Tiégboro : « Il y a des Guinéens qui aiment construire leur fortune sur le cadavre des autres » (entretien suite et fin)

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Décidément, le Secrétaire général à la Présidence chargé des services spéciaux, de la lutte contre la drogue et le crime organisé est plus que jamais déterminé pour éradiquer la pratique de ‘‘l’esclavagisme’’ et la dégradation de l’environnement provoquée à Koba où des Guinéens opèrent en toute vulnérabilité, sans accompagnement conséquent. Le colonel Moussa Tiégboro Camara l’exprime dans cette troisième et dernière partie d’une interview exclusive accordée à Guinéenews©.

Aussi, l’officier supérieur de la gendarmerie met à profit cette tribune pour dénoncer le manque d’autorité qui mine le secteur de l’industrie en Guinée et annonce d’heureuses perspectives dans le cadre de la lutte contre la criminalité transfrontalière à l’orée du nouvel an 2018. Lisez !

Guinéenews© : Après que vous ayez ordonné la fermeture de deux unités industrielles à Koba, quelle a été la réaction des populations locales et des travailleurs ?

Colonel Moussa Tiégboro Camara : La vie d’un homme, c’est de zéro à cent ans. Mais celle d’un peuple est indéfinie. Pour avoir donc compris tout ce qui se passe sur ce site de Koba, j’ai tout de suite ordonné que les deux usines soient fermées, sous les applaudissements des citoyens et même des travailleurs. Et quand je leur ai expliqué les raisons, il y a des filles qui ont sauté sur moi, tellement qu’elles étaient joyeuses.

Guinéenews© : Mais est-ce que de pareille situation se passe sans la complicité de certains compatriotes guinéens ?

Colonel Moussa Tiégboro Camara : Bien  entendu ! Les sociétés de prestation…sont des histoires. Elles ne sont pas contrôlées et ne foutent rien. Plutôt, elles vendent nos concitoyens. C’est de l’exploitation pure de l’homme par l’homme. C’est une sorte d’esclavagisme.

Guinéenews© : Qu’est-ce que vous voulez dire au juste, mon colonel ?

Colonel Moussa Tiégboro Camara : Je veux dire que ces sociétés de prestations ne sont pas contrôlées. Je ne sais même pas de quel département ministériel relèvent-elles. Je me demande qui les contrôle ? Parce qu’elles prennent nos frères et sœurs et les livrent aux sociétés perdues comme ça. A Koba, les chinois travaillent avec BCEIP. J’ai demandé au représentant de cette société de prestation là bas  ce qui le lie à ces sociétés chinoises. Il m’a répondu que c’est un contrat. Je lui ai ensuite demandé s’ils n’ont pas pris les références de leur agrément. Ils ont présenté quel document qui justifie qu’ils sont légalement implantés ici ? Rien !

Ce qui les intéresse, c’est l’argent. Ils monnaient nos frères et sœurs… Ils prennent une bonne partie et ils donnent des miettes aux travailleurs. C’est de la simple exploitation de l’homme par l’homme. C’est de l’esclavagisme. Et aujourd’hui, au lieu d’accuser la Lybie ou le Koweït, ils sont là, à notre porte ces sociétés de prestation qui ne sont pas contrôlées.

Guinéenews© : Le constat est donc alarmant…?

Colonel Moussa Tiégboro Camara : Il faut voir ces femmes-là. Elles ont des mains complètement irritées. Elles ont des plaies partout. Vous ne pouvez pas y croire. D’autres mêmes disent qu’elles ont des problèmes avec leurs seins. Certaines disent qu’elles ont des problèmes de respiration. On ne leur donne rien. Elles sont dans cette fumée on dirait des rats. C’est choquant ! Et à ces sociétés de prestation, je leur ai dit que je m’occuperai bientôt de leurs crânes. Cela ne peut pas marcher dans un pays comme la Guinée. Il faut qu’on se réveille. La Guinée a besoin de se réveiller. Mais le président de la République ne peut pas tout faire. Les ministères sont créés pour cela. Et il y en a suffisamment. Mais qui fait quoi pour sauver les citoyens ? Ces sociétés relèvent de qui ?  BCEIP, Mamadouba, et patati et patata. Il y a tout dedans. Elles font ce qu’elles veulent. Certes, elles ont des contrats avec l’Etat. Mais quand on a un contrat avec l’Etat, cela sous-tend qu’on  les surveille, qu’on veille sur leurs activités, leur façon de faire sur le terrain. Ces filles n’ont pas de gants. Elles n’ont pas de protège-nez. Elles sont dans la fumée comme dans une extrême vulnérabilité. Elles ne font que fondre. Et leur vie qui est en danger. Or, la vie d’un citoyen est précieuse. Elle doit être protégée. Donc, j’ai fait mon rapport. Et ce rapport a été salué tant par le chef lui-même, par le grand frère Kiridi que par tous les autres. On n’est pas là pour  fermer la porte aux investisseurs, mais elle doit être ouverte aux investisseurs sérieux et crédibles. Parce que la Guinée n’est pas une poubelle mondiale où on parachute tout ce qui est préfabriqué ailleurs. Et c’est comme cela malheureusement. Quatre et vingt treize marques de cube Maggi fabriquées de toutes pièces et parachutées sur le marché. On met la tête de poulet par-ci, les crevettes par-là. Tout ça, c’est préfabriqué ailleurs. Mais personne ne contrôle personne. En tout cas je ne sais pas qui contrôle tout ça.

