Ce qu’il faut retenir du bilan mitigé de l’année 2017 en Guinée (Première partie)

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Dans cette première partie, la rédaction de Guinéenews tente de faire la rétrospective, mais non exhaustive, des faits marquants de l’année 2017 en Guinée. Un bilan mitigé ou presque.

Alpha Condé, Président de l’UA

L’année 2017 commence bien pour la Guinée à l’international. Et pour cause ? Le 29 janvier, le président Alpha Condé a été désigné par ses pairs comme président en exercice de l’Union africaine (UA). C’était en marge du 28e sommet des chefs d’Etat africains à Addis-Abeba. Il succédait ainsi à son homologue Tchadien, Idris Deby.

Dès son retour au pays, le président Condé est triomphalement accueilli à Kankan en février 2017, sur invitation des orpailleurs. Depuis, c’est le début d’une offensive diplomatique, qui marque le retour de la Guinée sur la scène internationale. Au menu, le changement climatique, la lutte contre le terrorisme, ainsi que la réforme de l’UA.

Pour preuve, le président Condé sera invité à des grands sommets aux quatre coins du monde : COP 22 à Bonn, sommet France- Afrique à Abidjan, assemblée annuelle de l’ONU à New York.

Il rencontrera également Emmanuel Macron à l’Elysée, Donald Trump àWashington, Vladimir Poutine à Moscou, Xi Jinping à Pékin, Angela Merkel à Bonn, Erdogan à Ankara. Parallèlement, il offrira sa médiation à Bissau, en Libye, en RDC, au Togo et en Arabie.

Il en profitera pour effectuer des visites officielles en Jordanie, à Kampala, à Khartoum pour renforcer la coopération bilatérale.

Cependant, ces bonnes nouvelles ne doivent pas occulter la crise intérieure.

Grève dans les écoles

La preuve, l’année 2017 a été également marquée en Guinée par des troubles dans le secteur de l’éducation. D’abord en février avec la grève déclenchée par deux centrales syndicales de l’éducation, qui fut très largement suivie dans tout le pays. Au total, il y a eu au moins huit morts et une trentaine de blessés.

A l’origine, les leaders syndicaux de l’éducation exigeaient la titularisation des vacataires au sein de l’éducation publique et le maintien de leur indice salarial obtenu sous le régime défunt. Faute de consensus, les grévistes vont occuper la rue.

En raison des troubles, le gouvernement Youla fermera les écoles le 1er février. Cependant, à la suite de négociations avec les meneurs, il appellera les enseignants à reprendre les cours le 13 février.  Mais le même jour, le syndicat avait déclenché une grève dans le primaire et le secondaire. Une grève, largement suivie partout dans le pays. Il a fallu d’âpres négociations pour faire raisonner les grévistes.

Six mois plus tard, le président Alpha Condé procède à un mini- remaniement ministériel. Il remercie alors le ministre Ibrahima Kourouma de l’éducation, jugé incapable de gérer cette grève syndicale, pour le faire remplacer par Ibrahima Kalil Konaté, un activiste du RPG Arc-en-ciel.

Curieusement, au lieu de s’atteler à la mise en œuvre des accords déjà signés, le nouveau ministre finira par ouvrir des hostilités contre le syndicat de l’éducation en novembre. C’est le début d’une nouvelle grève dans le secteur de l’éducation. Une grève « sauvage » ou « illégale », martèlent les autorités. Les initiateurs, eux, sont taxés de « rebelles ».

Durant trois semaines, les grévistes, dirigés par Aboubacar Soumah, un enseignant méconnu devenu légendaire, qui réclamaient une augmentation de salaire et une nouvelle grille salariale, ont tenu tête au gouvernement. Cette grève fera deux morts. Il a fallu l’intervention des leaders religieux pour obtenir deux mois de trêve. Mais Aboubacar Soumah devint une star adulée.

Violences dans les zones minières

En avril, la région minière de Boké a été le théâtre d’une violence inouïe. Une accumulation de promesses non tenues a mis le feu aux poudres dans le Kakandé. A l’origine, tout est parti d’une banale panne d’électricité. En réaction, les manifestants sont descendus pacifiquement dans les rues mais ils ont été violemment dispersés par les forces de maintien d’ordre. Bilan, au moins cinq morts.

En septembre également, les jeunes de Boké remettent ça encore. Au moins, deux morts et des dizaines de blessés. Ils ont saccagé des symboles de l’État comme la sous-préfecture, la mairie, le poste de gendarmerie ou encore des infrastructures militaires et des centres de santé. Pire, ils ont tenté de déboulonner les rails des trains transportant la bauxite exploitée dans la région. Ils demandent le rétablissement de l’accès à l’électricité et à l’eau. La contagion touchera même Kamsar.

Les mêmes violences sont enregistrées à Siguiri, Kérouané, Kouroussa et Beyla.

Bras de fer presse-pouvoirs publics

Au dernier trimestre de 2017, la relation entre la presse privée et les pouvoirs publics connaît une forte détérioration. A l’origine, l’annonce d’une rumeur faisant état de la prétendue mort du président Alpha Condé. En représailles, la radio Gangan, accusée (à tort) d’avoir relayée la fausse nouvelle, est mise sous silence. Quatre employés de son personnel sont convoqués comme le coordinateur de la radio Gangan.

