Burkina Faso: les quatre vérités de Macron

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On dit que « qui est homme fait comme le pain, de mettre la tête dans le four ». Personne  n’a encore vu et entendu un président du monde oser aller au four avec les étudiants sans prendre des gants, surtout quand on est un président français.

Des contentieux réels ou factices entre la France et l’Afrique sont nombreux  dans la boîte de la Françafrique. Emmanuel Macron était attendu de pieds fermes, surtout, surtout, surtout (ce n’est pas un bégaiement) au Burkina Faso, le pays qui a le plus d’aigreur vis-à-vis de la France, où les jeunes l’attendaient avec plein de préjugés.

Il fallait prendre le temps de les éponger un à un, ils étaient nombreux. L’entrée en matière a vite annoncé la couleur comme un adulte qui parle sans langue de bois à ses cadets parfois mal inspirés: Le secret-défense sur l’assassinat de Thomas Sankara sera levé, François Compaoré sera extradé une fois que la justice française en aura fini, montrant ainsi la nette séparation de l’Exécutif du  judiciaire, mettant un brin d’ironie en disant que la justice française, comme celle du Burkina Faso, est libre, une leçon donnée tacitement à tous les autres Etats.

Tout cela est bien, si cela ne dépasse pas la durée de son quinquennat. Par contre, on n’a pas prêté attention si la question de Blaise Compaoré a été posée. Mais les questions sur le franc CFA et sur la climatisation de l’université, Macron  a repoussée la responsabilité sur le président du Faso bien mal à l’aise dans ces petits souliers, qui  s’en était allé à la chasse aux chimères. Il est à souligner que dans tous les pays, les jeunes parlent du CFA mais aucun pays ne manifeste le besoin de s’en débarrasser.  A-t-on parlé aussi du respect de la démocratie, de la constitution et des droits de l’homme ? Comme les autres de l’est, les Occidentaux commencent petit à petit à ne plus conditionner leur coopération.

Sur l’immigration : les raisons ne manquent pas aux politiques africains de pointer du doigt la France. Le retard technologique de l’Afrique est mis sur le compte de la traite des Noirs, de la colonisation, de la néo-colonisation de la Françafrique et dernièrement  sur  l’intervention  de la France en Libye et les ramifications au Sahel. Il est vrai que la France en est pour quelque chose, mais que dire des milliards d’aide au développement qui sont allés dans les poches, que dire de l’ethnocentrisme et du népotisme qui entretiennent la corruption, la mauvaise gouvernance,  les inégalités sociales et  les frustrations qui poussent certains jeunes à fuir leur pays ?

Un exemple qui pousse à l’immigration à tout prix par la faute des dirigeants africains: quand une des coépouses d’ethnies différentes a un parent haut placé dans la gouvernance pour envoyer ses enfants en Europe officiellement, comment les enfants de l’autre femme peuvent rester à regarder leur mère en infériorité frustrante, sans tenter d’aller vers la Libye à n’importe quel prix ?

Il ne faut surtout pas tout mettre sur le compte de l’intervention de la France en Libye pour justifier cette immigration forcée, puisque l’immigration existe depuis les années moroses des dictatures des partis uniques. Les intellectuels africains le savent, ils en ont fait un film, Bako.

La mauvaise gouvernance et le népotisme sans retenue actuellement ont fait que redoubler le phénomène, et comme les narcotrafiquants et les contrefacteurs ne peuvent s’épanouir que sur des terreaux propres à eux, les passeurs ont trouvé une activité lucrative. Et ces passeurs opèrent en toute liberté. On a entendu les plaintes des parents des personnes envoyées au Qatar, aux Emirats comme ouvriers et femmes de ménage. La description des conditions de ces travailleurs ne diffère de la vente des esclaves en Libye seulement que ce marché de bétail humain s’est fait à ciel ouvert et devant caméras.

Les questions étaient sélectives, mais pour tout rompre, Emmanuel Macron a dépassé le protocole pour demander des questions libres, sans passer par le tamis, le filtre des conférences de presse classiques. Même à ce jeu d’interactivité improvisée, Macron a tiré remarquablement son épingle du jeu, chose qu’on ne croyait pas évidente au départ. Faut-il mettre cela sur la maestria de Macron ou sur la médiocrité des questions des étudiants pris au dépourvu de la brusque liberté d’expression?

Dans certains cas, le président français n’a pas coupé les cheveux en quatre parce qu’il n’a pas parlé du respect de la constitution et de l’alternance politique. Cela signifie-t-il que la non-ingérence est synonyme et homonyme d’indifférence ? Si tel est le cas, la jeunesse Africaine est  abandonnée, rien ne servira à tabler sur son cas lors de ce sommet UA- UE. Cependant,  il a dit ses quatre vérités bien à lui.