Afrique du Sud : Guerre des institutions autour de Jacob Zuma

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Tout est loché et ébranlé autour du président sud-africain. On ne parle pas de séisme, mais il y a tremblement.  On se demande si ce qui s’est passé au Brésil va se reproduire en face.

Dilma Roussef s’était accrochée à une supposée bouée, mais le courant l’a emportée en même temps que son mentor Lula Da Silva. Depuis, les Sud-africains ont eu les yeux braqués sur le Brésil et ont la ferme intention d’en faire de même avec Jacob Zuma empêtré dans des affaires de corruption semblables. Les Gupta sont la réplique de Odebrecht.

La présidente de la Commission de l’Union Africaine a mordu à la grappe en renonçant à son poste pour briguer celui de la présidence de l’ANC, manque de bol. Mais si ça ne tenait qu’à ça. Les emmerdes de Zuma s’emmanchent sous les pressions tous azimuts des syndicats, de l’opposition politique et maintenant de la Cour Constitutionnelle.

La dernière parade du camp Zuma est bien fragile, celle qui argue de l’immixtion de la Cour Constitutionnelle dans la justice a une fine chance de tenir la route, puisque Jacob Zuma avait consenti à payer 500 mille dollars sur une bagatelle de plus d’une quinzaine de millions. Et comme qui paie, s’accuse. Pour brouiller les pistes, Zuma, sur avis des Gupta, limoge le ministre des finances qui fouinait droit dans cette affaire. C’est  ce limogeage qui aura tout déclenché. Il n’est plus possible de faire marche-arrière, puisqu’on parle d’une planque à magots encore dans le Golfe.

La fin du règne de Jacob Zuma sera sans aucun doute tourmentée, et ça ne fait que commencer, contrairement à celle de Robert Mugabe qui vient d’avoir un traitement de faveur qui donne envie à tout chef d’Etat de se faire déposer dans les mêmes conditions.

Seule différence, NKosazana Dlamini ne traîne pas de casseroles. Malgré tout, elle est fortement soupçonnée de vouloir couvrir son ex-mari, au cas où elle accédait à la tête de l’ANC pour gagner, selon les calculs, la présidentielle prochaine. Cela n’est plus possible.

Si Cyril Ramaphosa a gagné la direction du principal parti en Afrique du sud, rien ne dit qu’il va gagner automatiquement la présidentielle dans un an, et pour cause, avec la petite majorité de l’ANC, rien n’est joué d’avance. Puisque si l’autre moitié que détient Nkosazana Dlamini Zuma n’a pas le choix, parce que Ramaphosa tient absolument à avoir la tête de Jacob Zuma, elle risque de saborder le parti en votant pour l’opposition, quitte à savoir si une telle option pourrait « blanchir la tête du nègre » sans perdre son savon.

On soupçonne Ramaphosa, amer et revanchard, dans ce qui s’est passé avant que Nelson Mandela n’annonçât qu’il ne briguerait pas un deuxième mandat et ce qui l’avait forcé, lui, à quitter la scène politique avant de revenir. Il y a un tas de d’embrouillaminis curieux à démêler.

Que va-t-il se passer en Afrique du sud ? Attendons de voir.

  • CONDÉ ABOU

    “On soupçonne Ramaphosa, amer et revanchard, dans ce qui s’est passé avant que Nelson Mandela n’annonçât qu’il ne briguerait pas un deuxième mandat et ce qui l’avait forcé, lui, à quitter la scène politique avant de revenir”.
    « Si Cyril Ramaphosa a gagné la direction du principal parti en Afrique du sud, rien ne dit qu’il va gagner automatiquement la présidentielle dans un an, et pour cause, avec la petite majorité de l’ANC, rien n’est joué d’avance »

    Je n’y crois pas.

    Sommes-nous devant ce cas de figure en Afrique du Sud ? Non et pas du tout.
    Oui c’est vrai que l’ANC en élisant Cyrille Ramaphosa à la tête de l’ANC en 2017, l’a fait entourer de barons très proches de son adversaire Madame Nkosazana Dlamini Zuma et de son ex-époux Mr. Jacob Zuma.

