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Bilan 2020 : une année d’épreuves pour Labé

Après le grand Conakry, Labé fait partie des régions administratives qui ont le plus focalisé l’attention en cette année 2020. Une année, jugée très particulière avec son cortège de malheurs et d’événements inédits. De la politique au secteur du tourisme, en passant par la sécurité, la santé, l’éducation, l’agriculture et l’élevage, la région de Labé a connu une année d’épreuves, comme l’a constaté sur place la rédaction locale de votre quotidien électronique guinéenews.

des convulsions politiques

L’antenne locale du Front national pour la défense de la constitution (FNDC) de Labé s’est fait entendre le lundi 06 janvier 2020 dans la commune urbaine. Cette manifestation appelée par les organisateurs « la marche de l’ultimatum », a mobilisé un monde fou. C’est d’ailleurs lors de cette marche que le FNDC a répondu au gouverneur de région qui a soutenu détenir une liste de membres du FNDC, qui selon lui envisageaient de s’attaquer aux symboles de l’Etat.

De manifestation en manifestation, la tension est montée d’un cran entre militants du FNDC et des  forces de l’ordre. Pour faire face à la fronde, le gouverneur de région n’a trouvé mieux que de faire recours à l’armée. Interpellé sur cette décision jugée inopportune par plusieurs personnes, El Hadj Madifing Diané a défendu sa position; « j’ai réquisitionné toute l’armée avec tous les moyens tant que la manifestation persistera parce que, leur intention est de faire mal. Je me suis trouvé en légitime défense » a-t-il laissé entendre.

C’est ainsi que le 14 janvier 2020 le FNDC a déclenché le mouvement de désobéissance civile. Un mouvement qui a connu une adhésion massive de la population. E cela, malgré la réquisition de l’armée par le gouverneur de région. Aussitôt, le tribunal de première instance de Labé a essuyé de violentes attaques. En plus de la clôture et des véhicules sous scellés qui ont été saccagés puis incendiés par des jeunes en colère, l’administration judiciaire et la salle d’audience ont également été incendiés par des inconnus dans la même soirée. Pour le coordinateur régional du FNDC il s’agit là « d’actes prémédités par le gouverneur de région ». Une accusation que ce dernier a préféré ignorer.

La première victime du mouvement social au compte du nouvel an est tombée par balle dans la soirée du même lundi. Un assassinat que des protestataires ont directement attribué à un gendarme bien connu dans la ville, en publiant ses photos sur les réseaux sociaux. Sans chercher à savoir plus, les manifestants se sont attaqués au domicile privé du monsieur au quartier mosquée. La concession en question a été saccagée et pillée par la foule en colère qui voulait se rendre justice. Ce, alors, que l’adjudant chef Ibrahima Sory Camara communément appelé « Cantona » était à Conakry depuis le week-end précédent. Une information confirmée et par le syndicat du transport et par sa hiérarchie en l’occurrence le général Ibrahima Baldé, qui a même fait des photos avec le gendarme en question, histoire d’illustrer qu’il était bel et bien à Conakry, au moment des faits.

Le mardi 14 janvier 2020, une deuxième victime est tombée sous les balles des forces de défense et de sécurité à Labé. Alors que force de l’ordre et jeunes protestataires s’affrontent depuis le matin, Souleymane Sow, maçon de profession a reçu une balle au front. Par ailleurs, un autre jeune a reçu une balle à la bouche. Heureusement pour lui, la balle a arraché quelques dents pour ressortir de l’autre côté, tout en limitant les dégâts.

Et malgré tout cela, la tension est restée électrique dans la ville de Labé où le 23 janvier 2020, deux autres jeunes ont mortellement été touchés par balles. Mais pas que, une troisième victime est tombée dans la soirée du même jour dans les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre. Il s’agit de maître Djouma, l’ambulancier de l’hôpital régional qui a trouvé la mort dans l’exercice de ses fonctions. Selon des manifestants et des témoins, il aurait été violemment bastonné par des éléments des  forces de l’ordre. Une version rejetée par le gouverneur de région qui avance le contraire.

Parlant toujours de la résistance active et permanente du FNDC, il faut signaler que huit (8) sous-préfets sur les treize (13) que comptent la préfecture de Labé ont soit été chassés, soit empêchés d’accéder à leurs bureaux durant ces convulsions politiques. Il s’agit des sous-préfets de Popodara, Hafia, Dalein, Sannoun, Kalan, Noussy, Garambé et Dara-Labé. Il a fallut une médiation du préfet de Labé auprès des collectivités concernées pour leur retour. Ce fut également le cas du préfet de Lelouma qui a également été chassé, puis sa résidence vandalisée.

