Chronique-fiction : Kabila- Bongo- Faure et Alpha en apartés

24 mai 2017 3:03:22
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Votre quotidien électronique Guinéenews© continue à plonger ses lecteurs dans le thriller de la politique- fiction. Dans ce présent numéro, nous proposons un mini-sommet d’État imaginaire, qui se tiendrait à Conakry. Invités par leur homologue guinéen, Alpha Condé, le président de l’Union africaine (UA) s’entretient avec le Gabonais Ali Bongo Ondimba, le Congolais Joseph Kabila et le Togolais Faure Gnassingbé.

Alpha Condé : mes chers frères, je suis content de vous accueillir à Conakry. Faites comme chez vous. Je sous souhaite la bienvenue et un excellent séjour en terre africaine de Guinée.
Joseph Kabila : merci beaucoup, mon frère Alpha Condé, pour le chaleureux accueil. De l’aéroport jusqu’ici, nos drapeaux respectifs et nos posters géants sont affichés le long des rues, je me croyais dans les rues de Lubumbashi ou de Kinshasa.

Faure Gnassingbé : bien dit mon ami Kabila, je me voyais aussi dans les rues de Lomé ou de Kara.
Ali Bongo : réserver un accueil aussi chaleureux à trois hôtes, au même moment, il faut être Alpha pour le faire. Nous sommes honorés, et le Gabon te rendra la monnaie.
Alpha Condé : la seule façon de me rendre la monnaie, c’est si le Syli cadet me ramène la Coupe de Libreville en devenant champion d’Afrique de sa catégorie.
Ali Bongo (rire) : tes gosses sont bien partis pour remporter la coupe, surtout qu’ils ont corrigé les miens (5-1) en ma présence. Il n’en fallait pas pour provoquer les railleries de Jean Ping. Ensuite, ils ont encaissé 5-0 contre le Ghana.
Joseph Kabila : à vrai dire, en fouillant minutieusement dans cette équipe, il y a des opposants ou des fils des opposants.
ALi Bongo : tout est possible. En tout cas, si ça te tient, je t’invite à Libreville le jour de la finale, mon cher ALpha.
Alpha Condé : qui moi ? Jamais ! J’ai une opposition vicieuse. En cas de défaite, je subirais les railleries les plus terribles de ma vie. C’est ce qui est arrivé à Alhassane Ouattara. En 2012, il a été à Libreville croyant qu’il rentrerait avec la Coupe. Mais ils ont perdu. En 2015, n’étant pas à Malabo, ils ont gagné.
Faure Gnassingbé : je te suggère de venir attendre l’équipe à Lomé. On va suivre la finale ensemble. En cas de victoire, ton équipe fera escale à Lomé. Et vous rentrerez ensemble. En cas de défaite, tu rentreras seul, comme si de rien n’y était. Personne ne sera au courant.
Alpha Condé : je ne rejette ni la première proposition, ni la seconde mais revenons à nos moutons. Je vous explique pourquoi j’ai convoqué ce mini-sommet à Conakry.
Faure Gnassingbé : avant cela, je voudrais vous faire rire. En venant ici, j’ai pris le plaisir d’acheter quelques journaux privés parus à Lomé. Il y a un journal qui a titré. « Faure convoqué dare-dare à Conakry, on verra s’il est fort ». Cela m’a fait trop rire. Ah ces journaleux, parfois, ils n’ont même pas quoi manger.
Ali Bongo : chez moi aussi au Gabon, un journal de Jean Ping a barré à sa grande Une : « En plein dialogue politique, Ali Bongo va se ressourcer à l’école d’Alpha Condé ».

