Communales…,fraudes, loi sur le chef de file de l’opposition, délestages, RTS, la vive répartie de Damaro à Cellou

18 janvier 2018 12:12:15
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«Notre opposition est une opposition électorale, elle n’a de projet que des élections, elle ne parle que des élections qu’elle a toujours perdues…  Si les manifs pouvaient développer un pays, on allait demander de manifester tous les jours pour qu’on ait du goudron, de l’électricité, pour que la Guinée soit un pays industrialisé. Mais on n’a jamais développé un pays dans la rue »

Le président du groupe parlementaire de la majorité présidentielle Amadou Damaro Camara a récemment à sa résidence privée votre quotidien en ligne Guinéenews pour parler des élections communales prévues le 4 février prochain mais aussi de plusieurs autres sujets notamment le projet de modification du statut du chef de file de l’opposition et les manifestations contre les délestages d’électricité à Conakry. Lisez !

Guinéenews : comment le RPG prépare-t-il les élections communales du 4 février?

Amadou Damaro Camara: nous allons à ces élections, très confiants. Nous avons fini avec les listes et nous sommes en train de préparer la campagne qui doit commencer normalement cette semaine. Mais j’avoue comme tout grand parti politique, nous avons eu quelques difficultés à établir les listes. Il y avait beaucoup plus de candidats que de postes disponibles dans les communes, dans les conseils. Ce sont des élections qui ne sont pas générales. Les chiffres ne sont pas additionnés. Comme le disait l’autre, ce sont des élections entre voisins et cousins.

Entretemps, je voudrais signaler qu’au RPG, il n’y a pas de listes. C’est d’abord pour la liste qu’on se bat, après nous choisirons nos maires, la personne la mieux adaptée, apte. Celle-ci peut être un allié, une personne de la société civile ou qui peut être du parti. Ce n’est pas défini à l’avance.

Nous sommes aussi contents du fait que le chronogramme de la CENI se passe à la satisfaction de tout le monde. On a commencé à repartir les cartes et apparemment tout se passe très bien malgré l’accusation préconçue de mon ami Cellou Dalein Diallo.

Guinéenews : pourquoi vous n’avez pas de têtes de listes, ne pensez-vous pas que cela puisse jouer en votre défaveur ?

Amadou Damaro Camara : cela a des avantages et des inconvénients. On peut aimer la tête de liste ou ne pas l’aimer. On peut voter à cause de la tête de liste tout comme on peut voter contre la tête de liste. Donc, la liste est d’abord la liste du parti. Ce qui est important, après les conseillers choisiront nos maires parce qu’à certains endroits, il y aura la combinaison entre des partis alliés stratégiques et nous ne pouvons pas déterminer à l’avance qui doit être maire. On peut s’allier à la NGR, à GPT après les élections. GPT par exemple peut proposer une personnalité plus apte à être maire que ceux du RPG sur la liste. Nous n’allons pas priver cette commune des compétences de cette personne parce que tout simplement il n’est pas du parti. C’est pourquoi nous avons préféré gagner d’abord la commune ensuite on règle le problème de personne.

Guinéenews : est-ce qu’on peut connaître les autres partis avec lesquels le RPG a noué des alliances ?

Amadou Damaro Camara : nous sommes sur la même liste avec certains partis. Nous sommes convenus avec d’autres qu’après les élections, qu’on se retrouve pour composer le conseil communal. On a cédé des pourcentages comme à la NGR par exemple sur la même liste à Kindia. Nous avons procédé à la même chose avec GPT à Forécariah et nous avons des membres de ces partis partout où ils sont à l’intérieur du pays sur notre liste. Et probablement avec le PTS, l’UFR, l’UPR. Après les élections, il n’y a pas de raison qu’on se retrouve avec les conseillers de ces partis pour composer le conseil.

Guinéenews : vous avez présenté des listes dans combien de localités ?

Amadou Damaro Camara : toutes les localités de la Guinée.

Guinéenews : est-ce qu’on peut connaître le nombre de femmes qui se trouvent sur vos listes ?

Amadou Damaro Camara : je ne connais pas le nombre exact de femmes, mais on a le minimum de 30% que nous avons tenus à respecter.

Guinéenews : le leader de l’UFDG accuse le RPG de soutirer des listes pour en déposer d’autres dans les circonscriptions où vous êtes en alliance avec le GPT, qu’en dites-vous ?

