Depuis Paris, Lansana Kouyaté à cœur ouvert, fait de grands déballages

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Dans une interview à bâtons rompus qu’il a bien voulu accorder à votre quotidien électronique Guinéenews, le président du Parti de l’Espoir pour le Développement National (PEDN), Lansana Kouyaté est revenu largement sur plusieurs questions de l’heure.

Guinéenews : Qu’est-ce que vous pensez de l’opération de fermeture de certaines radios privées pour non-paiement de redevances ?

Lansana Kouyaté : J’ai entendu que ces radios n’ont pas payé leurs redevances depuis 2009. Je sais qu’il y avait eu des coups de semonce mais, pourquoi on laisse tout cela s’accumuler pour arriver à un point où la suspension de ces radios est décidée. Qu’est-ce que ça cache ? Ça ne cache qu’une seule chose, c’est pour intimider les radios privées à l’effet d’annoncer un jour ou de prendre la direction d’un troisième mandat. Ce qui trouvera que les radios sont hors circuit.

Deuxièmement, parfois, en matière de tactique politique, ceux qui en sont experts, disent qu’on vise bas pour tirer haut. Vous comprenez ce que je dis, tous ceux qui doivent se sentir concernés par ce payement de redevance ou pas, parce qu’il s’agit de la liberté. Si l’on voulait que Sabari fm, Djigui fm, Evasion fm et Gangan fm soient à jour, on n’aurait pas laissé les redevances s’accumuler depuis 2009.

Je crois que c’est le pourrissement des relations entre le chef de l’Etat et les radios. Et c’est ce pourrissement qui est en train encore de se jouer. Toutes les radios, tous les journalistes doivent être solidaires parce que ce n’est pas par des habitudes de ce genre qu’on va garantir la liberté de la presse, ni amener les citoyens à respecter leur devoir vis-à-vis de l’Etat. Alors, vous comprendrez que mon sentiment est regrettable par rapport à ce qui se passe.

Guinéenews : Quels sont les tenants et aboutissants de l’alliance que vous venez de nouer avec l’UFR, le BL, l’UPG, le PUP et autres ?

Lansana Kouyaté : Ce sont des histoires, nous n’avons pas noué une alliance. Nous avons assisté aux deux réunions qui se sont passées. La première était une sorte de générale et la deuxième, chaque parti devait emmener ses conditions.

A la deuxième réunion, le PEDN a clairement indiqué qu’il ne s’associera à un groupe ou formera un bloc avec un groupe que quand il est sûr que le groupe ne marchera pas avec l’actuel pouvoir. C’est clair et net. Un pied dedans, un pied dehors, c’est dehors. Nous n’avons jamais biaisé notre position. Si ces conditions ne sont pas respectées, il est hors de question de parler d’alliance avec le groupe dont vous parlez. Il y a des partis dans ce groupe qui sont très proches du pouvoir et qui font tout avec le pouvoir. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre.

Guinéenews : Qu’est-ce que vous pensez du quota fixé par la CENI ? Huit millions pour les communes urbaines  et trois millions pour les communes rurales…

Lansana Kouyaté : Ecoutez, cette fois-ci, il y a eu au moins une réunion ou un semblant de réunion qui n’a pas été le cas en 2015 où on a fixé de façon péremptoire à 800 millions dans le but de ramasser l’argent de ceux qu’on allait disqualifier par anticipation et puis, se mettre dans la logique d’appauvrissement des partis même si on doit tordre le cou aux règles.

Cette fois-ci, je n’ai pas à me plaindre parce que si les partis étaient représentés et si c’était un débat,  les représentants des partis auraient tout fait pour amener à des proportions justifiables, en tout cas équitables. La Guinée vit dans une certaine pauvreté…Pratiquement ça devient l’élection la plus en contact avec le peuple parce qu’il n’y a pas d’élections des chefs de quartier et des chefs de district. Ce qui est une faute grave…

Guinénews : Nous apprenons que vous demandez 500 mille à vos futurs candidats.  Qu’en dites-vous?

Lansana Kouyaté : Non! 500 mille pourquoi ?

Guinéenews : Pour leur cotisation pour ces élections prévues le 4 février 2018.