    Mais c’est sans compter avec le background politique, et intellectuel ou la fortune de Cyrille Ramaphosa. Il est Docteur en Droit et se défend très bien sur toutes les tribunes syndicales et politiques.
    Il est 20 mille fois plus rusé, plus riche et plus fin que toute l’Équipe de Jacob Zuma et celle de Madame Nkosazana Dlamini Zuma qu’il vient de battre dans les urnes de l’ANC.

    Rien qu’avec la carte politique de la lutte anti-corruption qu’il a entre ses mains, le camp d’en face est politiquement mort. En tout cas pour les élections présidentielles de 2019, la cause de Jacob Zuma est déjà entendue.

    Impossible de diriger l’ANC et perdre les présidentielles en Afrique du Sud, surtout pour qui sait comment Cyrille Ramaphosa s’est imposé comme Vice Président du Parti après avoir été écarté à tort lors du choix de Thabo Mbeki pour succéder à Nelson Mandela.
    Les marchés financiers et le Patronat de l’industrie minière ne l’accepteront pas, et la frange anti-corruption de l’ANC, non plus.

    Et je suis d’accord avec Caroline Dumay lorsqu’elle affirmait dernièrement que pour les moins de vingt ans, Cyril Ramaphosa est avant tout un milliardaire dont la fortune est estimée à près de 400 millions d’Euros. Mais pour les Sud-Africains plus âgés, l’homme d’affaires est bien perçu comme un syndicaliste anti-apartheid très respecté.

    Élu à la présidence de l’ANC (Congrès national africain) avec 2440 voix contre 2261 pour sa rivale Nkosazana Dlamini Zuma, Cyril Ramaphosa s’offre un tremplin pour diriger le pays. S’il conduit le parti au pouvoir à la victoire aux prochaines élections générales, il deviendra Chef de l’État en 2019.

    Né en 1952 à Soweto, Cyril Ramaphosa milite très tôt dans les mouvements étudiants. Il est emprisonné à deux reprises en 1974 et en 1976. Diplômé en Droit, il fonde en 1982 le Syndicat national des mineurs (NUM) qui pèsera lourd dans l’alliance tripartite pour faire vaciller le régime de l’apartheid.

    Quand l’ANC prend le pouvoir en 1994, Cyril Ramaphosa est déjà un habile négociateur. Il joue un rôle clef dans la transition et participe à la rédaction de la Constitution.

    Considéré comme le «dauphin» de Nelson Mandela, qui disait de lui qu’il était «l’un des plus doués de sa génération», Cyrille Ramaphosa se présente en 1999 à la Présidence de l’ANC.

    Mais les militants lui préfèrent à l’époque, Thabo Mbeki. Déçu, il se plonge avec succès dans le monde des affaires et ne revient en politique qu’à la demande de Jacob Zuma. Il se présente et se fait élire Vice-président de l’ANC à la conférence de 2012.

    Voilà pourquoi, Cyrille Ramaphosa est capable aujourd’hui, de précipiter les évènements politiques pour obtenir de l’ANC, la sortie de Jacob Zuma et provoquer des élections présidentielles anticipées en Afrique du Sud. S’il ne fait pas partir Jacob Zuma, l’électorat de base et le Patronat de l’industrie minière et bancaire ne le lui pardonneront pas en 2019.
    Ceci dit, il n’est pas un revanchard contre Jacob Zuma. L’affaire Gupta, ce n’est pas lui Cyrille Ramaphosa qui est derriere elle !
    Au contraire, c’est lui seul qui pourrait sauver les meubles de Mr. Jacob Zuma.

    La carte anti-corruption qui se trouve entre ses mains, est l’arme fatale pour renverser le camp d’en face à tout moment. Croisons les bras, les évènements politiques pourraient s’accélérer à tout moment en Afrique du Sud. Et la suite, on la verra.