyer dans son compte ou celui des entreprises ? Ce sont des choses élémentaires. Les contrats existent, les travaux ont été exécutés. Les entreprises ont été payées une à deux fois. Donc, comment peut-il y avoir de détournement dans ça ? Il faut vérifier les informations.

Abdoulaye Bah : Ce que nous voudrions savoir, Monsieur Condé, c’est si oui ou non vous avez été condamné par contumace à dix ans de prison ferme ?

Ibrahima Sory Condé : Il y a deux aspects, que cela soit clair. Il n’y a pas eu de détournement. Les entreprises ont reçu leur argent. Un point, un tiret, que cela soit clair.

Abdoulaye Bah : Monsieur Condé, avez- vous été condamné, oui ou non ?

Ibrahima Sory Condé : Deuxième aspect, vous avez dit que j’ai été condamné. Mais quand je suis revenu, je me suis présenté à la justice. Nul ne peut se dérober à la justice. Je me suis présenté. J’ai été reçu par le procureur. D’abord, j’ai fait appel par rapport au jugement. Ils m’ont entendu sur PV (procès verbal). Un jugement a été rendu. La justice s’est rendue compte qu’il s’agit d’un montage. C’est pourquoi, ils m’ont relâché. C’est dommage. L’enquêteur, je le sais, il est à la solde des gens, il est payé.

Lamine Guirassy : Mais non Monsieur Condé. Il pose des questions, vous répondez. Allez-y, Abdoulaye.

Abdoulaye Bah : Loin de moi d’être payé pour vous nuire mais la question que je me pose, est-ce que vous avez bénéficié, au moins, d’une grâce présidentielle ?

Ibrahima Sory Condé : Il n’y a pas de détournement d’abord.

Lamine Guirassy : Monsieur Condé, Monsieur Condé, Monsieur Condé…

Ibrahima Sory Condé : Il y a détournement, quand on dérobe les fonds de sa destination.

Lamine Guirassy : Monsieur Condé, Monsieur Condé, Monsieur Condé…

Ibrahima Sory Condé : Les contrats ont été signés pour envoyer à tel compte. L’argent est allé là-bas. Les gens ont dit ceci ou cela, on vérifie. On trouve que ce n’est pas vrai.

Lamine Guirassy : Ce qu’on va faire…

Ibrahima Sory Condé : Ces gens-là qui s’appellent enquêteurs, qu’ils sachent faire leur enquête.

Lamine Guirassy :  Si vous ne répondez pas à nos questions, ça devient très compliqué.

Ibrahima Sory Condé : Vous êtes des journalistes que je respecte. Mais le minimum…

Lamine Guirassy : Monsieur Condé, monsieur Condé….

Ibrahima Sory Condé : Le minimum voudrait, quand vous avez des informations pareilles de vérifier !

Lamine Guirassy : Bien, on va revenir un instant, parce qu’il ne veut pas nous écouter. Le temps d’une pause. Et on revient.

Moussa Moise Sylla : Monsieur Condé, j’aimerais comprendre si vous aviez été jugé et condamné par contumace. Est-ce la bonne procédure ?

Ibrahima Sory Condé : Moussa Moise, Moussa Moise…

Lamine Guirassy : Allez-y Moussa Moise

Moussa Moise Sylla : Je peux finir au moins ? A votre retour, vous avez été chez le procureur. Je veux comprendre : Pourquoi aviez-vous fui ? Est-ce à cause de cette affaire-là ? Ensuite, à votre retour, avez-vous suivi la procédure normale ?

Ibrahima Sory Condé : Je me suis présenté à la justice, j’ai interjeté appel avec mes avocats. Et la justice a dit la vérité dans ce dossier. Mais je voudrais poser deux questions, Moussa Moise. Avant de parler quoi que ce soit, il y a la forme de la chose. Vous parlez de détournement, je voudrais d’abord que vous sachiez que je ne travaille pas au trésor, premièrement. Deuxièmement, et dans ce dossier précis, comme vous êtes un bon enquêteur, allez sur le terrain, les entreprises concernées, les contrats existent, allez aux marchés publics. Avant de parler de détournement d’abord, il faut s’assurer s’il y a eu détournement. Vous êtes en train d’accuser.

Moussa Moise Sylla : S’il n’y a pas eu de détournement, c’est à la justice de le prouver. Le ministre des finances d’alors a publiquement confirmé que son cachet et sa signature ont été imités et falsifiés. Voulez-vous nous dire aujourd’hui qu’il n’y a pas eu détournement. C’est facile à avaler ça.

Ibrahima Sory Condé (Il hausse le ton, ndlr) : Mais va prendre les contrats concernés, ça été donné par l’État. Et les comptes où l’argent doit tomber ont été indiqués. Mais vérifie.

Moussa Moise Sylla : Le ministre d’alors était atteint de quoi ? Peut-il se lever comme ça, il est vivant ce ministre, le chef de l’État, lui-même, avait promis de couper des têtes.

