Conakry : Deux unités clandestines de traitement et d’exportation de poissons fermées

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Sous la coordination du ministre des Pêches et de l’Economie Maritime et du Secrétaire général à la Présidence chargé des Services spéciaux, de la lutte contre la drogue et le crime organisé, le président de la République a institué il y a trois mois une Commission mixte d’enquêtes sur les activités des établissements de traitement et d’exportation des produits de pêche artisanale.

Cette commission qui a opéré le long du littoral guinéen dit avoir recensé 37 établissements sur lesquels six seulement répondent aux normes techniques et sanitaires. Et parmi ceux qui opèrent en contradiction avec la loi en vigueur, deux sont établis au quartier Cameroun, dans la commune de Dixinn, à Conakry.

Ce sont Yu Yang internationale et Rui Xiang qui ont eu, chacun, un contrat avec le ministère de la Ville et de l’Aménagement du Territoire pour bâtir des entrepôts frigorifiques et établir une usine de fabrique de glace uniquement pour le stockage. Hélas !  Le constat est alarmant sur les deux sites où les entrepôts sont transformés en établissements avec d’autres activités connexes. Puisque les containers transformés en centres de traitement, sont désormais donnés en location à d’autres prestataires qui n’ont pourtant pas de documents juridiques leur permettant d’opérer là.

Mieux, les deux unités sont installées à côté de la station d’épuration des eaux usées de Conakry, sans le moindre respect des normes environnementales.

Selon la directrice générale de l’Office national de contrôle sanitaire au niveau de la pêche et de l’aquaculture (Onspa), Mme Aribot Mmah Savané, la plupart des industries s’installent sans demander l’autorisation à sa structure qui a pourtant charge de réglementer le secteur.

C’est dans un état de choc moral doublé d’une indignation que le colonel Moussa Tiégboro Camara a reçu l’ordre du ministre Frédéric Loua des Pêches de fermer les deux sites où l’eau utilisée pour laver les poissons vient d’un lac avant d’y être déversée avec une insalubrité notoire.

« Le degré d’insalubrité est énorme. C’est écœurant », a laissé entendre l’officier de gendarmerie avant d’instruire à ses éléments de verrouiller ce mercredi 3 janvier toutes les issues des deux entrepôts.

  • CONDÉ ABOU

    Ce sujet est d’une extrème complexité. Il n’y a pas que les Chinois qui posent de graves problemes au grand public à partir de l’industrie de la pêche. C’est pourquoi, la recherche de solutions viables pour garantir la santé des consommateurs de produits halieutiques, implique une combinaison de plusieurs facteurs.

    La décision de la fermeture des industries clandestines est bien. Mais si le Gouvernement ne s’attaque pas aux causes profondes du mal dans la chaine de valeurs de l’ensemble de l’industrie de la pêche, il ne fera aucun résultat positif sur la longue durée. Le pays risque de se retrouver devant des feux de paille qui ne règleront rien du tout pour assurer la sécurité des consommateurs et de la population en général.

    Voici une analyse présentée par une Consultante Ivoirienne en Communication au service du développement chez l’Inter d’Abidjan, Mme Marcelle Aka et qui résume les grands maux de la santé et de l’hygiène de la pêche en Afrique de l’Ouest.

    Une analyse très pertinente et qui pourrait bien inspirer les autorités en charge de la santé et de l’hygiène dans les pêcheries en Guinée et de la commercialisation des produits halieutiques.

    Un Atelier international avait été organisé du 29 Février au 4 Mars dernier à Elmina (à 380 km d’Accra, au Ghana) sur  »l’exploitation du pouvoir des médias pour sensibiliser sur les questions du secteur de la pêche en Afrique ». Ses conclusions sont déroutantes pour beaucoup de pays Africains.

    Cet atelier qui a réuni plus d’une centaine de journalistes de divers médias audiovisuels, presse écrite et en ligne venus de presque tous les pays africains, a été conjointement organisé par le Bureau Interafricain des ressources animales de l’Union africaine (UA-BIRA), basé à Nairobi (Kenya), et la Banque mondiale en collaboration avec l’USAID et la Commission sous-régionale des pêches en Afrique de l’Ouest.

    La visite de ce groupe de journalistes sur les sites des communautés de pêcheurs d’Elmina, Moree et Apam au Ghana, aura été édifiante. Nana Kwesi Duncan I, Mensah Kouamenan et Essi Gnamien, respectivement chefs de la communauté des pêcheurs de Elmina, de Moree et d’Apam, ont saisi l’occasion pour leur exposer les faces cachées de la chaîne d’approvisionnement des marchés en ressources halieutiques.

    DES PRATIQUES QUI PEUVENT CONSTITUER UNE MENACE POUR LA SANTÉ PUBLIQUE ET L’HYGIÈNE ALIMENTAIRE, AINSI QUE POUR LA DURABILITÉ DU SECTEUR DE LA PÊCHE.

    (1)Les pêcheurs artisanaux ont révélé que les fruits de pêche que nous consommons ne sont toujours pas sains parce qu’ils sont parfois contaminés par des produits chimiques.