Après Mamou, Dalaba et Pita, une délégation du gouvernement guinéen, dépêchée sur place, s’est entretenue avec les sages et leaders religieux de la région administrative de Labé, dans la matinée du mercredi 05 février 2020. A la suite du rituel souhait de bienvenue et le discours de circonstance du général Bouréma Condé, qui a profité de l’occasion pour passer le message du chef de l’Etat, le discours réponse du grand imam et inspecteur régional des affaires religieuses de Labé a aussitôt suivi. El hadj Thierno Mohammadoul Badrou Bah n’est pas passé par quatre chemins pour dénoncer les violences et les exactions que sa région a enregistrées lors des précédentes semaines. En plus, l’imam a évoqué la bastonnade d’un imam mais aussi la bastonnade à mort de l’ambulancier, sous les yeux de ses émissaires. Prenant la parole, El Hadj Ibrahima Caba Bah (sage de la ville) a aussi fustigé ce qu’il appelle la haine contre les Peuls.

Mais malgré toutes ces scènes de violences, la CENI a bel et bien organisé les législatives qu’elle a finalement couplé avec référendum, le 22 mars 2020. Ce, après au moins 3 reports de calendrier. Une élection qui a été boycottée par le FNDC et une bonne partie de l’opposition. Naturellement, le scrutin a été émaillé de violences non seulement dans la ville de Labé mais aussi dans la quasi totalité des préfectures et sous-préfectures de la région. On peut citer entre autres la saisie et la destruction de plusieurs cartes d’électeurs, l’incendie de la concession du candidat du RPG arc-en-ciel à l’uninominal, l’incendie du centre de vote érigé à l’occasion au palais de la Kolima, l’incendie du bureau de la CEPI au sein du bloc administratif préfectoral, l’attaque de la mosquée de Tata 1 par des hommes en tenue, les violences pré-électorales de Taran, Teliré, pour ne citer que ceux-ci.

Qu’a cela ne tienne, les résultats ont été proclamés, des nouveaux députés ont été installés et une nouvelle constitution amendée.

Six mois après, les présidentielles ont été annoncées dans une vive tension. A la surprise générale, le principal parti de l’opposition dépose un dossier de candidature et dit être en mesure de battre le champion du RPG arc-en-ciel. Comme il fallait s’y attendre, RPG et UFDG ne se sont pas fait de cadeau lors d’une campagne extrêmement violente. Des violences enregistrées à Labé et Dalaba lors de l’ouverture de la campagne du RPG arc-en-ciel par le Premier ministre Kassory Fofana, ont empêché Cellou Dalein et sa suite d’accéder à la ville de Nabaya. En dehors de ça, le vote s’est déroulé dans les regèles de l’art à Labé. Par contre les violences ont repris de plus belle manière juste après la proclamation des premiers résultats favorable au RPG-arc-en ciel. Bilan, au moins deux morts et plusieurs blessés par balles dont des bébés.

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Le calme est revenu progressivement dans la cité malgré la détention de plusieurs responsables de l’UFDG, originaires de Labé et malgré la suite du processus politique avec l’investiture le 16 et l’installation le 21 décembre du premier président de la quatrième république de Guinée.

Insécurité et justice

Ces secteurs ont beaucoup plus été marqués cette année à Labé par l’explosion d’une grenade le dimanche 07 juin 2020 dans le secteur Djonga du quartier Poreko de la commune urbaine de Labé. Une explosion qui a coûté la vie à trois enfants qui miraculeusement se sont retrouvés avec un sac de grenade militaire. Quelques jours après, la justice annonce la mise aux arrêts du commandant Hasmiou Diallo alias Ben Laden (militaire à la retraite) dans le même secteur pour détention illégale d’explosifs.

Une affaire qui a fait grand bruit, surtout après la sortie médiatique du chef de l’Etat qui a parlé d’acte terroriste. Pourtant une autre grenade a explosé du coté de Yomou dans la même semaine. 2020 a aussi été une année difficile pour la justice dont les activités ont longtemps été paralysées suite à l’incendie de ses locaux. Il a fallu transformer le domicile privé du procureur en salle d’audience, pour une reprise effective des activités judiciaires. Sur les 255 dossiers enregistrés, un taux de réponse de près de 94 % a été effectué par le TPI (tribunal de première instance). Et pour les dossiers criminels, 9 des 10 programmés ont été totalement jugés en cette année. Récemment un changement de procureur est intervenu à Labé. Fallou Doumbouya a cédé son fauteuil à Ibrahima Kabéle Bangoura.