Amadou Damaro Camara : ils ont réclamé à cor et à cri ces élections… Maintenant que nous y sommes, ils sont paniqués une fois confrontés aux réalités du terrain. Donc, on commence déjà à fabriquer des alibis. Premièrement on dit qu’on refuse de donner des cartes d’électeurs des noms, Barry, Diallo, Bah et Sow, ensuite de pré-fabriquer des listes. Ces problèmes ont été débattus au comité de suivi et GPT est un parti allié à l’Assemblée. Le parti avait présenté des candidats dans certaines zones, il a retiré ses candidatures pour les recomposer avec les listes du RPG avant la date limite. Certainement, mon ami Cellou l’a appris après. C’est pourquoi il nous accuse de soutirer des listes et je crois que la CENI avec à sa tête le président de l’institution, en a débattu en réunion du comité de suivi.

Ces élections doivent être les plus apaisées. La CENI a associé tous les acteurs de la classe politique à toutes les étapes, personne n’a été mis devant le fait accompli. Chaque fois qu’on a invité la CENI, elle a été présente parfois à son niveau le plus élevé. A  la dernière réunion, il y avait son président, le directeur des opérations, la directrice de la planification et on a posé toutes les questions nécessaires. Ce débat doit être mis de côté, nous devons aller de l’avant. Les candidats doivent parler de leurs projets, de ce qu’ils peuvent faire pour leurs communes.  La Guinée au lendemain du 4 février, doit pouvoir être un pays apaisé quels que soient les résultats et c’est que nous souhaitons tous. Donc, ces accusations sont gratuites. Ce sont des alibis pour justifier un échec annoncé.

Guinéenews : certains avaient émis l’idée de jumeler ces élections communales aux législatives… Si cette proposition avait pu faire du chemin, quel allait être position, à vous ?

Amadou Damaro Camara : nous avons proposé cela quand on faisait le code électoral. Mais en Guinée, on a pris l’habitude de faire des lois pour les futures élections, mais pas pour les futures générations. On aurait pu régler les problèmes électoraux dans ce code-là. Sinon, la Guinée a trop d’élections et on n’a vraiment pas le temps de s’occuper du développement. Pendant ces 5 dernières années, on n’a parlé que d’élections. Notre opposition est une opposition électorale, elle n’a de projet que des élections, elle ne parle que des élections qu’elle a toujours perdues. Imaginez-vous, on a des élections en février de cette année, on aura des législatives avant décembre de cette même année et on aura des présidentielles en 2020. On aurait pu faire l’économie en cumulant certaines élections.

Vous allez rétorquer tout de suite que c’est parce que les élections n’ont pas été faites à bonne date. Mais même si elles étaient faites à bonne date, en Guinée, on a les élections communales, les législatives et les élections présidentielles pratiquement chaque 5 ans. Donc imaginez-vous, il ya la période pré-électorale, les élections, la période postélectorale. Quand vous retirez ça d’un mandat, il ne reste plus grand-chose pour s’occuper du développement.

Guinéenews : un autre sujet qui domine l’actualité ces derniers temps à Conakry, ce sont les délestages de courant et les manifestations qu’ils génèrent à certains endroits. Quel commentaire en faites-vous?

Amadou Damaro Camara : moi, je suis content que les guinéens protestent aujourd’hui contre les délestages. Quand on parle de délestage, c’est qu’il y a de l’électricité. Au moment où il n’y avait pas d’électricité, il n’y avait pas de manifestations.

Ceci dit, le problème est moins la production électrique que sa distribution. Aujourd’hui on manifeste, on brûle des pneus, on met des ordures dans la rue parce qu’il y a des délestages et je peux parier que 99, 99% de ceux qui manifestent, ne paient pas l’électricité. La Guinée est le seul pays au monde où l’électricité n’est pas payée. D’abord, il n’y a pas de compteur, c’est à la tête du client, ça s’arrange. Et quand on veut mettre des compteurs aussi, on les arrache. Voici des habitudes culturelles dont on a héritées, qui persistent et j’avoue que l’Etat n’arrive pas à imposer cette autorité. Imaginez-vous que dans le budget, on avait prévu 400 milliards de subvention à EDG, mais on a terminé l’année avec 1100 milliards. Cela veut dire qu’il y a une production, une vente d’énergie, mais il n’y a pas de paiement de facture à la consommation.

Guinéenews : mais on ne peut pas attribuer à la population, la responsabilité de l’Etat est autant sinon plus engagée à ce niveau ?