Joseph Kabila : vous au moins, les médias de l’opposition sont tendres envers vous. A Kinshasa, les radios à la solde de l’opposition chantent à chaque journal. « Kabila, acculé de toutes parts, accourt à Conakry pour se faire remonter les bretelles par le président de l’UA ».
Alpha Condé : depuis mon élection jusqu’à ce jour, j’ai eu des relations assez difficiles avec la presse. C’est pourquoi, je leur ai dit en conférence de presse que je ne lis pas les journaux, je n’écoute pas les radios, je ne vais pas sur internet et je m’en fous de ce qu’écrit RSF. Des propos qui ont provoqué leur ire. Depuis, ils m’ont laissé tranquille.
Joseph Kabila : à Kinshasa aussi, au plus fort moment de la crise, j’ai dû fermer plusieurs médias. Les journalistes ont protesté. En riposte, Reporters Sans Frontières a classé la RDC 154e sur 180 pays mais cela ne m’a fait ni chaud, ni froid.
Alpha Condé : mes chers amis et frères, comme je l’ai dit, j’ai convoqué ce mini-sommet restreint à Conakry pour parler de la démocratie en Afrique. J’ai donné le ton à Abidjan, quand j’ai dit de couper le cordon avec l’ancien colon.
Joseph Kabila : mon grand-frère, tu as dit tout haut ce que tout le monde dit tout bas.
Faure Gassingbé : ADO a le courage de rappeler qu’il a oublié de te dire que vous étiez en direct.
Alpha Condé : chers collègues, tournons cette page. En tout cas, si je vous ai appelé, sans élargir à d’autres collègues, vous saurez la raison plus tard. Mais tout d’abord, je demande à chacun d’expliquer son plan secret au pouvoir
Ali Bongo : charité bien ordonnée commence par soi, dit l’adage. Comme tu as eu l’idée lumineuse de nous inviter, eh bien, nous te laissons les soins d’ouvrir le bal.
Faure Gnassingbé (rire) : justement mon cher Bongo, que le frère aîné commence le premier
Alpha Condé : je ne suis pas votre grand-père hein (rire). J’ai été un ami et un conseiller personnel de vos pères respectifs. Vous avez grandi sous mes yeux.
Joseph Kabila : je pense que nous allons vite en besogne. Si le grand-frère nous a appelés précipitamment à Conakry, nous ne savons pas pourquoi il l’a fait, mes amis.
Ali Bongo : comme tu viens au secours du frère aîné, et si tu répondais toi, en premier.
Faure Gnassingbé : Kabila a intérêt à soutenir le professeur Alpha Condé, c’est le médiateur de la crise Congolaise. Il reçoit depuis un temps la classe politique congolaise.
Joseph Kabila : je rappelle à mon voisin gabonais que je ne suis pas son chinois (rire).
Faure Gnassingbé : mon cher Kabila, ais-tu allusion à Jean Ping ?
Ali Bongo : Au Gabon, tout le monde est étranger. Même moi, ils disent que je suis nigérian et que je suis originaire de Biafra (rire).
Joseph Kabila : moi, ils disent que je suis d’origine Rwandaise (rire)
Alpha Condé : moi, l’opposition jure que je suis Burkinabé (rire). Mon ministre de l’intérieur a dit à mon principal opposant de rentrer en Somalie (rire).

Ali Bongo : en Afrique, tous les opposants sont du pareil au même.
Faure Gnassingbé : c’est comme au Togo, du débat d’idées, ils vont au débat de personnes.
Alpha Condé : bon, comme vous tardez à répondre, je vous soumets à un jeu. Bien que nous nous connaissions, je demande à tout un chacun de se présenter.
Ali Bongo : nous vous donnons cet honneur, monsieur le président de l’UA.
Joseph Kabila : et ancien président de la FEANF (rire)
Alpha Condé : Moi, je suis le professeur Alpha Condé, ancien et éternel président de la FEANF (rire). J’ai été élu en 2010, après quarante ans de lutte politique. J’ai fait la prison et l’exil. J’ai été réélu en 2015 au premier tour. Mais depuis janvier 2017, je suis le président en exercice de l’Union africaine (UA).
Faure Gnassingbé : moi, j’ai pris la tête du Togo à la mort de mon père, qui a régné 38 ans pendant. Depuis, j’ai été élu trois fois de suite en 2005, en 2010 et en 2015.
Ali Bongo : comme Faure, j’ai pris le pouvoir au lendemain de la mort de mon père en 2009. La même année, j’ai été élu président, puis réélu en 2016 pour sept ans encore.
Joseph Kabila : contrairement à Faure et à Ali, j’ai pris les destinées de la RD Congo au lendemain de l’assassinat de mon père en 2002. Depuis, j’ai été élu en 2006, puis réélu en 2011. Malgré la fin de mon mandat en 2016, je dirige toujours le pays.
Alpha Condé : qui est votre opposition ? En ce qui me concerne, je n’ai aucun opposant en face. Ils ont tous abdiqué. J’ai souffert sous mon premier mandat. Au début, j’ai accepté le retour de tous les exilés politiques. Si tu n’es pas haut représentant du chef de l’État, tu es chef de file de l’opposition. Le reste, je les entretiens. Aujourd’hui, j’ai réussi à les diviser. Je suis tranquille.
Ali Bongo : au Gabon, à chaque élection, il y a la naissance d’une opposition. Tous ceux qui veulent s’opposer à moi sont des anciens collaborateurs de mon feu père. Celui qui fait figure d’opposant depuis ma réélection, c’est Jean Ping, un de mes proches.
Faure Gnassingbé : au Togo aussi, comme en Guinée je n’ai plus une opposition en face. Lors de la dernière élection présidentielle, ils sont allés en rangs dispersés.
Joseph Kabila : en RD Congo, j’ai une opposition armée et une opposition non-armée. La première occupe une bonne partie du pays. L’autre s’agite à Kinshasa. Mais je commence à respirer depuis la mort du farouche opposant, Etienne Tshisekedi.
Alpha Condé : paix à son âme, il va retrouver Jean Marie Doré au paradis
Ali Bongo : ils ne vont pas s’ennuyer puisqu’ils auront André Mba Obame.
Faure Gnassingbé : grand-frère aîné, comment as-tu réussi à déstabiliser ton opposition, elle qui était, pourtant, très forte et unie ?
Alpha Condé : j’ai une force, c’est ma patience. Nouvellement élu, mes opposants se sont organisés pour prendre le pays en otage. L’administration travaillait trois jours, l’opposition manifestait deux jours. Après, c’est le week-end et puis, on reprend. Après trois ans de manifestations de rue, j’ai organisé les élections législatives. C’est là qu’il y a eu les premières déchirures. Au lendemain de la mise en place de la nouvelle assemblée nationale, j’ai instauré le chef de l’opposition. Deuxième fissure. Aux élections présidentielles d’octobre 2015, il y a eu la troisième fissure.
Faure Gnassingbé : tu es un véritable animal politique, un vrai stratège

