Afrique du Sud : Pourquoi Zuma accepte l’ouverture d’une enquête sur les détournements ?

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C’est curieux de comprendre pourquoi le président Sud-Africain, après avoir fait de l’obstruction pendant longtemps sur les détournements dont il fait l’objet de suspicions sérieuses, accepte en dernier ressort d’ouvrir une commission d’enquête sur ses propres détournements.

Ailleurs, on a vu un ancien ministre des Finances nommé président de la Cour des comptes de son pays pour enquêter sur sa propre gestion antérieure. La question qui se pose dans le cas d’Afrique du sud est de savoir si les enquêteurs seront des hommes indépendants ou des hommes liges à  Zuma. La médiatrice de la République  tient-elle toujours la route ?

Même en regardant de plus près les choses, on ne pourrait tirer au clair cette volte-face de Zuma qu’en faisant quelques amalgames hasardeux : en plus des clabaudages à faire perdre le nord à n’importe qui sur les détournements de fonds pour la restauration d’un poulailler et d’une piscine du domaine privé de Ncandla, qui ont coûté un peu de plus de 16 millions de dollars, il y a encore le fait de se laisser donner des directives dans les prérogatives les plus régaliennes que celles de nommer ou de démettre un ministre de la République par les Gupta, des riches hommes d’affaires auxquels Jacob Zuma ne savait ou ne pouvait pas dire « non . Et pour le bouquet final, cet autre mauvais calcul politique de se préparer une base-arrière en lançant Nkosazana Dlamini à sa succession à la tête de l’ANC, au sein duquel un malaise sans nom règne désormais et risque de provoquer l’implosion.

Les dernières élections ont montré que l’ANC est nettement séparé en deux blocs inconciliables: l’un veut régler les comptes avec Zuma, l’autre veut le ménager pour sauvegarder encore quelques intérêts. Si Zuma coule, beaucoup d’affaires louches risquent de se mettre au grand jour. Pour cette raison, il fera tout pour le soutenir contre l’autre fraction.

Cette option première ne semble pas solide. Les élections présidentielles approchent à grands pas, en 2019. Si le groupe de Ramaphosa n’a pas la majorité avec l’ANC pour remporter la présidentielle, on doute fort qu’il hésiterait de s’associer avec l’opposition pour battre l’autre moitié restée fidèle à Zuma et à sa femme, qui ne pourra faire coalition avec personne. Dans un tel cas, le compte de l’ANC s’en ira à la mer, et le sort de Zuma ne sera guère mieux amélioré, s’il ne s’empire.

A partir de là, la conclusion sort d’elle-même, il faut faire mea culpa par un moyen détourné. Accepter l’ouverture d’une commission d’enquête sur ses propres détournements car une faute reconnue pourrait se résoudre en famille et garder l’unité du parti, et probablement faire appel au scénario de la retraite sereine de Mugabe, cela vaut mieux que tout perdre en s’entêtant à faire la fuite en avant.

A part ce scénario, quel autre pourrait-on monter pour expliquer cette volte-face inattendue de Jacob Zuma, à moins qu’il n’y ait des preuves irréfutables de son innocence et de celle des Gupta ?