la pandémie de Covid19 s’est propagée à Labé

A l’instar des autres régions du pays, le secteur sanitaire a globalement été dominé cette année par le covid19, qui s’est vite propagée à Labé. Et ce malgré toutes les restrictions imposées pour tenter de préserver la ville. De cas suspects, aux cas confirmés, Labé a aussitôt opérationnalisé son centre de traitement épidémiologique. Un centre qui a été vite envahi par des malades venus des 5 préfectures de la région. C’est un total de 240 cas de contamination dont 4 décès qui ont été enregistrés à ce jour dans la région. Avec cette pandémie de covid19, la couverture vaccinale a beaucoup baissé à Labé. Ce, surtout avec la mort suspecte de trois bébés dans la préfecture de Koubia, lors d’une campagne de vaccination. Une situation qui a suscité colère et indignation chez les populations. Par ailleurs, Les remous sociaux et la mort de l’ambulancier ont poussé  les agents de santé a boudé l’hôpital régional. Conséquences, des patients ont préféré abandonné l’hôpital à leur tour, pour rejoindre leurs domiciles. Au moins trois cas de morts ont été signalés suite à cette situation.

une année scolaire bâclée

En plus des multiples manifestations de rues qui ont pratiquement paralysé tout le premier trimestre de l’année scolaire, la fermeture des écoles suite à la propagation du coronavirus a beaucoup secoué l’éducation à Labé. Conséquences, les résultats scolaires en général et les examens nationaux, en particulier ont été catastrophiques dans la région. Le cas de la préfecture de Koubia qui n’a enregistré aucun admis au BEPC a suscité l’indignation de l’opinion. Choqués par ces résultats, l’on se souvient que les élèves de cette préfecture se sont fait entendre dans une manifestation organisée au lendemain de la proclamation des résultats. Soutenus par la première autorité de leur préfecture, les élèves se sont fait accompagner par une forte délégation pour venir vérifier les fiches d’examens au niveau de l’IRE de Labé. Une opération qui a clairement confirmé les résultats catastrophiques de Koubia. Par ailleurs Koubia a également eu le plus faible pourcentage dans la région au baccalauréat unique avec seulement 4 admis.

D’énormes pertes subies par les agriculteurs de la région 

Ce secteur fut également fortement secoué par le covid19 avec la chute drastique des prix des produits locaux dont entre autre la pomme de terre dont le kilo a été vendu jusqu’à 30 000 GNF, alors que d’habitude il se négocie entre 10 et 12 000 GNF. Par ailleurs, les producteurs de choux de la préfecture de Mali ont perdu cette année, avec  plus de 4 milliards GNF, suite à la fermeture des frontières terrestres avec le Sénégal voisin, intervenue à la veille de la campagne électorale au compte de la présidentielle. En effet, depuis l’apparition du Mildjou (lors des précédentes années au Foutah Djallon) ; les producteurs de cette localité ont décidé de se tourner vers une autre culture. Le choux a fait l’unanimité des agriculteurs de Mali, qui en auraient fait une spécialité. Près de deux ans après, ces producteurs se frottent les mains avec l’écoulement en grosse quantité de leur choux du coté du Sénégal voisin. Sauf que cette année, ils ont été surpris par la fermeture des frontières qui est intervenue en période de récolte. Depuis, les 23 groupements composés de 441 producteurs de choux de Mali Yembering ont assisté impuissants au pourrissement de leur produit qui ne trouvent pas de débouchés avec la fermeture depuis des mois, de la frontière.

Tourisme et hôtellerie, l’autre secteur touché par la pandémie et la crise politique 

Annoncé pour le jeudi 13 février 2020 aux environs de 16 heures pour une nuit à Labé, avant de continuer sur la Sierra Leone via la région administrative de Kindia ; le Raly-Budapest-Bamako en provenance de Dakar (Sénégal) n’a pu passer par Labé. Des mesures sécuritaires seraient à la base de ce changement de dernière  minute, a appris Guinéenews de source officielle.

Ayant déjà publié des lettres d’informations par rapport à ce grand événement touristique, Fodé Ismaël Camara le directeur régional de l’hôtellerie, du tourisme et de l’artisanat annonce avec déception l’annulation du programme de Labé. Un coup dure pour le secteur du tourisme et de l’artisanat qui s’apprêtait à accueillir l’un des plus grands événements touristiques de la sous-région ouest africaine. En plus, trois importants projets auraient été validés à l’actif de Labé par l’équipe du Raly-Budapest-Bamako selon le directeur régional de l’hôtellerie, du tourisme et de l’artisanat car c’est un total de 210 véhicules et une trentaine de motos, transportant un effectif de 640 opérateurs touristiques de nationalités européennes et Américaines qui devraient transiter par Labé ce jeudi 13 février 2020.

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