Ibrahima Sory Condé : Si vous êtes un bon enquêteur, allez sur le terrain.

Moussa Moise Sylla : Je vous signale que cette enquête est de Guinéenews© mais…

Ibrahima Sory Condé : Celui-ci est à la solde des individus.

Lamine Guirassy : Mais non, allez-y Abdoulaye…

Abdoulaye Bah : Monsieur Condé, nous, jusqu’à preuve de contraire, on se remet au verdict de la justice. Et la justice dit que vous êtes condamné par contumace à dix ans de prison. Avez-vous été condamné, oui ou non ? C’est la question.

Ibrahima Sory Condé : Vous avez accès au contrat ?

Abdoulaye Bah : Avez-vous été condamné, oui ou non ?

Ibrahima Sory Condé : Le compte sur lequel l’argent…

Abdoulaye Bah : Je reprends ma question. Nous, on s’en remet au verdict de la justice. Avez-vous été condamné oui ou non ?

Ibrahima Sory Condé : Tu n’es pas un bon enquêteur, alors…

Abdoulaye Bah : Ok.

Lamine Guirassy : Allez-y, Madame Yéro…

Moussa Yéro Bah : Monsieur Condé, ce n’est pas aux médias de dire s’il y a eu détournement ou pas. Il y a eu procès. Nous voulons comprendre : Vous avez été condamné. A votre retour, vous avez été devant quel procureur ?

Ibrahima Sory Condé : Ce n’est pas à moi de te dire ça, Madame. Je me suis présenté. Et tu n’es pas le juge. Ils m’ont entendu sur PV. Ils ont rendu leur jugement. Ils se sont rendu compte que c’est un faux dossier. Allez sur le terrain (il hausse le ton, ndlr).

Ahmed Camara : Je demande à Monsieur Condé de se calmer, la Guinée vous écoute. Il faut prendre votre sang-froid et répondre tranquillement aux questions. Avez-vous été condamné dans cette affaire à un moment ou à un autre ?

Ibrahima Sory Condé : Quand il y a eu condamnation, je suis venu me présenter devant la justice. J’ai été entendu, j’ai été jugé, j’ai été relaxé. Y a quoi dans ça ? Et si vous n’êtes pas content, c’est là où il y a un acharnement contre ma personne. Les gens cherchent à tout prix à me faire du mal. C’est ça le problème. Il y a un acharnement.

Robbie Sarah : Quel est le procureur ou le juge devant lequel vous vous êtes présenté ? Est-ce la procédure normale ?

Ibrahima Sory Condé : Absolument.

Robbie Sarah : C’est qui le procureur ?

Ibrahima Sory Condé : Absolument.

Robbie Sarah : C’est qui le procureur, dis-je ?

Ibrahima Sory Condé : Mais allez-y demander là-bas…

Aboubacar Diallo : Vous avez dit que vous étiez parti. Cela veut dire que vous n’étiez pas au procès. Où étiez-vous parti ? Pourquoi étiez-vous parti ?

Ibrahima Sory Condé : Et l’enquêteur et vous, la moindre des choses, c’est de vérifier.

Aboubacar Diallo : Dites-nous que vous n’aviez pas fui, quand l’affaire avait éclaté. Vous avez été condamné par contumace, cela veut dire que vous n’étiez pas là. Où étiez-vous au moment du procès ? C’est aussi simple que cela.

Ibrahima Sory Condé : Ecoutez, quand vous savez que les gens veulent vous abattre, il faut fuir non…Après, je suis revenu, je me suis présenté à la justice. J’ai donné ma version des faits. Les gens ont compris que c’est du faux. Celui qui se dit enquêteur n’a qu’à prendre les contrats. Les dossiers sont là. Qu’il contacte les entreprises concernées, entreprise par entreprise. Vérifier les contrats, élément par élément. Au lieu de parler de détournement, il n’y a pas eu de détournement dans ça. Moi, j’arrête ça là. Parce que moi, l’essentiel, c’est ce que je fais, c’est entre moi et Dieu. Ça ne vous concerne pas. Dieu connaît la vérité dans ça. Vous, qui parlez, prenez le temps, vérifiez, élément après élément, après, on va en parler.

Lamine Guirassy : Merci et au revoir monsieur Condé, du courage.

 

 

  • Gill

    C’est quoi cette pagaille ? Le plus simple aurait été que le journaliste qui a fait l’enquête interroge directement M. Condé avant même de publier son papier. Question d’impartialité et de qualité de l’investigation. Il aurait pu ainsi savoir dans quelles conditions M. Condé a bénéficié d’un document du tribunal ordonnant une annulation de la peine prononcée en première instance et un arrêt des poursuites. Ce point est très important.

  • NIK

    Alpha Condé doit contrôler les chefs commence par les DG jusqu’aux ministères