    « Des bateaux chinois utilisent la dynamite pour capturer les poissons », ont-ils révélé.
    Selon les participants à l’Atelier venus sur place auprès des pêcheurs, cette pratique illicite non contrôlée, doublée de la surexploitation, de la dégradation de l’environnement et de la pollution est favorisée par l’accès facile à la pêche en Afrique, sans restriction, dans certains pays et même dans les eaux protégées et réservées à la pêche artisanale.

    «La pression des bateaux de pêche étrangers à travers l’usage des produits chimiques fait fuir les poissons vers les parties des océans les plus profondes et freine le renouvellement des ressources halieutiques. Au point que la pêche n’est plus fructueuse sur nos côtes », ont déploré ces pêcheurs Ghanéens.

    Aussi, sont-ils obligés de passer plusieurs jours en haute mer pour ne pas rentrer bredouille de la pêche. Puisque, disent-ils, ils ont obligation de rentabiliser leur activité pour rembourser les prêts ayant servi à l’achat ou la location des pirogues qui coûtent chers.

    (2)En vue de faire face à ces charges, certains pêcheurs artisanaux sont obligés d’utiliser également des méthodes non conventionnelles, comme des produits chimiques, pour capturer des poissons. « Des pêcheurs mélangent le  »gari » (semoule de manioc destinée à la consommation humaine) avec des détergents en poudre, qu’ils versent dans les eaux », a révélé l’un des pêcheur Ghanéens !

    Lorsque les poissons consomment ces produits impropres, ils meurent, flottent sur les eaux et ils sont enlevés. Ces ressources halieutiques empoisonnées, malheureusement vendus sur les marchés, se retrouvent dans nos assiettes.

    La consommation des poissons ainsi pêchés expose les ménages à des dangers. Ils sont menacés par des pathologies comme le cancer. Le contact avec ces produits toxiques transforme, en effet, ces protéines animales très importantes en apport à l’organisme, en poison. « On s’intoxique plus qu’on ne se nourrit, on protège moins sa santé en consommant ces poissons contaminés», regrette un Expert de l’Union africaine.

    (3) Outre les pratiques illicites de pêche, la conservation du poisson capturé peut faire l’objet de traitement risqué. « En lieu et place de la glace conventionnelle, des pêcheurs utilisent du formole pour conserver les fruits de mer, depuis les eaux jusqu’à l’embarcation», ont révélé les interlocuteurs sur place.

    Le formol, faut-il le noter, est un produit qui entre dans la conservation des cadavres. Il n’est donc pas propice à la consommation. Ainsi, ces mauvaises pratiques de pêche sont une menace pour la sécurité alimentaire, le poisson étant, selon les experts, la source de protéine animale la plus importante (36%) et la plus consommée au monde.

    D’où le grand risque que les mauvaises pratiques de pêche et de conservation des fruits de pêche font courir aux populations. Cela, vu le nombre de victimes que ces pêcheurs abonnés à ces mauvaises pratiques peuvent causer avec ces produits toxiques, dans le commerce.

    COMMENT RECONNAÎTRE DU POISSON CONTAMINÉ ?

    Il est cependant possible aux consommateurs de reconnaître le poisson contaminé sur les marchés. Il suffit de faire un peu plus attention au choix de ces protéines vendues pour identifier des signes d’avaries, de mauvaise qualité ou de toxicité. « Les poissons empoisonnés sont souvent tachés de sang, les écailles sont relevées et les yeux sortis de leurs orbites », préviennent les pêcheurs.

    LE GAND DẺFI DE LA GOUVERNANCE DE LA PÈCHE ET L’INADẺQUATION DES TEXTES EN VIGUEUR.

    La responsabilité des gouvernants Africains est fondamentale.
    Le défi majeur qui affecte la gestion de la pêche et le développement de l’aquaculture en Afrique est l’inadéquation de la gouvernance. Dans de nombreux Etats membres de l’UA, les cadres juridiques, politiques et institutionnels ne sont pas conçus de manière à répondre aux particularités de la pêche et de l’aquaculture.

    Pis, les politiques de pêche des Etats africains subissent les accords étrangers. Les Experts ont relevé que des navires étrangers, munis d’accords d’accès étrangers, sillonnent les eaux côtières d’Afrique sans se conformer aux conditions des permis de pêche à cause de la faible capacité de surveillance des eaux dans ces pays.

    Cette faiblesse a favorisé l’activité de la pêche illicite, non déclarée et non réglementaire (INN). Aussi limite-t-elle la capacité de la plupart des Etats à assurer la durabilité du secteur du poisson pour qu’il puisse contribuer au bien-être et au développement économique du continent. Les chiffres ne sont pas reluisants.

    L’UA soutient que près de 1000 à 2500 milliards de FCFA (environ 5 milliards de Dollars US) de ressources halieutiques potentielles sont perdus chaque année en raison de la mauvaise gestion.

