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Can 2022: rackets policiers, pris pour des djihadistes, l’étonnante odyssée de deux fanatiques du Syli arrivés au Cameroun par la route

Deux jeunes guinéens sont arrivés samedi à Bafoussam après plus d’une semaine de voyage en véhicules. Rackets policiers, pris pour des djihadistes, envie d’abandonner… A les entendre, la traversée n’a pas été du tout aisée.

Diplômé en sociologie, Amadou Binta Camara se fait appeler Commando Moustik ou encore  Le Sacrifice de la Guinée. Il a quitté sa ville de Coyah – dans la périphérie de Conakry – le 5 janvier dans l’espoir de pouvoir regarder le premier match de la Guinée contre le Malawi. C’est au cours du voyage qu’il rencontre Morciré Djenaba Youla qui, lui,  a quitté Conakry le 6 janvier 2021. « Quand je suis allé à la Fédération (Guinéenne de Football) le mercredi (5 janvier), on m’a dit que la liste des supporters devant accompagner l’équipe était close. On m’a dit qu’ils n’ont pris que 32 personnes », raconte Youla. Il ne se décourage pas cependant. N’ayant pas suffisamment d’argent pour s’acheter un billet d’avion, il s’embarque à bord d’un minibus à la gare routière de Bambéto (banlieue de Conakry) qui l’amène jusqu’à Bamako.

C’est à Bamako, vendredi 7 janvier, que les deux supporters s’embarquent à bord d’un même bus pour le Bénin via le Burkina et le Togo.  Mais, en ce moment, ils ne se connaissent pas encore. Amadou Binta Camara qui avait quitté la Guinée un jour plus tôt, avait pris un jour de retard à Bamako parce qu’il attendait de l’argent. C’est à un barrage de contrôle policier entre le Mali et le Burkina Faso qu’ils se sont connus. Morciré Djenaba Youla est interpellé au barrage par des gendarmes maliens qui lui réclament sa carte de vaccination COVID. C’est lors des discussions entre lui et les gendarmes qu’Amadou Binta Camara que son co-passager est un Guinéen. « Il m’a dit que Naby Déco et André Ayew sont ses amis et qu’il se rendait au Cameroun en vue de la CANQuelle coïncidence ! Je lui ai dit que moi aussi je partais pour le Cameroun », relate Amadou Binta Camara. Cette interpellation policière n’était que le début du calvaire qu’ils allaient endurer, notamment entre le Nigéria et le Cameroun.

Commando Moustik qui a quitté Bamako avec une somme de 300 000 FCFA se retrouve avec 10 000 FCFA au Nigéria. « A chaque barrage de contrôle, il fallait payer. En plus on me faisait surpayer parce que je n’avais que la carte d’identité nationale guinéenne, mon passeport étant expiré », explique Moustik. Et de poursuivre : « quand mon argent était fini, je n’avais plus d’espoir, j’ai alors décidé de faire demi-tour. C’est lui (Youla) qui m’a encouragé à ne pas abandonner. Il m’a dit : ‘’ suis-moi ‘’. Il avait deux cartes magnétiques. A chaque escale, il faisait retirer de l’argent pour nous permettre de payer le transport ou de manger…»

« Au Nigeria, il y a un Camerounais qui avait voulu l’escroquer. Il avait un minibus dans lequel il voulait nous transporter. Bizarrement, on était que les seuls passagers dans ce véhicule. J’ai dit au petit (Camara) de ne pas y aller. Il a longuement hésité parce qu’il voulait assister au deuxième match contre le Sénégal. Le soi-disant Camerounais lui disais si ton ami ne veut pas aller, toi tu viens nous allons partir. Heureusement, il a finalement décidé de ne pas partir », renchérit Morciré Djenaba Youla.

Confondus à des terroristes

Arrivée dans la ville nigériane d’Ikom, le reste du voyage devait se poursuivre par voie maritime. Les deux supporters du Syli s’embarquent dans un bateau Grand Golden Line  abord duquel il y avait beaucoup de personnes sans pièce d’identité. « Le bateau filait à 250 kilomètres par heure. On tremblait tellement de peur », raconte Youla. Leur bateau est intercepté par l’armée camerounaise. Le bateau tente de fuir les militaires. « Les militaires étaient prêts à tirer. Nous, on a commencé à crier avec les mains à l’air », explique Amadou Binta Camara. Interpellés, ils sont envoyés dans la ville camerounaise de Limbe. Là, ils passeront 48 heures de garde à vue. Par la bénédiction d’un Guinéen qui travaille à l’immigration, ils recevront 65 000 FCFA qui leur permettront d’arriver à Bafoussam, la ville de l’ouest du Cameroun où est basée la délégation guinéenne. La condition : laisser leurs pièces d’identité avec leur bienfaiteur. Ils n’entreront en possession de ces pièces lorsqu’ils auront remboursé les 65 000 FCFA…

« La Guinée ira en finale… »

Avec tous les efforts fournis et toutes les souffrances endurées, les deux supporters croient qu’ils ont payé le prix du triomphe de la Guinée à cette Coupe d’Afrique. « Nous sommes le sacrifice de la Guinée… La Guinée ira en finale par la grâce de Dieu », espèrent-ils.

Depuis Bafoussam, Cameroun Tokpanan DORE, envoyé spécial de Guinéenews à la Can

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