Alpha Condé : J’ai commencé par la répression policière, le débauchage des éléments de l’opposition, les dialogues politiques inter-guinéens. Tout dernièrement, j’ai trouvé des strapontins pour contenter mes opposants les plus coriaces.
Ali Bongo : est-ce que je pourrais faire la même chose au Gabon ?
Alpha Condé : pour l’instant, je te conseille de laisser Jean Ping faire ses tournées et ses meetings. Dans un premier temps, tu commences à assécher tous ses robinets pour l’asphyxier financièrement. Ensuite, tu cherches à débaucher dans son parti et dans sa coalition. Quand tu te sens en position de faiblesse, tu organises rapidement un dialogue politique. Tu signes tout ce qu’il te demandera. Aux prochaines législatives, tu piques quelques-uns de ses éléments avant et après le scrutin.
Faure Gnassingbe : c’est exactement ce que j’ai fait au Togo, sur conseil de mon frère Blaise Compaoré. Au départ, le Togo était régulièrement secoué par des marches. En visite à Ouagadougou, le frère Blaise m’a expliqué comment il a réussi à domptant son opposition à travers la création du chef de file de l’opposition.
Dès mon retour à Lomé, j’ai créé le poste. Au lendemain des élections législatives, j’ai mis en application mon décret. L’opposition, jusque-là formant un bloc, s’est fissuré. Tous les jours, ils s’attaquaient par médias interposés. Aussitôt, j’ai versé la tranche du budget du chef de file de l’opposition. Il fallait entendre les opposants s’insulter.
Alpha Condé : c’est exactement ce qui se passe en Guinée. Faya a pris ses distances de l’opposition, Kouyaté a ébruité l’affaire du budget du chef de l’opposition. Sidya ne fait pas de cadeau à l’UFDG. Ils s’insultent par médias interposés ou lieutenants interposés. Telliano est venu me prier de libérer son maire.
Joseph Kabila : feu Jean Marie Doré a eu raison de dire que l’opposition guinéenne est la plus bête d’Afrique.
Alpha Condé : aujourd’hui, je déroule tranquillement mes activités. Il n’y a pas de manifestations de rue. Personne ne dénonce ma gouvernance, personne ne réclame l’organisation des élections locales. Ils se sont tous tus.
Ali Bongo : au Gabon, un proverbe dit que la bouche qui mange ne parle pas.
Joseph Kabila : tu peux reporter indéfiniment les élections locales jusqu’en 2018. En 2018, tu as deux options. Sois, tu organises les élections législatives. Après, tu te débrouilles à te trouver une majorité qualifiée. Ensuite, ceci fait, tu leur demandes de modifier la constitution. Et le boulevard est ouvert pour un troisième mandat.
Soit, tu repousses les élections locales, les élections législatives jusqu’en 2020, date de l’élection présidentielle. Et puis, tu joues au glissement à la « Congolaise ».
Faure Gnassingbé : c’est une bonne idée, mon grand-frère. D’ici-là, tu as plein de sujets pour occuper les esprits. Chaque fois, tu agites le dossier du 28 septembre 2009.
Alpha Condé : le débat sent bon, allons d’abord à la table. On va reprendre le débat.
Note de l’auteur : Seuls les photos des personnages sont authentiques (photos crédit), l’entretien est pure fiction et les propos n’engagent nullement leur auteur. Nous osons croire que les lecteurs comprendront notre inspiration et nous épargnerons des poursuites.