Circulation Routière: professionnaliser les agents pour apaiser leurs rapports avec les usagers, une gageure pour la gendarmerie

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Depuis un certain temps, quelques bisbilles sont signalées entre agents et usagers en rase campagne. Pour corriger le tir, le Haut Commandement opte pour une qualification professionnelle des personnels de la gendarmerie  routière.

Quand on visite les Ecoles Nationales de Gendarmerie de notre pays, l’inscription la plus en vue, parmi tous les slogans portés sur les murs des bâtiments, est la suivante : «S’instruire, pour que force reste à la loi.»  

A s’interroger sur le pourquoi de cette citation dans ces temples du savoir, réservés à la gendarmerie, on vous répond que c’est d’un véritable bréviaire qu’il s’agit et fermement soutenu par son auteur, le Général Ibrahima Baldé, Haut Commandant de la Gendarmerie Nationale, Directeur de la Justice Militaire.

Depuis la mise en œuvre de la réforme des forces de défense et de sécurité dans notre pays, cette dynamique de formation continue de tous les gendarmes est inscrite dans le répertoire des priorités du Haut Commandement. Il s’agit de dispenser des cours techniques et professionnels répartis en modules, qui prennent en compte toutes les spécialités de la gendarmerie. S’y ajoutent aussi et toujours, l’éthique et la déontologie.

La formation est assurée par une expertise nationale de haut niveau, interne à la gendarmerie. Les instructeurs sont, pour la plupart, des jeunes sous-officiers de gendarmerie, universitaires, spécialisés dans les différents domaines de formation.

 

 

Une expertise extérieure est également sollicitée pour des prestations dans des domaines variés, portant sur l’organisation et la gestion de la circulation routière : règlementation, conduite défensive, code de la route, conduite automobile, technique automobile, assurances, maîtrise du risque d’incendie…

Telles des fourmilières, les Ecoles Nationales de Gendarmerie de Sonfonia et de Kalia ne désemplissent pas. Elles abritent en permanence des stages et formations de durée variable, à destination des Commandements des Ecoles, de la Mobile, de la Territoriale, ou de la Routière.

Cette dernière, depuis sa création, a déjà bénéficié d’une série de formations. Ont été concernés, les personnels de commandement, les agents motocyclistes, les agents régulateurs et ceux chargés du constat.

En  2012, après cinq mois de préparation, les premières unités de la routière ont été dotées de motos avant de rejoindre leur poste à la Direction Nationale d’alors, devenue aujourd’hui Commandement de la Gendarmerie Routière et dans les huit Compagnies Sécurité Routière à l’intérieur du pays.

L’impact de cette formation n’a pas tardé à se faire sentir. La rase campagne a été reprise en main par des gendarmes bien préparés à l’accomplissement de leur mission de sécurisation des usagers. Le renforcement de la prévention et de la sécurité routière s’est traduit par une réduction du nombre et de la gravité des accidents et de toutes les formes d’insécurité, tel le braquage.

A cette époque, les coupeurs de route étaient actifs dans la zone de Mamou. Au point que les usagers n’osaient plus emprunter le réseau routier de cette préfecture, dès le soleil couché. Les véhicules étaient systématiquement garés pour la nuit dans les villes voisines: Faranah, Dabola, Dalaba et Kindia, de crainte d’être attaqués par les bandits qui tuaient et pillaient impunément tous ceux qui osaient s’aventurer sur la route.

C’était une période très critique qui avait un retentissement négatif sur l’image du pays, en termes de sécurité du mouvement des personnes et des biens.

C’est alors que la Gendarmerie Routière qui venait d’arriver sur le terrain a décidé de réagir. Il le fallait, pour restaurer la sécurité et la confiance des populations qu’elle a mission de protéger et de défendre, à tout prix.

Formée aux techniques de combat et de pilotage de motos de sécurité, elle a planifié et exécuté l’escorte de nuit, de tous les voyageurs au départ et à destination de Mamou, pendant une longue période.

Le «calme » a été rétabli et cette action salvatrice a été hautement appréciée par les populations qui y ont vu l’expression vivante d’un esprit de dévouement et de sacrifice. Cela a renforcé la confiance des populations à l’endroit des gendarmes. On entendait des commentaires du genre : « Avec ceux-là, on est vraiment tranquilles maintenant. Leur présence sur le terrain nous met en confiance et nous pouvons voyager sans trop d’inquiétudes vers toutes les destinations.