Lansana Kouyaté : Non ! Nous avons dit et il y a longtemps que chaque candidat doit payer sa candidature. Et quand on compare ce qui est comparable, on verra que c’est normal. Au fait, il est arrivé dans beaucoup de cas où certains de nos élus déjà dans les délégations spéciales ne constituent pas l’avis des militants. Or, le militantisme se meurt aussi par ça. Nous n’avons pas dit que les gens doivent payer 500 mille, nous avons dit que chaque candidat doit verser sa caution et le parti financera sa campagne. Je crois que cela est équitable parce qu’il ne faut pas que les gens croient que l’élection doit se passer dans un assistanat, que nous avons d’ailleurs pratiqué avant. Finalement, je crois que ça a perverti le militantisme.

Guinéenews : Vous avez duré à l’étranger. A quand votre retour pour mener efficacement le combat que vous avez engagé contre la gouvernance d’Alpha Condé?

Lansana Kouyaté : Je ne réponds pas à cette question parce qu’elle m’a été posée plusieurs fois. Chaque fois j’entends des gens dire ah il n’a plus de militants, c’est ceci ou c’est cela. Le combat que je mène à l’étranger est mieux à celui de ceux qui sont assujettis au pouvoir. Je viendrai en Guinée quand je le déciderai librement, en coordination avec les instances de mon parti. Je sais combien de fois cet éloignement a fait du bien au PEDN. Vous savez que l’esprit du parti se cultive. Je l’ai dit depuis la création du parti que je ne suis pas le propriétaire du parti, apprenez à défendre le parti même en dehors du président. Je veux un parti réel et non un parti tropical où le chef fait tout et quand il quitte tout se défait. C’est une des raisons je suis resté à l’extérieur et je travaille. La preuve, suivez sur les réseaux combien de fois les gens sont déterminés pour le PEDN presque dans tous les pays concernés par les élections et. Même ceux qui ne sont pas concernés, il y a une mobilisation. Je suis cela de très près. C’est l’ordre de mission que le parti m’a donné et c’est le devoir que je me suis imposé. Je rentrerai en temps opportun et je mènerai le même combat que je mène aujourd’hui. Il y en a qui disent que je suis même en contact avec le président de la République, ce sont les proches d’Alpha Condé qui le disent pour pourrir la situation, détourner l’attention des Guinéens. Ils sont dans beaucoup de cas prêts à boire tout ce qu’ils entendent, mais comme ils sont des fabricants de mensonges…

Guinéenews : Pensez-vous qu’Alpha Condé demandera un troisième mandat ou respectera-t-il la Constitution guinéenne ?

Lansana Kouyaté : Je n’ai aucun sentiment qu’il respectera la constitution. Aucun ! Restons dans notre naïveté, on verra ce qui va arriver. J’ai toujours dit ce qui arrivera parce que j’étudie la situation et je réfléchis.  Ce dont on parle aujourd’hui, j’en ai dit depuis longtemps mais, c’est un tort d’avoir trop tôt raison et quand la raison arrive, tout le monde verra. Soyez sûrs que les Guinéens s’étonneront d’être étonnés vers la fin.

Guinéenews : A votre avis, qu’est-ce qu’il faut pour une alternance crédible en Guinée ?

Lansana Kouyaté : Pour une alternance crédible en Guinée, il faut que les gens cessent de courir après leur destin et qu’ils laissent véritablement l’ambition de servir le peuple s’exprimer plus. Mais en Guinée, il y a ceux qui veulent être quelqu’un et ceux qui veulent faire quelque chose. Il y a beaucoup plus de ceux qui veulent être quelqu’un. Et quand on devient quelqu’un (rire), on ne fait parfois rien. Si tel est l’objectif d’être quelqu’un, moi je pense que l’opposition doit pouvoir abandonner les arrière-pensées et savoir qu’il y a un moment où il faut penser à ce pays qui est descendu au plus bas niveau. Je ne vous apprends rien, vous savez que l’Etat n’existe pas, il est même mort. La situation économique est catastrophique et le laisser-aller s’est installé. Les détournements sont un jeu courant. Je crois qu’il y a beaucoup de conditions mais pour tout résumer, c’est le sacrifice que chacun doit faire à son niveau, pour dire que je ne dois pas chercher rien que pour moi, il faut véritablement que je laisse la place à ceux qui peuvent  diriger ce pays.