    Les conséquences de cette faiblesse, qui sont de plus en plus inquiétantes, se traduisent par une exploitation de la plupart des ressources halieutiques de grandes valeurs commerciales au-delà de la Production durable maximum (PDM) et les captures viables de certaines espèces. Alors, il faut des solutions urgentes pour garantir la pérennité des ressources halieutiques.

    LA SOLUTION À LA SÉCURISATION DE CES PROTÉINES

    Conscients de l’augmentation de la demande mondiale en poisson, les Experts de la FAO mettent en avant le concept de pêche durable et équitable, en appelant par exemple le secteur privé à investir dans des technologies plus respectueuses des écosystèmes et de l’environnement. La relance de l’aquaculture est préconisée comme une solution alternative et urgente pour garantir une pêche durable en Afrique.
    Parce que selon eux, ce secteur halieutique a un rôle évident dans les filières poissons ou produits de mer, avec des attributs potentiels de fraîcheur, de consistance et de valeur.

    Cependant, le développement de l’aquaculture en Afrique n’a pas vraiment connu de progrès et succès remarquables au cours des deux dernières décennies, car il s’est limité à un petit nombre de pays africains.

    Le potentiel du secteur à créer de la richesse et à contribuer au développement de l’économie africaine n’est pas encore suffisamment exploité. Le faire de façon durable impose une variété de stratégies.

    Par exemple, la création d’un environnement propice au secteur, l’intégration des stratégies et plans sur l’aquaculture dans les plans de développement nationaux, à travers l’augmentation de l’allocation des budgets nationaux.

    Au plan régional, ces reformes visent l’harmonisation des régimes politiques, institutionnels, juridiques, réglementaires et de suivi pour régir les opérations aquacoles menées dans les eaux situées au-delà de la juridiction nationale.

    La promotion du secteur invite les gouvernants à créer une émulation des acteurs du secteur. Cela doit motiver la création d’un Centre d’excellence africain pour l’aquaculture (ACEA) ainsi que la mise en place d’un fonds pour accélérer le développement de l’aquaculture et l’augmentation des recherches et la diffusion de bonnes pratiques.

    LES RECOMMANDATIONS DU SÉMINAIRE RÉGIONAL ORGANISÉ PAR L’UNION AFRICAINE

    L’engagement des médias est un aspect important pour le relèvement des défis liés à la survie de ces protéines pour une pêche durable.

    En vue de les aider à s’imprégner des réalités du secteur des pêches en Afrique, plus de 100 journalistes africains ont été sensibilisés sur les défis et opportunités du secteur de la pêche et à la manière dont ce secteur peut contribuer à la croissance économique et à l’amélioration des moyens de subsistance en Afrique.

    Avec à la clé, la mise en place, par les organisateurs, d’un observatoire de journalistes Africains et de Communicateurs pour la pêche.

    Le Dr Mohamed Seisay, fonctionnaire principal chargé des pêches à l’UA-BIRA, Peter Kristensen, spécialiste de l’environnement à la Banque mondiale, et Marième Talla Diagne, secrétaire permanente par intérim de la Commission sous-régionale des pêches en Afrique de l’Ouest, ont indiqué que le fait de tenir le public informé, grâce notamment à des journalistes mieux outillés, permet de mieux véhiculer les politiques gouvernementales et les procédures de gestion des ressources halieutiques en rendant plus efficaces les actions engagées et qui sont gages de stabilité sociale.

    Car, les journalistes, au regard de ce qu’ils ont vu sur les sites visités au Ghana, ont reconnu que les communautés de pêcheurs comptent parmi les plus démunies des couches vulnérables de nos pays.

    Quand bien même les spécialistes reconnaissent le rôle du poisson dans l’alimentation des communautés comme un apport inestimable de protéines animales, notamment pour les femmes enceintes et les enfants en bas âge.

    MORALITÉ:

    La seule décision relative à la fermeture des industries qui ne répondent pas aux normes et standards de l’hygiène publique ne suffit pas. Rien ne garantit que les mêmes opérateurs ne rouvriront pas leurs industries hors la loi, dans les semaines set mois à venir.

    Les pouvoirs publics devraient revoir toute la stratégie de la gouvernance de l’économie maritime y compris la gestion de la chaine des valeurs de la pêche artisanale et industrielle, conformément aux orientations des Experts de la FAO, de l’USAID et de l’Union Africaine.

    Bon courage au Colonel Tiégboro. Il serait souhaitable qu’il explore la perspective d’un voyage d’études au Maroc, un pays cité en référence dans l’industrie de la pêche pour ses résultats remarquables.

    Ceci lui permettrait d’enrichir son expérience et l’efficacité de sa Mission dont la faisabilité pourrait être étudiée avec l’Union Européenne.

    L’organisation d’un tel voyage d’études de très haut niveau au Maroc pourrait lui permettre de s’inspirer dans l’organisation de la gouvernance de la sécurité et de l’hygiène de la chaine des valeurs de l’Économie maritime y compris surtout les poduits halieutiques dont la consommation fait partie intégrante de la vie quotidienne des populations Guinéennes. Voilà ce que m’inspire ce papier de Guineenews.