 L’autre avantage avec eux qui nous étonne vraiment, c’est leur réaction quand tu es en règle. Ils te font un bon « garde à vous » et te disent bon voyage. Tu n’es pas retardé, il n’y a pas de tracasserie et surtout on ne te retire pas de l’argent. Ça encourage à être en règle et quand c’est le cas, tu es félicité et considéré.»

Hélas, cette idylle que l’on voulait pérenne n’a pas duré bien longtemps ! Depuis un certain temps, les choses ont commencé à se « gâter », à changer dans le mauvais sens. Des informations ont commencé à remonter, faisant état de tracasseries et de multiples incompréhensions entre agents et usagers pendant le contrôle routier. Le langage tenu n’est plus le même qu’auparavant. A présent, on se plaint que le contrôle est trop tatillon, comme à dessein. Etre en règle ne suffit plus. «On te demande l’extincteur et on te dit de l’essayer sur place pour voir s’il est chargé, s’il a « du gaz » (quel gaz ?). On te demande la boîte à pharmacie et parfois, même la seringue ! Etre en règle ne suffit plus parce qu’on trouve toujours quelque chose d’autre à te demander pour te prendre en faute et te coincer. Si tu tentes une explication, c’est peine perdue, tu les énerves et les mots que tu entends ne sont pas gentils. On te coupe le reçu, point final. Tu en sors frustré et déçu.  Pourtant, il n’y a pas encore longtemps, ils étaient efficaces, professionnels et très appréciés. On était très satisfaits d’eux.»

Que ces arguments soient fondés ou pas, exagérés ou dans les limites, qu’ils soient avancés par des usagers en règle ou pas, ce n’est pas la question. L’important est d’admettre qu’ils sont un symptôme d’incompréhension à prendre en compte. Et cela n’a pas été occulté, le moins du monde.

La haute hiérarchie de la gendarmerie qui se soucie de la quiétude sociale et du maintien de la confiance qui a été si chèrement acquise par les premières unités de sécurité routière déployées sur le terrain, a cherché de toute urgence à situer les causes de ce signe de désaffection, préjudiciable à la bonne image qu’elle entend préserver à tout prix.

Après analyse de la situation, le recyclage des personnels de la gendarmerie routière a été décidé. D’autant qu’entretemps, il avait fallu y muter de nouveaux éléments venus d’autres unités pour renforcer les effectifs. Ces derniers doivent être nécessairement formés pour intégrer parfaitement ce domaine d’activités très spécialisé, au langage et méthodes techniques spécifiques.

Pendant un mois, les Ecoles Nationales de Sonfonia et Kalia(Forécariah) ont reçu, chacune, deux groupes de stagiaires. L’encadrement a été assuré par deux directeurs de stage, les chefs d’escadron Yakhouba Soumah, et Niamy Jimmys, respectivement, commandant adjoint de compagnie sécurité routière à Mamou et Kindia.

Avec l’appui des directeurs des écoles, de la cellule PAPCR (Police Administrative et Police de Circulation Routière) de Sonfonia, des instructeurs pilotes-motos du Commandement de la Gendarmerie Routière, le stage s’est déroulé tel que prescrit par la hiérarchie. Une évaluation a été organisée pour  détecter et retenir les plus méritants qui formeront l’ossature de la troisième promotion d’agents de constat, à former dans un proche avenir, indique-t-on.

L’expérience a largement démontré que dans toute entreprise de qualification des individus, la formation s’est avérée incontournable. En même temps qu’elle sociabilise l’homme, elle le rend meilleur et plus apte à servir ses semblables. Cela reste valable, autant pour les civils que pour les hommes en uniforme. L’impact chez ces derniers est d’ailleurs plus marqué. En tant que représentants de la force publique, ils sont les défenseurs de la loi.  L’accomplissement correct de leur mission est un déterminant vital pour l’équilibre de notre société.

Que notre protection soit placée entre des mains profanes, on ne pourrait l’imaginer, même en rêve !

C’est dire, toute l’importance que revêt la formation.

Les gendarmes concernés par ce stage ont été unanimes à reconnaitre les avantages qu’ils en ont tiré.

Instruction leur a été donnée de traduire en actes concrets sur le terrain, tous les acquis engrangés pendant la formation.

Les chefs d’escadron, Directeurs de stage, Yakhouba Soumah et Jimmys Niamy, rappellent que des indicateurs vérifiables existent pour mesurer l’impact de leur action.

Entre autres, soulignent-ils : « Si le « calme » habituel revient dans le contrôle routier en rase campagne, on aura acquis la certitude que nos stagiaires ont bien retenu les leçons.

Il n’y a pas meilleure preuve que celle-ci.