Amadou Damaro Camara : quand on arrache les compteurs, c’est la faute à qui ?

Guinéenews : mais c’est à l’Etat d’imposer son autorité pour empêcher la corruption et le laisser aller.

Amadou Damaro Camara : c’est ce que j’ai dit. Quand on paie l’électricité, on a le droit de réclamer le courant. Mais tu réclames le courant, tu ne paies pas l’électricité. La société guinéenne est devenue une société rien que de droit. Ce n’est plus une société de devoir ou une société d’obligation. On n’a que des droits en Guinée. Chacun réclames des droits, personne ne s’acquitte de ses devoirs et de ses obligations. Comme je l’ai dit, le grand problème réside même dans le respect de l’autorité de l’Etat. Si on arrête un certain nombre de ces individus, on va crier tout de suite à des arrestations ciblées, ou encore à des arrestations de militants. Tant qu’on casse, ce ne sont pas des militants, mais dès qu’on les arrête, le problème devient politique et ils deviennent brusquement des militants.

Pour revenir à la production, Kaléta a une capacité de 240 mégawatts à condition qu’il y ait suffisamment d’eau. Mais la réserve d’eau ne peut pas accompagner cette production. C’est Souapiti qui doit le compléter. Donc, en période de saison sèche où il ya moins d’eau, le déficit est suppléé par les centrales thermiques. J’avoue que depuis K-energie, des négociations ont piétiné jusqu’à ce que nous retombions aujourd’hui dans ce déficit de production.

Aujourd’hui au moins, on peut parler de courant jusqu’à Labé parce que toute la Moyenne Guinée et la Basse Côte sont pratiquement couvertes par l’électricité. On devait se plaindre dans l’arrière pays, en Haute Guinée et en Guinée Forestière des délestages, eux ils n’en ont pas. Mais, je pense que la situation a commencé à changer depuis quelques jours.

Guinéenews : justement, il y a certains qui pensent que c’est parce que les enfants sont sortis dans la rue, qu’on a ramené l’électricité ?

Amadou Damaro Camara : c’est cela le problème en Guinée. On a que des solutions politiques à tous les problèmes, de quelques ordres que ce soit, que ce soit technique, logistique. Ce n’est pas parce qu’on a crié fort, qu’on va avoir du goudron. Ce n’est pas parce qu’on a brûlé, qu’on va avoir de l’électricité. L’électricité n’est pas de la fiction, tu dois produire, tu dois distribuer et tu dois repayer. Donc, on a payé, c’est pourquoi il y a eu de l’énergie.

Si les manifestations pouvaient développer un pays, on allait demander de manifester tous les jours pour qu’on ait du goudron, de l’électricité, pour que la Guinée soit un pays industrialisé. Mais on n’a jamais développé un pays dans la rue.

Guinéenews : revenons à Kaléta…  Pourquoi, selon vous, les autorités n’ont pas expliqué à la population qu’en saison sèche, le barrage ne peut desservir toutes les zones qu’il couvre pendant la saison pluvieuse ?

Amadou Damaro Camara : cela a été expliqué maintes fois. Mais, on écoute que ce qu’on a envie d’entendre. On n’a jamais dit qu’avec Kaléta, le problème d’électricité est réglé. La preuve est que quand Kaléta fonctionnait, il y avait les groupes d’Agreko qui tournaient quand il y a baisse de capacité à Kaléta. Mais, je crois qu’il n’y a pas eu d’entente dans le contrat avec K-énergie qui a conduit à l’arrêt de cette société. Mais, on n’a rien caché à personne. Sinon pourquoi on veut construire Souapiti juste à 8 km de Kaléta. On a toujours dit, c’est pour permettre d’approvisionner Kaléta en réserve d’eau qui n’est pas suffisante. Si on avait les 240 mégawatts disponibles 24h/24, du 1er au 31, on n’aurait pas besoin de construire Souapiti.

Guinéenews : certains dénoncent des marchés de gré à gré qui seraient à l’origine de ce déficit. C’est le cas de Cellou Dalein Diallo qui s’exprimait récemment dans une émission de radio?