En réaction, la presse se mobilise pour aller faire libérer les confrères de Gangan FM à la gendarmerie. Mais elle est aussitôt, brutalisée, violentée et dispersée. Son matériel de travail endommagé.

Pendant ce temps, la radio Espace FM est également fermée pendant une semaine pour avoir relayé des infos sur l’armée. Peu après la levée de cette sanction, le directeur d’Espace TV, Moussa Moise Sylla, est poursuivi à la justice pour avoir livré certaines infos relatives à l’armée.

Alors que la presse attend ce procès avec impatience, le président Alpha Condé menace publiquement de fermer toute radio qui diffuserait la parole au syndicaliste dissident, Aboubacar Soumah. Très inquiètes, les radios se plient aux injonctions présidentielles.

Les jours suivants, l’Autorité de régulation des postes et télécommunications (ARPT) descend aussi sur le terrain, aidée d’une équipe de gendarmes, pour procéder à la fermeture des radios et télévisions privées non en règles vis-à-vis de l’État. En vérité, l’ARPT réclame plus de six milliards GNF pour les redevances annuelles. Plusieurs radios sont sous réduites au silence.

Éliminations du Syli à la CAN et au mondial

En sport, l’année 2017 sera marquée par une double élimination du Syli national de Guinée, qui ne disputera ni la phase finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) au Gabon en 2017, ni celle de la Coupe du monde prévue en Russie en 2018.

Pour la campagne de qualification de la CAN, le Syli sera évincé par une modeste équipe de Zimbabwe, pourtant confronté à un manque de trésorerie. Mais le plus révoltant dans ces éliminatoires, c’est la défaite du Syli par une petite équipe du Swaziland.

A la campagne de qualification pour le Mondial 2018, la Guinée élimine la Namibie. Au second tour, elle est logée dans la poule de la Tunisie, de la RD Congo et de la Libye.

Au terme de la campagne, la Tunisie est qualifiée au mondial en Russie avec quatorze points, devant la RDC treize points, la Libye, quatre points et la Guinée, seulement trois points. En six sorties, le Syli a enregistré cinq défaites et une victoire.

Les équipes de catégorie inférieure en demi-teinte

Du 26 février au 12 mars, la Zambie accueille la Coupe d’Afrique des nations des juniors (U20). Lors de la grande finale, les Chipolopolos Juniors de la Zambie, tombeurs du Sénégal (2-0) sont champions d’Afrique, alors que le Syli junior de Guinée, vainqueur de l’Afrique du Sud (2- 1), rentre à la maison avec la médaille de bronze.

Qualifié pour le mondial de sa catégorie en Corée du Sud du 20 mai au 11 juin, le Syli est dans la poule de la mort avec la Corée du Sud, pays hôte, l’Argentine et l’Angleterre.

Auteur du nul face à l’Angleterre (1-1), humilié par la Corée du Sud (0-5) et corrigé par l’Argentine (0-5), le Syli junior de Guinée quitte la compétition dès le premier tour.

Initialement prévue à Madagascar, le Gabon va organiser, en mai, la CAN la CAN des cadets (U17). En marge de la grande finale, le Mali s’imposera face au Ghana (1-0), alors qu’au match de classement, la Guinée fera une bouchée le Niger (3-0).

Au mondial de sa catégorie en Inde, le Syli cadet, qualifié pour la deuxième fois de suite pour ce tournoi réservé au moins de 17 ans, est avec l’Iran, de l’Allemagne, du Costa Rica. Mais comme au Chili en 2015, il s’arrêtera au premier tour.

Battu en ouverture par l’Iran (1-3) et auteur du match nul (2-2) contre le Costa Rica, le Syli a finalement perdu devant l’Allemagne (1-3). Du coup, il rentre bredouille avec deux défaites et un nul pour quatre buts marqués contre huit buts encaissés.

Quant au Syli local, quatrième lors de la précédente édition au Rwanda en 2016, les poulains de Lappé Bangoura sont en route pour le championnat d’Afrique des nations (CHAN) 2018, tournoi continental réservé pour les joueurs évoluant en Afrique.

Logé à Casablanca, le Syli local est dans le même groupe que le Maroc, le Soudan et la Mauritanie. Objectif recherché des guinéens, soulever le trophée en terre marocaine.

Le Horoya AC en phase des poules, une première

Après plusieurs échecs, le Horoya AC accéda pour la première fois en phase des poules de la Coupe de la Confédération. Éliminé d’abord aux portes de la phase des poules de la ligue des champions, le club de Matam sera reversé en coupe de la CAF.

Tombeur des marocains d’Ittihad de Tanger en huitièmes, le HAC est versé dans le groupe du TP Mazembe, du CF Mounana et de Super Sports United. Au terme de la phase retour, le club de Matam termine troisième avec neuf points sur 18 possibles.

L’année 2017, c’est aussi le changement de tête du sport guinéen. D’abord, au ministère des sports, Siaka Barry va céder le fauteuil à Sanoussy Bantama Sow. A la tête de la fédération guinéenne de football, Antonio Souaré sera plébiscité devant son challenger, Salifou Camara Super V.