Guinéenews : Qu’est-ce que vous pensez de cette traite dont sont victimes les migrants subsahariens en Libye ?

Lansana Kouyaté : J’ai répondu à cette question lors d’une de mes conférences  à Nice (France). J’ai dit qu’il faillait s’occuper d’abord de l’immédiat. C’est-à-dire, ceux qui sont là-bas encore qu’on puisse les libérer de leur chaîne d’esclavage. Au moment où on parle de plus en plus de droit de l’animal, c’est-à-dire tous les droits y compris le droit de ne pas vendre dans les conditions données les animaux, alors c’est ce moment que la traite des Noirs, disons-nous la vérité, est bien tombée comme un couperet. On voit aujourd’hui le rôle de paravent, le rôle de digue que jouait le régime libyen avant, c’est-à-dire du temps du Guide de la Révolution libyenne. Cette digue a été cassée et on veut maintenant contenir la déferlante sur l’Europe au risque d’exposer ceux qui veulent aller les livrer à des voyous, à des criminels, à des bandits qui sont affiliés à des trafiquants de drogue et je dirais des fondamentalistes parce que tout ce monde s’embrasse. Je dirais que ce problème, il faut qu’il soit résolu. Il y a beaucoup de marches qui ont été organisées. Donc, je lance un appel à tous ceux qui se sont mobilisés de continuer à se mobiliser. Il faut dénoncer et continuer à dénoncer  parce que la vérité est que la tendance ne s’est pas encore inversée.

Deuxièmement, à long terme, les responsables, ce sont les gouvernements qui ne veulent pas entreprendre des politiques rigoureuses  pour pouvoir créer les conditions les meilleures pour que leurs fils n’aient pas la tentation d’aller à l’extérieur…. Les Rwandais sont tranquilles chez eux parce qu’il y a du travail. Les Mauriciens, on n’entend pas parler d’eux ainsi que les Botswanais. Je me limite à cela pour dire que cet esclavage doit être traité en amont et en aval.

En amont, avec ce qui arrive en Libye, qu’on continue à dénoncer, à protester parce que c’est inhumain. Mais il ne faut pas qu’on se trompe, le présent et le futur, c’est parfois le passé qui se récite. Si on ne fait pas attention, on assistera à l’abomination. C’est pourquoi je dis que les guerres qu’on se livre entre nous pour dire que tel est ceci, tel est cela ou tel est de telle ethnie, c’est  purement et simplement de la diversion. Le combat qu’on doit mener est celui du combat du développement des Africains.

Guinéenews : Que pensez-vous de la sortie ratée du ministre de l’Education nationale et de l’Alphabétisation, Ibrahima Kalil Konaté devant les députés à l’Assemblée nationale, qui fait aujourd’hui le buzz sur la toile

Lansana Kouyaté : (rire), comme je le dis, les ministres sont nommés n’importe comment parce qu’ils doivent servir une cause qui est n’importe quoi. C’est tout ce que je peux dire, ce n’est même pas un cas particulier. Faites l’évaluation des ministres, ceux qui tiennent leur fonction dans la dignité, ne sont pas légion. C’est un système qui est mauvais, ça va de la sélection jusqu’au critère de sélection. Quand on prend des gens en fonction des critères d’hostilité et d’ardeur pour un chef, au lieu se baser sur les compétences, voilà à quoi on arrive.

Guinénews : On vient de traverser une crise de trois semaines dans le secteur de l’Education nationale. Quel est votre avis sur cet accord entre les enseignants et les religieux ?

 Lansana Kouyaté : Je n’ai absolument rien à dire là-dessus. Ce sont des enseignants qui sont allés en grève. Ce sont eux qui ont eu des accords, mais qu’ils comprennent que le problème en Guinée n’est pas de signer un accord. Chaque fois qu’on signe, on donne des peccadilles et le reste, c’est jusqu’à ce qu’un jour qu’ils reviennent. C’est cyclique. Je crois que c’est dommage. La cause n’est pas atteinte, l’objectif n’est pas atteint et on rebelote à chaque fois, ça ne sert à rien.

Entretien téléphonique réalisé par Sékou Sanoh