Boké : Retour sur l’origine de la colère des populations de Kolaboui contre les autorités locales

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La tension est montée d’un cran dans la soirée du 31 janvier dans la sous-préfecture de Kolaboui (Boké), à trois jours du scrutin annoncé pour le 4 février 2018, a-t-on constaté sur place.

Alors que la campagne de l’Union des Forces Républicaines (UFR) s’est déroulée sans incident mercredi 31 janvier à Kolaboui, la nouvelle de la fraude que préparaient les autorités de ladite localité comme une trainée de poudre dans la soirée. Du coup, la population en furie a débarqué à la sous-préfecture pour saisir les documents mis en cause. Ce dernier, selon des témoins trouvés sur place, a dû être extirpé par les forces de l’ordre pour être mis en sécurité.

Au moment même où nous arrivions sur les lieux aux environs de 20 h, nous avons aperçu un pick-up rempli de gendarmes, poursuivis par une foule en colère, qui quittait la sous-préfecture. « Sous-préfet zéro, nous voulons le départ du sous-préfet » ou encore « c’est Zito (l’actuel maire de Kolaboui, ndlr) qui est là, nous ne voulons plus du sous-préfet, nous n’accepterons pas la fraude ici », tels étaient les slogans entonnés par la foule.

Selon les responsables de l’UFR et de l’UFDG rencontrés sur place, tout est parti d’une tentative d’achat de conscience des populations orchestrée par le sous-préfet dans cinq districts de Kolaboui où il instruisait des chefs de districts et de quartiers de faire enregistrer des citoyens avec leur numéro de cartes d’électeurs et de bureau de vote sur une fiche moyennant un sac de riz et une somme de 100 000 GNF. Sur cette fiche, avec l’effigie du parti au pouvoir, intitulée : Ma famille « face à moi » du RPG ARC-en-ciel retrait carte identification bureau de vote ». Il est mentionné dans les colonnes : nom et prénoms du point focal de la famille, les noms et prénoms des membres avec leur profession, le contact téléphonique, le numéro de la carte d’électeur et d’autres colonnes où il est mentionné : militant RPG oui/non, carte retirée O/N, bureau d’identification O/N et observation.

Voici à propos le témoignage de Sankoumba Doumbouya, responsable de l’UFR et originaire du district Tassibon où tout a été découvert. « Aujourd’hui, à partir de 13 heures, nous avons vu le sous-préfet accompagné d’une délégation quittant les districts de Sogoboli, Mamaya, Guèmessanssan, Diahabiya pour rentrer à Tassibon. J’étais là quand mon frère m’a informé que le sous-préfet venait de passer pour aller chez le chef de quartier. J’y suis allé et j’y ai trouvé quatre personnes. Il a demandé notre chef de quartier en disant qu’il quittait Guèmèssanssan avec des fiches que nous devrions remplir d’ici le lendemain pour être transmises au gouverneur à Boké. Il a dit à ma présence et m’a demandé de m’assoir. J’ai répondu que je ne pouvais pas m’assoir. Il est allé chercher une enveloppe kaki dans sa voiture. Il a compté dix fiches qu’il a remises à notre chef de district. Il a fait la même chose avec notre chef de secteur Dembo Doumbouya dont le fils Abdoulaye Doumbouya était chargé de faire enregistrer les familles. Le sous-préfet m’a dit de m’assoir, j’ai refusé tellement que j’étais fâché. Il a remis le document à M. Dembo en lui demandant d’expliquer à son fils comment il faut voter. Moins d’une heure de temps après, son fils est venu me trouver assis devant ma concession et m’a dit que tous ceux qui voteront pour le RPG doivent recevoir un don d’un sac de riz et 100 000 GNF chacun. Je lui ai dit de quitter devant ma maison parce que je ne peux pas vendre la Guinée de la sorte dans mon village natal. Il est allé à côté pour faire enregistrer des gens sur la liste. Il a laissé dix fiches à remplir et quand nous sommes allés demander ces fiches, la famille de M. Demba s’est levée pour nous insulter père et mère. C’est ainsi que j’ai alerté tout le monde. Et quand nous sommes allés chez lui, je lui ai demandé la copie du document, il m’a répondu que cela ne serait possible qu’en présence du sous-préfet. Ce que je peux dire, c’est si le sous-préfet Mané est rassasié, nous ne le sommes pas. Et c’est pourquoi Alpha ne l’a même envoyé, c’est qu’il fait chez nous, il ne veut pas le bonheur de la population », a-t-il expliqué.

L’information a été confirmée par Tairou Bah, représentant de la jeunesse UFDG de Kolaboui et par le maire Ansoumane «alias Zito Koumbassa. Jusqu’au moment où nous quittions les lieux aux en environs 22h, nous n’avons pu rencontrer le sous-préfet qui était introuvable.

En attendant, la tension reste encore très vive et la population demande toujours le départ du Sous-préfet à qui il est reproché d’avoir l’habitude de frauder en faveur du pouvoir en place.