Guinéenews© : Mais que fait le Contrôle de qualité dans tout ça ?

Colonel Moussa Tiégboro Camara : Là est la question. Une fois, j’ai demandé au ministère du Commerce, à travers sa direction de Contrôle de qualité sur qui fait quoi ? Je leur ai dit que s’ils ne peuvent pas jouer pleinement leur rôle de m’envoyer leur laboratoire chez moi ici. Ils n’ont qu’à mettre le laboratoire ici.  Je jure sur l’honneur que tout sera en ordre et tout de suite. Car, je vais m’attaquer à celui qui pense qu’il est intouchable, parce qu’il y a des intouchables dans ce pays, malheureusement. Mais c’est ma nature à moi aussi, j’aime bien les intouchables. Puisque la loi est au dessus de tout le monde. Le Pr Alpha Condé l’a dit, lui-même, qu’il est justiciable. Ça veut dire que la loi est au-dessus de tout le monde. La seule chose qui dépasse la loi dans un pays, c’est la nation. Quand c’est un problème d’intérêt national, on peut faire fi à la loi. Mais aucune autre chose ne dépasse la loi dans un pays. Donc, ces gens du Contrôle de qualité ont vraiment du travail à faire. Le marché est inondé. Le nombre de marques de jus qu’on retrouve à Madina, il n’y en a nulle part au monde. Le nombre de pharmacies par terre, on n’en parle pas. Le Guinéen importe tout ce qui est mauvais pour ses compatriotes. C’est pourquoi je m’en vais vous dire qu’il y a des Guinéens qui aiment construire leur émergence sur le cadavre des autres. Aujourd’hui, le cimetière de Cameroun est rempli de cadavres. Mais il y a un grand pourcentage qu’on peut imputer à des guinéens. On doit donc veiller à notre alimentation.

Guinéenews© : Qu’en est-il du nombre de marques d’eau minérale aujourd’hui à Conakry ?

Colonel Moussa Tiégboro Camara : Laissez-moi vous dire qu’il y a plus de 2.000 marques d’eau à Conakry aujourd’hui. J’ai des preuves ici. Nous avons été jusqu’au kilomètre 36. On a acheté ces différentes marques d’eau. Il y en a de tous ordres. On prend de petites machines qu’on ramasse je ne sais où. On coud le plastique. Il y a la photo déjà qui est préconçue là. Puis, on les parachute sur le marché. Les enfants les revendent partout. Et le Guinéen prend tout ça pour boire. Comment peut-on importer de l’eau dans un pays qualifié de château d’eau de l’Afrique occidentale ? C’est paradoxal ! Et aujourd’hui, partez dans des supermarchés, l’eau est importée en Guinée. Et cette eau importée est plus convoitée, parce que les Blancs ne touchent pas aux eaux produites en Guinée. On ne sait plus où mettre la tête. C’est une insulte que d’importer de l’eau dans un pays qualifié de château d’eau de la sous-région.

Guinéenews© : Nous voici au terme de cette interview, à moins que vous n’ayez un mot à placer pour conclure.

Colonel Moussa Tiégboro Camara : Une fois encore, le temps est venu de se réveiller. Car, 2018 sera l’année de combat dans le cadre du crime organisé. Parce que tout ce que je cite-là relève du crime organisé. C’est la criminalité transfrontalière. Et là, ça va chauffer. Ça va faire mouche. Et ça va faire vibrer les gens. Mais on ira jusqu’au bout. Parce que nous sommes inscrits dans une volonté politique du Pr Alpha Condé.

Entretien réalisé par Mady Bangoura pour Guinéenews©.