Amadou Damaro Camara : oui, je vais vous expliquer objectivement. La Banque mondiale ne participe pas à nos débats de tranchées. Le fonds monétaire n’est ni le RPG, encore moins UFDG. L’entreprise chinoise qui a réalisé Kaléta était soumissionnaire pour réaliser Souapiti. Cette entreprise a ses ingénieurs et ses ouvriers qualifiés sur place, a ses matériels à mobiliser sur seulement 8 km pour aller construire Souapiti. Cela réduit le coût de 200 et 300 millions de dollars. Donc, faut-il donner à cette entreprise qui est là, qui a déjà réalisé quelque chose de typique et qui a ses 8 000 ouvriers disponibles ou bien il faut organiser un appel d’offres et payer 300 millions de plus. Il faut être objectif. La Chine qui donne le financement a dit nous sommes d’accord que la même entreprise continue. Où est son problème à lui si ceux qui donnent l’argent sont d’accord. Je précise que ce n’est pas un financement sur le BND, c’est un milliard 200 millions de dollars de prêt chinois.

Ils étaient là quand on a construit Garafiri, tout le monde a contribué sur les salaires mais qu’est ce que cela a donné. Il était l’administrateur général adjoint des grands projets pratiquement en charge de Garafiri. Peut-il nous donner le montant et nous dire à quoi cela a servit, 10 mégawatt.

Guinéenews : on va à présent à l’Assemblée Nationale où votre groupe parlementaire a déposé un projet de loi pour modifier le statut du chef de file de l’opposition déjà voté à l’unanimité ?

Amadou Damaro Camara : à chaque fois qu’on a voté une loi et que cette loi se heurte à son applicabilité, on a deux solutions : soit on amende la loi, soit on l’abroge. C’est ça la règle juridique et c’est le schéma de l’élaboration des lois. Nous avons voté une loi relative au chef de file de l’opposition, mais elle est insuffisante sur le montant de son budget et la mise en place de son budget. Deuxièmement, la loi est muette sur le cabinet du chef de file de l’opposition, elle est aussi muette sur l’utilisation du budget.

Donc, on a voulu restaurer l’esprit de la loi. D’abord qu’il y ait un chef de file de l’opposition pour coordonner les activités de l’opposition. Ensuite le chef de file de l’opposition a été institutionnalisé pour rencontrer le chef de l’Etat à l’invitation de celui-ci ou à la demande du chef de file de l’opposition pour discuter des grands problèmes de l’Etat.  On s’est dit donc, si le chef de file de l’opposition doit donner des observations au président sur l’agriculture par exemple, on doit lui donner les moyens pour faire des recherches sur cette agriculture afin de pouvoir faire des suggestions au chef de l’Etat pour son amélioration. Il a donc besoin des conseillers techniques capables de prendre des consultants pour faire des études sur l’agriculture et présenter le rapport. C’est cela le rôle de l’opposition républicaine, elle critique et suggère. Son cabinet doit donc être un cabinet de techniciens coordonné par un chef de cabinet. Ce n’est pas un groupe de leader qu’on réuni au choix pour dire que j’ai un cabinet. Donc, la loi n’était pas claire sur l’utilisation de cet argent. C’est quand même 5 milliards, ce qui équivaut à 500 000 euros.

Donc le projet de loi que nous avons introduit, c’est pour pouvoir clarifier ces zones d’ombre. Cela n’a rien à voir avec être contre ou être pour… Cela n’a rien à voir avec le montant du budget, mais c’est son utilisation et le rôle du chef de file de l’opposition qu’on a précisé dans cette proposition de loi et surtout l’utilisation du budget

Guinéenews : parlant toujours de loi, il y a la RTS qui a été votée à l’Assemblée Nationale, mais, nous apprend-t-on, cette disposition ne sera pas appliquée sur le salaire des fonctionnaires, n’est-ce pas là un désaveu à l’endroit des députés ?

Amadou Damaro Camara : c’est une mauvaise explication. Chacun doit payer sa part de taxe. Ceux qui ont des gros salaires paient plus, ceux qui ont des petits salaires paient moins. Dans tous les pays du monde, on paie quelque chose à l’Etat sur les revenus. Cela ne va pas dans les poches de quelqu’un. Quand on réclame de l’énergie, des routes… il faut qu’on soit en mesure de contribuer un tant soit peu pour leurs réalisations, sinon d’où va venir l’argent ? Ce sont les taxes qui construisent un pays. Je crois quand même qu’il y a eu des négociations qui pourraient connaître un petit retard dans son application ou une certaine modification. L’Assemblée sera saisie éventuellement par le ministre du Budget pour ces ajustements, mais il ne peut pas le faire sans l’Assemblée.

Guinéenews : merci honorable.

Amadou Damaro Camara : c’est à moi de vous remercier

Entretien réalisé par Nassiou Sow